Le massacre de Hinterkaifeck

1922 Bavière Allemagne Meurtres multiples Non résolue

Chronologie

  • Avant le 31 mars 1922Andreas Gruber raconte avoir entendu des bruits dans les combles et trouvé, dans la neige, des traces allant vers la ferme sans traces visibles en sens inverse.
  • 31 mars, vers 16 h 30Maria Baumgartner arrive à Hinterkaifeck pour prendre son poste de domestique.
  • Nuit du 31 mars au 1er avrilLes six occupants de la ferme sont tués. L’heure exacte et l’ordre des faits ne peuvent pas être établis avec certitude.
  • 1er au 4 avrilPlusieurs personnes constatent l’absence des habitants. De la fumée et des signes d’activité sont néanmoins observés sur la propriété.
  • 4 avrilAprès le passage d’un mécanicien venu réparer un moteur, trois voisins entrent dans la ferme et découvrent les corps.
  • 5 avrilLa police criminelle de Munich commence ses constatations après l’arrivée de nombreux habitants sur les lieux.
  • 6 et 7 avrilLes autopsies confirment que les victimes ont subi des traumatismes crâniens provoqués par un outil lourd.
  • Février 1923Lors de la démolition de la ferme, une Reuthaue ensanglantée est découverte dans un faux plancher. Elle est identifiée comme l’arme probable.
  • 1955L’enquête est officiellement classée sans auteur identifié.
  • 2007Une étude menée à l’école de police de Fürstenfeldbruck réexamine le dossier et souligne qu’une résolution définitive est devenue très improbable.

L'affaire

  • Date des faitsNuit du 31 mars au 1er avril 1922
  • LieuFerme de Hinterkaifeck, près de Gröbern, en Bavière, Allemagne
  • VictimesSix personnes appartenant au foyer Gruber-Gabriel, dont deux enfants, et leur domestique
  • AuteurUne ou plusieurs personnes non identifiées
  • TypeMeurtres multiples
  • EnquêtePolice criminelle de Munich, sous la direction de Georg Reingruber
  • Arme probableUne houe-pioche agricole appelée Reuthaue, appartenant à la ferme
  • StatutNon résolue, dossier officiellement classé en 1955

Contenu sensibleCette fiche décrit un homicide multiple, la découverte des corps et certains constats médico-légaux. Les images provenant des archives publiques peuvent montrer la ferme ou la scène de crime.

Dans la nuit du 31 mars au 1er avril 1922, les six occupants d’une ferme isolée de Haute-Bavière sont tués. Quatre corps sont retrouvés dans la grange, deux autres dans l’habitation. La scène permet de reconstituer une partie des faits, mais ni le nombre d’auteurs, ni le mobile, ni leur identité n’ont pu être établis.

La ferme et ses habitants

Hinterkaifeck était une ferme isolée située à proximité du hameau de Gröbern, à une dizaine de minutes de marche des premières habitations. Elle était occupée par Andreas Gruber, 63 ans, son épouse Cäcilia, 72 ans, leur fille Viktoria Gabriel, 35 ans, veuve depuis la Première Guerre mondiale, et les deux enfants de celle-ci, Cäcilia, 7 ans, et Josef, 2 ans. Une nouvelle domestique, Maria Baumgartner, 44 ans, rejoint le foyer dans l’après-midi du 31 mars 1922.

Le contexte familial a été examiné dès l’enquête. En 1915, Andreas Gruber et Viktoria avaient été condamnés pour une relation incestueuse attribuée aux années 1907 à 1910. Après la naissance de Josef en 1919, sa paternité a fait l’objet d’accusations contradictoires entre Andreas Gruber, Viktoria Gabriel et leur voisin Lorenz Schlittenbauer. Celui-ci a finalement reconnu l’enfant. Ces faits sont établis par les dossiers judiciaires antérieurs, mais aucun lien direct avec les meurtres n’a jamais été démontré.

Les faits signalés avant les meurtres

Le 30 mars, Andreas Gruber parle à plusieurs personnes de faits qu’il juge inhabituels. Il dit avoir entendu, pendant la nuit, des bruits dans les combles et avoir découvert dans la neige une trace menant vers la remise du moteur, sans trace visible repartant de la ferme. Quelques jours auparavant, une revue munichoise que personne dans le voisinage ne semblait recevoir avait également été trouvée sur la propriété. Ces éléments reposent sur des témoignages recueillis après les meurtres : ils n’ont pas été constatés sur place par la police avant les faits.

La nuit du 31 mars

Les dossiers situent les décès dans la soirée du 31 mars ou au début de la nuit suivante. Quatre victimes, Andreas et Cäcilia Gruber, Viktoria Gabriel et la jeune Cäcilia, sont retrouvées près du passage entre l’étable et la grange. Leur disposition a conduit les enquêteurs à penser qu’elles avaient pu arriver à cet endroit séparément, mais la manière dont elles y ont été conduites et l’ordre exact des agressions restent inconnus. Les corps ont ensuite été recouverts de foin et d’une porte en bois.

Maria Baumgartner est retrouvée dans sa chambre, encore vêtue, et Josef dans son landau, dans la chambre de Viktoria. Les constatations et les autopsies concluent à des blessures mortelles à la tête infligées avec un outil lourd. Elles ne permettent pas de déterminer avec certitude si une seule personne a commis les six meurtres.

Quatre jours sans nouvelles

Entre le 1er et le 4 avril, plusieurs signes d’absence sont remarqués sans provoquer immédiatement d’alerte. Cäcilia ne vient pas à l’école le samedi, et la famille ne se présente pas à l’office religieux du dimanche. Le courrier reste sur place. Un passant indique cependant avoir vu de la fumée sortir de la cheminée et avoir constaté que la porte du four à pain avait changé de position au cours de la journée du 1er avril.

Le 4 avril, un mécanicien se rend à Hinterkaifeck pour une réparation prévue sur un moteur. Il travaille plusieurs heures sans rencontrer personne, puis informe des habitants de Gröbern de cette situation. Lorenz Schlittenbauer, voisin et responsable local, se rend alors à la ferme avec Jakob Sigl et Michael Pöll. Les trois hommes entrent par le local des machines et découvrent les quatre premiers corps, puis les deux victimes présentes dans l’habitation.

Une scène rapidement contaminée

Avant l’arrivée de la police criminelle de Munich, plusieurs habitants pénètrent dans la ferme. Des corps sont déplacés, les animaux sont pris en charge et de nombreuses personnes circulent sur la propriété. En raison du mauvais temps et des difficultés de déplacement, l’équipe dirigée par Georg Reingruber n’arrive qu’au cours de la nuit. Le chien de recherche ne peut alors plus suivre de piste exploitable. Cette contamination initiale a fortement limité la valeur de nombreuses constatations.

Une présence après les meurtres

Les enquêteurs ont estimé probable qu’une personne soit restée sur les lieux après les décès. La fumée observée, l’état du four et le comportement des animaux allaient dans ce sens : plusieurs témoins habitués à l’élevage considéraient que le bétail n’avait pas été laissé sans soins pendant quatre jours. Cette conclusion demeure une reconstitution fondée sur un ensemble d’indices, et non sur l’observation directe d’un témoin.

Dans un petit espace sous les combles, les enquêteurs ont également relevé des creux dans la paille où une personne aurait pu se tenir, ainsi qu’une corde permettant de descendre vers le local des machines. Deux tuiles avaient été déplacées, offrant une vue sur la cour. Ces éléments rendent possible une surveillance préalable de la ferme, mais ne démontrent pas qu’un inconnu y ait vécu pendant plusieurs jours avant le crime.

L’arme retrouvée un an plus tard

Une pioche pointue présente dans l’étable est d’abord examinée, puis écartée parce que sa forme ne correspond pas aux blessures. En février 1923, lors de la démolition de Hinterkaifeck, une Reuthaue tachée de sang est découverte dans un faux plancher situé au-dessus de l’escalier de l’habitation. Cet outil agricole avait été fabriqué pour Andreas Gruber quelques années auparavant. Une vis dépassant du manche correspondait à une petite blessure relevée sur Viktoria Gabriel, ce qui a conduit les enquêteurs à l’identifier comme l’arme probable des six homicides.

L’outil original a été détruit lors du bombardement d’Augsbourg en février 1944. Les crânes des victimes, prélevés après les autopsies et transmis à la justice pour expertise, ont eux aussi disparu. Une part importante du dossier judiciaire a brûlé pendant la guerre ; les archives actuelles sont constituées de pièces conservées à Munich, de copies et de dossiers reconstitués après 1945.

Le mobile incertain

L’hypothèse d’un vol a longtemps orienté les recherches. Pourtant, une quantité importante de monnaies d’or et d’argent ainsi que des objets de valeur sont restés dans la maison. Les enquêteurs n’ont toutefois jamais pu établir précisément quelles sommes se trouvaient dans la ferme avant les meurtres ni si du papier-monnaie avait disparu. Le vol ne peut donc être considéré ni comme démontré, ni comme entièrement exclu.

Les principales pistes

Plus de cent procédures ou vérifications ont concerné des voisins, d’anciens employés, des travailleurs itinérants, des personnes récemment libérées de prison et plusieurs individus signalés par des témoins. Lorenz Schlittenbauer a été longuement examiné en raison de son ancienne relation avec Viktoria Gabriel, du différend relatif à la paternité de Josef et de sa connaissance des lieux. Son comportement lors de la découverte, notamment le déplacement de corps et son entrée seul dans l’habitation, a alimenté les soupçons. En 1930, un réexamen policier a conclu qu’il ne pouvait être formellement exclu, mais qu’aucun élément ne permettait de lui imputer les meurtres.

Une autre hypothèse a présenté Karl Gabriel, le mari de Viktoria déclaré mort en France en 1914, comme un possible revenant. L’enquête a cependant recueilli le témoignage d’un camarade confirmant sa mort au front. D’autres pistes visant un fugitif, des voleurs ou plusieurs auteurs n’ont pas davantage produit de preuve concluante.

Pourquoi l’affaire reste irrésolue

Les investigations se sont prolongées pendant des décennies sans mise en accusation. Le dossier a été officiellement classé en 1955. En 2007, quinze élèves policiers de Fürstenfeldbruck ont réétudié les documents disponibles avec des méthodes contemporaines. Leur travail a relevé la richesse de certaines auditions, mais aussi l’absence de relevés d’empreintes, la contamination de la scène, la perte des pièces matérielles et la disparition des témoins. Cette étude n’était pas une nouvelle procédure judiciaire et n’a pas permis d’attribuer légalement les faits à une personne.

Ce que l’on sait, ce que l’on ignore

  • ÉtabliLes six occupants ont été tués dans la nuit du 31 mars au 1er avril 1922. Quatre victimes se trouvaient dans la grange et deux dans l’habitation. Une Reuthaue appartenant à la ferme, retrouvée en 1923, correspondait aux blessures et a été retenue comme arme probable.
  • Toujours ouvertL’identité et le nombre des auteurs, le mobile, l’ordre exact des agressions, la manière dont les quatre victimes sont arrivées dans la grange et la durée précise d’une éventuelle présence sur la propriété après les meurtres.

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Questions fréquentes

Que s'est-il passé à Hinterkaifeck ?

Six personnes ont été tuées dans une ferme isolée pendant la nuit du 31 mars au 1er avril 1922. Quatre corps ont été retrouvés dans la grange et deux dans l’habitation. Les éléments disponibles ne permettent pas de reconstituer complètement la séquence ni d’identifier l’auteur.

Le meurtrier a-t-il réellement vécu dans les combles ?

Ce n’est pas établi. Des creux dans la paille, une corde et des tuiles déplacées ont fait envisager qu’une personne ait pu utiliser les combles pour observer ou circuler dans la ferme. Ces constatations ne prouvent ni l’identité de cette personne ni la durée de sa présence.

Les traces de pas dans la neige sont-elles certaines ?

Andreas Gruber en a parlé à plusieurs personnes la veille des meurtres. Selon ces témoignages, les traces allaient vers la remise du moteur sans repartir de la ferme. La police n’en a pas fait elle-même le constat avant le crime : il s’agit donc d’un témoignage concordant, mais non d’une trace photographiée ou relevée par les enquêteurs.

L'auteur est-il resté après les meurtres ?

Les enquêteurs l’ont jugé probable. De la fumée a été observée, le four semble avoir été utilisé et les animaux paraissaient avoir reçu des soins. Aucun témoin n’a cependant vu une personne identifiable s’occuper de la ferme pendant ces quatre jours.

S'agissait-il d'un vol ?

Le mobile du vol n’a pas été démontré. Une quantité importante de monnaie et des objets de valeur ont été retrouvés, mais l’état exact des biens avant le crime était inconnu. Il reste donc impossible d’affirmer qu’aucune somme n’a été emportée.

Lorenz Schlittenbauer était-il le meurtrier ?

Aucune preuve ne permet de l’affirmer. Il a été l’un des principaux suspects en raison de ses liens avec la famille et de certains comportements lors de la découverte. Les enquêteurs ont conclu qu’ils ne pouvaient pas l’exclure formellement, mais ils n’ont jamais pu établir sa culpabilité.

Pourquoi une analyse ADN ne résout-elle pas l'affaire ?

La scène a été contaminée dès 1922, la ferme a été démolie en 1923, l’arme originale et une partie des archives ont été détruites pendant la Seconde Guerre mondiale, et les crânes conservés pour expertise ont disparu. Aucun échantillon biologique fiable et correctement attribuable à l’auteur n’est aujourd’hui connu.

L'affaire est-elle officiellement résolue ?

Non. L’enquête a été classée en 1955 sans auteur identifié. Les réexamens ultérieurs ont formulé des hypothèses, mais aucun n’a produit une attribution judiciaire des faits.

Sources

  • Staatsarchiv München, fonds Polizeidirektion München 8091b, pièces conservées de l’enquête ouverte en 1922.
  • Bayerisches Armeemuseum, Ingolstadt, fonds PolDok 27 à 33, documents et reconstitutions relatifs à Hinterkaifeck.
  • Fachhochschule für öffentliche Verwaltung und Rechtspflege in Bayern, Hinterkaifeck, ein Mordfall und kein Ende, rapport de projet, 2007.
  • Peter Leuschner, Der Mordfall Hinterkaifeck. Spuren eines mysteriösen Verbrechens, 2e édition révisée, 1997.
  • Bayerischer Rundfunk, 100 Jahre danach: Der Mordfall von Hinterkaifeck, 28 mars 2022.

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