Chronologie

  • 9 juin 1912, 21 h 30La famille Moore et les deux sœurs Stillinger rentrent d’une fête paroissiale.
  • Nuit du 9 au 10 juinHuit personnes sont tuées à la hache dans leur sommeil.
  • 10 juin, 7 hUne voisine s’inquiète du silence de la maison et prévient le frère de Josiah Moore.
  • 10 juin, matinDécouverte des corps. Des dizaines de curieux traversent la scène avant tout relevé.
  • Juin 1912Autopsies pratiquées sur place, sur les tables de la maison.
  • 1912 à 1916Enquêtes privées concurrentes, dont celle du détective James Wilkerson, visant le sénateur Frank Jones.
  • 1917Deux procès du révérend Lynn George Kelly : jury bloqué, puis acquittement.
  • 1931Dernières vérifications documentées sur la piste William Mansfield.
  • 1994La maison est rachetée et restaurée dans son état de 1912.

L'affaire

  • Date des faitsNuit du 9 au 10 juin 1912
  • Lieu508 East 2nd Street, Villisca, Iowa, États-Unis
  • VictimesHuit personnes, dont six enfants : la famille Moore et deux fillettes invitées
  • AuteurNon identifié
  • TypeMeurtres multiples
  • ArmeUne hache appartenant à la maison, laissée sur place
  • ProcéduresDeux procès en 1917, aucune condamnation
  • StatutNon résolue

Contenu sensibleCette fiche décrit le meurtre de six enfants et certains constats d’autopsie. Aucune photographie de victime n’est publiée ici. Les images issues des archives publiques montrent la maison, la ville et les acteurs de l’enquête.

Une nuit de juin 1912, dans une petite ville de l’Iowa, huit personnes sont tuées à coups de hache pendant leur sommeil. Le meurtrier prend ensuite le temps de recouvrir les miroirs, de voiler les visages, de fermer les rideaux et de manger. Il repart avant l’aube. Aucun homme n’a jamais été condamné.

Le soir du 9 juin

Josiah Moore, marchand de matériel agricole prospère, vit avec sa femme Sarah et leurs quatre enfants, Herman, onze ans, Katherine, dix ans, Boyd, sept ans, et Paul, cinq ans. Ce dimanche, la paroisse presbytérienne organise une fête de fin d’année. Katherine ramène à la maison deux camarades, Lena Stillinger, douze ans, et sa sœur Ina, huit ans, qui doivent dormir là. Le groupe rentre vers vingt et une heures trente. Les six enfants et les deux adultes se couchent dans les deux chambres de l’étage et dans la chambre du rez-de-chaussée.

La découverte

Le lendemain matin, une voisine s’étonne que les volets soient tirés et que personne ne sorte s’occuper des animaux. Elle prévient Ross Moore, le frère de Josiah, qui ouvre la porte avec sa clé, entre dans la chambre du bas, voit les deux fillettes dans le lit et ressort sans monter. Le premier officier arrivé, Hank Horton, découvre les six autres corps à l’étage.

La scène

Toutes les victimes ont été frappées à la tête pendant leur sommeil, avec une hache appartenant à Josiah Moore, retrouvée dans la chambre du rez-de-chaussée, essuyée en partie. Seule Lena Stillinger présentait une plaie défensive à l’avant-bras, ce qui laisse penser qu’elle a pu se réveiller. Toutes les glaces de la maison, ainsi que les vitres des portes, avaient été recouvertes de vêtements et de tissus. Les visages des victimes étaient couverts de draps. Les rideaux étaient tirés partout, sauf dans une pièce où le meurtrier avait suspendu un vêtement.

Dans la cuisine, une cuvette d’eau rougie et une assiette contenant un morceau de lard, sorti de la glacière, resté sur la table. Le lard était enveloppé dans un torchon, à côté de la hache selon certains comptes rendus, dans la chambre selon d’autres, les rapports de 1912 se contredisant sur ce point. Une lampe, mèche coupée court, avait été posée au pied des lits, sans son verre. Aucune trace d’effraction : les portes étaient verrouillées de l’intérieur au moment de la découverte, le meurtrier étant sorti par une porte donnant sur l’arrière.

Une enquête perdue dès le premier jour

La nouvelle se répand en quelques heures. Des dizaines d’habitants entrent dans la maison, montent à l’étage, manipulent des objets, emportent des morceaux du crâne d’une victime comme souvenir selon plusieurs témoignages recueillis plus tard. La garde nationale n’est appelée qu’en fin de journée. Les autopsies sont pratiquées dans la maison même, sur des tables de la cuisine, sans expertise indépendante. Quand les enquêteurs de l’État arrivent, il ne reste plus rien d’exploitable.

Les pistes

Trois noms ont dominé les vingt années suivantes. Le premier est Lynn George Kelly, prédicateur itinérant présent à la fête paroissiale, reparti par le train du matin, connu pour un comportement instable et un intérêt malsain envers les jeunes filles. Interrogé en 1917, il a signé des aveux qu’il a rétractés le lendemain, en affirmant les avoir donnés après une nuit d’interrogatoire. Un premier jury n’a pas réussi à se prononcer, un second l’a acquitté.

Le deuxième est Frank Fernando Jones, ancien employeur et concurrent commercial de Josiah Moore, sénateur de l’État, que le détective privé James Wilkerson a publiquement accusé d’avoir commandité le crime. Wilkerson désignait comme exécutant William Mansfield, un homme soupçonné d’autres meurtres à la hache commis dans la région et dans l’Illinois. Une enquête ultérieure a établi que Mansfield était pointé sur un registre de paie ailleurs cette nuit-là, et il a obtenu des dommages et intérêts contre Wilkerson.

La troisième piste est la plus discutée aujourd’hui : celle d’un tueur itinérant. Entre 1911 et 1912, plusieurs familles ont été massacrées à la hache dans des maisons proches de voies ferrées, à Colorado Springs, Monmouth, Ellsworth ou Paola, souvent la nuit, avec des mises en scène comparables, miroirs voilés et lampes disposées près des corps. Aucune juridiction n’a jamais rassemblé ces dossiers en une procédure unique.

Ce que l’on sait, ce que l’on ignore

  • ÉtabliLes huit victimes ont été tuées à la hache pendant leur sommeil, dans la nuit du 9 au 10 juin 1912. L’arme appartenait à la maison. Les miroirs et les visages ont été recouverts après les meurtres. L’auteur est resté un certain temps sur place.
  • Toujours ouvertL’identité et le mobile de l’auteur, la durée réelle de sa présence, et le lien éventuel avec la série de meurtres à la hache commis dans le Midwest entre 1911 et 1912.

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Questions fréquentes

Pourquoi les miroirs étaient-ils recouverts ?

Aucune explication n’a été établie. Les hypothèses vont du geste rituel à la précaution pratique, un miroir renvoyant la lumière d’une lampe et le reflet de l’auteur. Le même détail apparaît dans plusieurs meurtres à la hache commis dans le Midwest à la même période.

Le révérend Kelly était-il coupable ?

Rien ne permet de l’affirmer. Ses aveux de 1917 ont été rétractés immédiatement et obtenus dans des conditions contestées. Un jury n’a pas tranché, un second l’a acquitté.

Combien de temps le meurtrier est-il resté ?

Assez longtemps pour voiler huit visages, couvrir toutes les surfaces réfléchissantes, se laver les mains et sortir de la nourriture. Les enquêteurs ont estimé une présence de plusieurs heures, sans pouvoir la mesurer.

Une analyse moderne est-elle possible ?

Non. La scène a été piétinée dès le premier matin, les autopsies ont eu lieu sur place sans conservation de prélèvements, et aucune pièce à conviction fiable n’a été gardée.

Que devient la maison aujourd'hui ?

Elle a été restaurée dans son état de 1912 et se visite. Cette exploitation touristique fait l’objet de critiques régulières, six des huit victimes étant des enfants.

Sources

  • State Historical Society of Iowa, dossiers de presse et pièces relatives à l’affaire Moore, comté de Montgomery, 1912 à 1917.
  • Minutes des procès de Lynn George Kelly, cour de district du comté de Montgomery, 1917.
  • Roy Marshall, Villisca: The True Account of the Unsolved 1912 Mass Murder, 2003.
  • Bill James et Rachel McCarthy James, The Man from the Train, Scribner, 2017.

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