Chronologie
- 30 décembre 2000, vers 23 hLa famille Miyazawa se couche. La mère et la fille dorment à l’étage, le père travaille sur l’ordinateur.
- Vers 23 h 30L’ordinateur du domicile cesse toute activité.
- Nuit du 30 au 31Les quatre membres de la famille sont tués. L’intrus reste ensuite sur place.
- 31 décembre, vers 1 hUne connexion internet est établie depuis l’ordinateur de la maison.
- 31 décembre, jusqu’au matinIl mange, se sert du réfrigérateur, utilise les toilettes, s’allonge sur un canapé.
- 31 décembre, vers 10 h 55La grand-mère, qui habite la maison voisine, entre et découvre les corps.
- Janvier 2001Relevé de plus de trois cents indices matériels, dont des empreintes complètes et du sang de l’auteur.
- 2002 à 2007Analyses ADN, expertises du sable et des vêtements, comparaisons internationales.
- 2010Le Japon supprime la prescription pour les meurtres. Le dossier reste ouvert indéfiniment.
- DepuisCampagnes d’appel à témoins régulières, prime portée à vingt millions de yens.
Images
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L'affaire
- Date des faitsNuit du 30 au 31 décembre 2000
- LieuKamisoshigaya, arrondissement de Setagaya, Tokyo, Japon
- VictimesUn couple de 44 et 41 ans et leurs deux enfants, 8 et 6 ans
- AuteurUn homme non identifié, jeune, entré par une fenêtre de l’étage
- TypeMeurtres multiples
- ArmeUn couteau à sashimi acheté quelques heures plus tôt dans un magasin de Tokyo
- IndicesEmpreintes digitales complètes, ADN, vêtements, chaussures et sac abandonnés sur place
- StatutNon résolue, imprescriptible depuis 2010
Contenu sensibleCette fiche décrit le meurtre de deux jeunes enfants et le comportement de l’auteur après les faits. Les images issues des bases publiques montrent le quartier, les objets diffusés par la police et les avis de recherche.
Le meurtrier a laissé ses empreintes sur presque tout ce qu’il a touché, son sang partout dans la maison, ses vêtements, ses chaussures et son sac, et il est resté sur place une dizaine d’heures. La police japonaise, l’une des plus méthodiques du monde, a réuni un dossier d’une richesse exceptionnelle. Vingt-cinq ans plus tard, elle ne sait toujours pas qui il est.
Une maison au bord d’un parc
La famille Miyazawa habitait un quartier calme de Setagaya, dans l’ouest de Tokyo, un lotissement en cours de démolition en bordure du parc de Soshigaya. La plupart des voisins étaient déjà partis pour laisser la place à un agrandissement du parc. Il ne restait presque plus que leur maison et, mitoyenne, celle de la mère de Yasuko Miyazawa.
Ce 30 décembre, la veille du Nouvel An, les quatre membres de la famille se couchent tôt. La mère et la fille de huit ans dorment à l’étage, le fils de six ans dans une pièce en mezzanine, le père reste devant l’ordinateur. L’activité de la machine s’arrête vers vingt-trois heures trente.
L’intrusion
L’homme est entré par la fenêtre des toilettes du premier étage, en montant sur un mur de soutènement. Il portait déjà sur lui un couteau à sashimi acheté quelques heures plus tôt dans un magasin de la ville, dont la traçabilité a été retrouvée.
Il tue d’abord le père, puis le fils. La lame se brise pendant l’attaque. Il descend, prend deux couteaux dans la cuisine et achève la mère et la fille à l’étage. Il se blesse lui-même à la main pendant les faits, ce qui explique la quantité de son propre sang retrouvée dans la maison.
Les heures suivantes
C’est cette partie de l’affaire qui la rend insupportable. Il ne part pas. Il s’assoit devant l’ordinateur du père et se connecte à internet, en consultant notamment un site de réservation de spectacle. Il fouille le réfrigérateur, mange des glaces et boit du thé glacé, laissant quatre pots entamés sur la table. Il utilise les toilettes sans tirer la chasse, ce qui a permis d’analyser ses selles et de reconstituer une partie de son régime alimentaire des jours précédents. Il fait le tour de la maison, ouvre des tiroirs, prend un peu d’argent et en laisse davantage. Il soigne sa main avec des compresses de la salle de bain. Il s’allonge sur un canapé. Il quitte les lieux à la lumière du jour, vers dix heures du matin.
Il abandonne derrière lui son sac banane, son pull, son écharpe, un chapeau, un mouchoir et une paire de chaussures de sport de pointure vingt-huit centimètres, une taille rare au Japon.
Un dossier hors norme
La police métropolitaine relève plus de trois cents pièces exploitables et un jeu d’empreintes digitales complet, ce qui est presque sans équivalent dans une affaire non résolue. L’ADN indique une lignée maternelle d’Asie de l’Est, probablement japonaise ou coréenne, et une lignée paternelle rattachée à des populations d’Europe du Sud ou de la Méditerranée orientale. Le groupe sanguin est A.
Les vêtements racontent un parcours : le pull vient d’une petite série vendue au Japon, les chaussures d’un modèle diffusé en Corée du Sud, le sac contenait du sable dont l’analyse minéralogique renvoie à des zones sèches situées hors de l’archipel, dans une fourchette qui va du sud-ouest des États-Unis au pourtour méditerranéen. Aucun de ces fils n’a mené à une identité.
Pourquoi personne n’a été retrouvé
Le paradoxe tient dans une phrase : les empreintes et l’ADN ne servent à rien si l’homme n’a jamais été fiché. Au Japon, à l’époque, les bases de données ne couvraient qu’une part réduite de la population, et les comparaisons demandées à l’étranger n’ont rien donné. Plus de deux cent mille personnes ont été entendues, des dizaines de milliers d’échantillons ont été prélevés volontairement dans le quartier et au-delà.
La police a longtemps envisagé un rôdeur perturbé plutôt qu’un règlement de comptes, en s’appuyant sur l’absence de mobile crapuleux et sur ce comportement post-mortem. Les rumeurs de dispute foncière liée à l’agrandissement du parc, ou de vengeance visant le père, n’ont jamais été étayées. En 2010, la suppression de la prescription des crimes de sang au Japon a rendu le dossier éternel. Il reste l’affaire criminelle la plus commentée du pays, et le point de comparaison de tous les débats japonais sur les limites de la preuve scientifique.
Ce que l’on sait, ce que l’on ignore
- ÉtabliUn homme seul est entré par la fenêtre de l’étage, a tué les quatre occupants dans la nuit du 30 au 31 décembre 2000, s’est blessé, est resté une dizaine d’heures dans la maison et a laissé empreintes, sang, vêtements et effets personnels.
- Toujours ouvertSon identité, son mobile, son lien éventuel avec la famille, son origine et ce qu’il est devenu. Aucune correspondance n’a jamais été trouvée dans aucun fichier, au Japon ou ailleurs.
Dans le même registre
- Les meurtres de Keddie (1981) Une famille tuée derrière une cloison, des enfants qui dorment
- Hinterkaifeck (1922) Un auteur qui reste sur les lieux après le crime
- Villisca (1912) Une maison endormie, huit victimes, aucun coupable
Questions fréquentes
Pourquoi l'ADN n'a-t-il pas permis d'identifier l'auteur ?
Parce qu’un profil génétique ne vaut que comparé à une base. L’homme n’était fiché nulle part au Japon, et les échanges avec des fichiers étrangers n’ont produit aucune correspondance.
Que sait-on de son origine ?
Les analyses indiquent une lignée maternelle est-asiatique et une lignée paternelle rattachée au bassin méditerranéen ou à l’Europe du Sud. Ce sont des indications de population, pas une nationalité.
Pourquoi est-il resté dix heures sur place ?
Aucune explication n’a été retenue. Sa blessure à la main, l’absence de fuite organisée et son comportement dans la maison ont conduit les enquêteurs à envisager un état de désorganisation psychique plutôt qu’un crime planifié dans ses suites.
S'agissait-il d'un cambriolage ?
Non. De l’argent et des objets de valeur sont restés sur place. Une petite somme a été emportée, ce qui n’a jamais suffi à faire du vol un mobile crédible.
L'affaire peut-elle encore être jugée ?
Oui. La réforme japonaise de 2010 a supprimé la prescription pour les crimes de sang, y compris pour les affaires alors non prescrites. Le dossier reste actif et une récompense publique est toujours en vigueur.
Sources
- Police métropolitaine de Tokyo, dossier d’enquête spéciale de Setagaya, appels à témoins et communiqués, 2001 à aujourd’hui.
- National Research Institute of Police Science, expertises minéralogiques et génétiques versées au dossier.
- Asahi Shimbun et Japan Times, couverture continue de l’affaire, 2001 à 2025.
- NHK, Mikaiketsu jiken, dossiers documentaires consacrés à l’affaire de Setagaya.
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