4,90/ 5Note globale
- Valeur cinématographique4,90
- Glauque4,50
- Violent4,75
- Dérangeant4,50
- Gore4,75
- Nudité2,50
La note globale juge la valeur cinématographique de l'oeuvre. Les autres notes mesurent l'intensité, pas la qualité.
Nos notes
- Globale 4,90. Un film d’une inventivité formelle constante, porté par deux personnages inoubliables et par un Tadanobu Asano au sommet.
- Glauque 4,50. Arrière-salles de Shinjuku, appartements souillés, néons. Le film alterne l’ordure et le clinquant sans jamais chercher le beau.
- Violent 4,75. Violence permanente, inventive, appliquée avec méthode. Torture, démembrements, automutilation : rien n’est laissé hors champ.
- Dérangeant 4,50. Le film accole le sadisme et le désir jusqu’à rendre inconfortable le plaisir même qu’on prend à le regarder. C’est délibéré.
- Gore 4,75. Effets pratiques et numériques mêlés, d’une invention rare, y compris quand la synthèse trahit son âge.
- Nudité 2,50. Fréquente, associée à la contrainte et à la douleur, jamais autonome.
Vidéos
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Le film
- Titre original殺し屋1 (Koroshiya 1)
- Titres alternatifsIchi the Killer, titre identique en France
- Année2001 Années 2000
- Durée129 min
- PaysJapon
- LangueJaponais
- RéalisateurTakashi Miike
- ScénarioSakichi Satō, d’après le manga d’Hideo Yamamoto
- ActeursTadanobu Asano (Kakihara), Nao Ōmori (Ichi), Shin’ya Tsukamoto (Jijii), Paulyn Sun (Karen), Susumu Terajima
- TechniqueMélange d’effets pratiques et d’images de synthèse, tournage à Shinjuku et à Hong Kong
- Sortie françaisePrésenté à l’Étrange Festival en août 2002, mais sorti en salle en France seulement le 5 février 2025, en restauration 4K distribuée par Carlotta Films, visa n° 126050, interdiction aux moins de 16 ans
- RécompensesPrix du meilleur film et du meilleur réalisateur aux Japanese Professional Movie Awards 2002, prix du jury au festival de Neuchâtel 2002, prix des meilleurs effets spéciaux au Fantafestival 2002, prix du meilleur second rôle masculin pour Shin’ya Tsukamoto au concours Mainichi 2003
- FormatAdaptation de manga Extrême contemporain
- SagaAucune suite. Le manga d’Hideo Yamamoto, paru entre 1998 et 2001, compte dix volumes et va nettement plus loin que le film
- Sous-genresYakuza Gore Extrême / Underground Thriller
- ClassificationEn France, interdiction aux moins de 16 ans et aucune coupe : le film y est visible intégralement, ce qui n’a pas été le cas partout. Interdit en Malaisie, saisi puis mis à l’index en Allemagne pour apologie de la violence, amputé de plusieurs minutes de tortures pour obtenir une classification au Royaume-Uni comme aux États-Unis. Certaines versions d’exploitation asiatiques ont également été raccourcies.
- DisponibilitéRestauration 4K française, éditions vidéo intégrales. Nobuo ne référence aucun lien de visionnage.
Contenu extrêmeTortures prolongées, suspension par crochets, démembrements, automutilation, violences sexuelles, violences sur un enfant. Tout est truqué, mais la mise en scène recherche l’excès sans jamais reculer.
Un chef yakuza disparaît avec la caisse. Son lieutenant Kakihara, masochiste qui ne cherche qu’un maître capable de lui faire mal, remonte la piste jusqu’à Ichi, jeune homme timide et pleurnichard qui devient une machine à tuer. Takashi Miike adapte le manga d’Hideo Yamamoto et signe le film qui a défini le cinéma extrême japonais pour tout l’Occident.
Contexte et genèse du projet
2001 est l’année folle de Takashi Miike : il tourne coup sur coup Visitor Q et celui-ci, après avoir été révélé au public occidental par Audition deux ans plus tôt. Le scénario, signé Sakichi Satō, adapte le manga d’Hideo Yamamoto paru entre 1998 et 2001, dont il conserve les deux figures centrales et la structure d’enquête, tout en s’en écartant à la fin. La production associe des capitaux japonais et hongkongais, ce qui explique la présence de comédiens de Hong Kong et un tournage réparti entre Shinjuku et l’ancienne colonie. Le casting est décisif : Tadanobu Asano, alors en pleine ascension, compose un Kakihara aux joues fendues et recousues qui va devenir une icône, et Shin’ya Tsukamoto, réalisateur de Tetsuo, joue le manipulateur Jijii.
Mise en scène et esthétique
Le film est un exercice d’invention permanente. Miike change de registre à chaque séquence, alterne le grotesque, l’horreur clinique et le burlesque, mêle effets pratiques et images de synthèse au point que l’excès devient irréel, presque cartoonesque, et c’est précisément ce qui le rend soutenable. La séquence d’ouverture au titre inscrit dans une flaque, la suspension par crochets, la langue coupée d’un revers de sabre : chaque morceau de bravoure vise l’inoubliable plutôt que la crédibilité. Les néons saturés, le montage nerveux et la conception sonore installent un Shinjuku de bande dessinée. Le vieillissement de certains effets numériques est le seul reproche technique sérieux qu’on puisse lui faire aujourd’hui.
Censure et réception
Le parcours français est singulier. Présenté à l’Étrange Festival en août 2002, le film a longtemps circulé en France uniquement en festival et en vidéo : il n’est sorti en salle qu’en février 2025, dans une restauration 4K distribuée par Carlotta Films, avec le visa numéro 126050 et une interdiction aux moins de 16 ans. Vingt-quatre ans pour atteindre les écrans français, sans une coupe. Ailleurs, il a été traité plus durement : interdiction en Malaisie, saisie puis mise à l’index en Allemagne, et amputation de plusieurs minutes de tortures pour obtenir un visa au Royaume-Uni et aux États-Unis. La légende tenace des sacs à vomissement distribués aux spectateurs vient de sa présentation au festival de Toronto en 2001, geste promotionnel qui a fait le tour du monde. Malgré cette réputation, le film a été largement primé, notamment meilleur film et meilleur réalisateur au Japon en 2002.
Thématiques et lecture sociologique
Les deux protagonistes sont les deux versants d’une même pulsion. Kakihara est un masochiste qui a tout essayé et ne ressent plus rien : il cherche moins un adversaire qu’un maître capable de lui rendre la douleur, donc la sensation. Ichi, à l’inverse, est un jeune homme humilié depuis l’enfance, harcelé, incapable de la moindre autorité, qui ne tue qu’en état d’excitation, comme si la violence était le seul canal disponible pour tout ce qu’on lui a interdit d’exprimer. Le film met en regard le sadisme comme toute-puissance et le masochisme comme quête de sensation dans un monde anesthésié, et pose au spectateur une question qu’il ne formule jamais : ce qu’on ressent devant ces images relève de laquelle des deux positions. La conclusion, qui refuse la confrontation attendue, est la réponse la plus élégante possible.
Héritage et influence
Kakihara est devenu une figure identifiable de la culture populaire japonaise, reprise en costume, en illustration et en référence bien au-delà des amateurs du film. L’œuvre a servi de porte d’entrée à toute une génération occidentale vers ce qu’on a appelé l’Asia Extreme, étiquette commerciale largement fabriquée par les distributeurs mais qui a permis à des dizaines de films de circuler en Europe. Son influence sur le cinéma d’action stylisé occidental est nette, notamment chez les réalisateurs qui ont retenu la leçon du mélange entre chorégraphie, humour noir et effets pratiques. Miike, lui, est passé depuis de l’underground à la compétition cannoise, sans jamais renier ce film.
Verdict
- À voir siVous cherchez le film le plus inventif de ce catalogue, ou la porte d’entrée la plus efficace vers le cinéma de Takashi Miike.
- À éviter siLes scènes de torture prolongée vous éprouvent, ou si l’association de la violence et du désir vous met mal à l’aise : c’est le sujet même du film.
Dans le même registre
- Visitor Q (2001) L’autre Miike de la même année, à l’opposé en moyens
- Guinea Pig 2 : Flower of Flesh and Blood (1985) L’ancêtre japonais du démembrement filmé
- A Serbian Film (2010) La même maîtrise formelle au service de l’excès
- Tumbling Doll of Flesh (1998) Le versant sans mise en scène du splatter japonais
Questions fréquentes
Quand le film est-il sorti en France ?
En salle, le 5 février 2025 seulement, dans une restauration 4K distribuée par Carlotta Films, avec une interdiction aux moins de 16 ans et aucune coupe. Il avait été présenté à l’Étrange Festival dès août 2002 et circulait depuis en vidéo, mais il aura fallu vingt-quatre ans pour qu’il atteigne les écrans français.
Des sacs à vomissement ont-ils vraiment été distribués ?
Oui, lors de la présentation du film au festival de Toronto en 2001. C’était un geste promotionnel, mais il a suffi à installer la réputation du film avant même qu’il ne soit vu, et l’anecdote circule encore aujourd’hui.
L'adaptation est-elle fidèle au manga ?
Elle en conserve les deux personnages centraux, la structure d’enquête et le ton, mais s’en écarte franchement dans son dernier acte. Le manga d’Hideo Yamamoto, dix volumes parus entre 1998 et 2001, va par ailleurs nettement plus loin que le film sur plusieurs points.
Le film a-t-il été coupé ailleurs ?
Oui. Le Royaume-Uni et les États-Unis ont exigé le retrait de plusieurs minutes de tortures pour lui accorder une classification, l’Allemagne l’a saisi puis mis à l’index, et la Malaisie l’a interdit. La France, elle, l’a laissé passer intégralement.
Qui est l'acteur qui joue Jijii ?
Shin’ya Tsukamoto, réalisateur de Tetsuo, l’un des cinéastes les plus singuliers du cinéma japonais, qui tient ici le rôle du manipulateur d’Ichi. Sa prestation lui a valu le prix du meilleur second rôle masculin au concours Mainichi en 2003.
Sources
- Carlotta Films, fiche officielle de la sortie française : durée, visa n° 126050 et interdiction aux moins de 16 ans.
- L’Officiel des spectacles, date de première mise en salle française, 5 février 2025.
- Wikipédia, Ichi the Killer (fiche technique, palmarès en festivals).
- AnimeLand, présentation du film à l’Étrange Festival en août 2002 et parcours français de Miike.
- Cinémathèque française, notice de programmation.
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