4,75/ 5Note globale

  • Valeur cinématographique4,75
  • Glauque4,50
  • Violent4,25
  • Dérangeant4,75
  • Gore4,00
  • Nudité2,50

La note globale juge la valeur cinématographique de l'oeuvre. Les autres notes mesurent l'intensité, pas la qualité.

Nos notes

  • Globale 4,75. Un piège de mise en scène d’une précision absolue. La première heure installe une confiance que la seconde détruit méthodiquement, sans qu’aucun plan ne soit superflu.
  • Glauque 4,50. Appartement vide, sac qui bouge seul dans une pièce sombre, silence. Le malaise s’installe bien avant la première goutte de sang.
  • Violent 4,25. Concentrée sur le dernier acte, méthodique, appliquée avec des instruments médicaux sur un homme immobilisé.
  • Dérangeant 4,75. Le film retourne contre le spectateur la sympathie qu’il a construite pour son personnage principal. C’est le sommet de son efficacité.
  • Gore 4,00. Peu étendu mais d’une précision clinique, notamment lors de la scène des aiguilles.
  • Nudité 2,50. Discrète, jamais gratuite, toujours resituée dans un rapport de pouvoir.

Vidéos

Bande annonce 'Audition'
Official Trailer [Subtitled]
International Trailer

Le film

  • Titre originalオーディション (Ōdishon)
  • Titres alternatifsAudition, titre identique en France
  • Année1999 Années 90
  • Durée115 min
  • PaysJapon Corée du Sud
  • LangueJaponais
  • RéalisateurTakashi Miike
  • ScénarioDaisuke Tengan, d’après le roman-feuilleton de Ryū Murakami publié en 1997
  • ActeursRyo Ishibashi (Shigeharu Aoyama), Eihi Shiina (Asami Yamazaki), Tetsu Sawaki (Shigehiko, le fils), Jun Kunimura (Yoshikawa), Miyuki Matsuda
  • TechniqueImage de Hideo Yamamoto, musique de Kōji Endō, montage de Yasushi Shimamura. Tournage à Tokyo sur trois semaines
  • StudioOmega Project
  • Sortie française6 mars 2002, interdiction aux moins de 16 ans, distribué par The Jokers. Ressorti en salle le 13 avril 2022 dans une restauration 4K
  • FormatAdaptation littéraire J-horror
  • SagaAucune. Premier film de Takashi Miike distribué en France, alors qu’il en avait déjà réalisé plus d’une vingtaine, dont trente-cinq films de yakuzas destinés au marché vidéo japonais dans la seule décennie 1990
  • Sous-genresJ-horror Torture Drame psychologique Extrême / Underground
  • ClassificationEn France, sortie en 2002 avec une interdiction aux moins de 16 ans et aucune coupe, statut de film d’auteur oblige. Sortie au Japon le 3 mars 2000, après une présentation internationale dès 1999, notamment au festival de Rotterdam où plusieurs spectateurs ont quitté la salle et où des évanouissements ont été rapportés. Le film n’a pas connu d’interdictions massives comparables à celles des autres titres extrêmes de son époque, sa reconnaissance critique précoce l’ayant protégé.
  • DisponibilitéRestauration 4K, éditions vidéo françaises chez The Jokers. Nobuo ne référence aucun lien de visionnage.

Contenu extrêmeLe dernier acte du film contient une séquence de torture prolongée à l’aiguille et au fil, appliquée à un homme immobilisé. Tout est simulé, mais la précision clinique de la mise en scène en fait l’une des scènes les plus commentées du cinéma japonais contemporain.

Un veuf organise un faux casting pour se choisir discrètement une nouvelle épouse. Il choisit Asami, douce et parfaite. Takashi Miike construit une heure de mélodrame élégant avant de refermer le piège sur son personnage et sur le spectateur qui, comme lui, a préféré ne pas poser de questions.

Contexte et genèse du projet

À la fin des années 90, Takashi Miike a déjà tourné plus d’une vingtaine de films, dont trente-cinq consacrés aux yakuzas pour le marché très lucratif de la vidéo japonaise. Une société de production achète les droits du roman-feuilleton de Ryū Murakami et confie l’adaptation à Daisuke Tengan, avant de proposer le projet à Miike, dans l’idée de profiter de l’engouement lancé l’année précédente par Ring. Le tournage se déroule à Tokyo sur trois semaines, avec une équipe presque entièrement composée de collaborateurs habituels du réalisateur. Seule exception notable, Eihi Shiina, ancien mannequin, pour qui Asami constitue le second rôle de sa carrière d’actrice. Miike a résumé son intention en une phrase devenue célèbre : il voulait faire un film que les spectateurs regretteraient d’avoir vu.

Mise en scène et esthétique

Le film tient sur un contrat de confiance rompu. Sa première heure adopte la forme et le rythme d’un mélodrame classique, presque dans la veine d’un Ozu tardif, cadres posés, silences, politesse des rapports sociaux. Rien ne prévient le basculement, qui s’opère par un simple objet, un sac posé dans un appartement vide qui finit par bouger. Le dernier acte renverse tout : montage haché, hallucinations, chronologie brouillée, jusqu’à la scène de torture à l’aiguille et au fil à couper, filmée avec un calme presque tendre qui la rend d’autant plus insoutenable. Ce contraste entre la douceur du geste et l’horreur de l’acte est la signature du film, et ce que la plupart de ses imitateurs n’ont jamais su reproduire.

Censure et réception

En France, le film est sorti en 2002 avec une interdiction aux moins de 16 ans et sans aucune coupe, distribué par The Jokers, avant une ressortie en 4K restaurée en 2022. Son statut de film d’auteur, déjà remarqué en festival, l’a protégé des campagnes de censure qui ont frappé d’autres titres du cinéma de genre asiatique à la même période. Sa présentation internationale dès 1999, notamment au festival de Rotterdam, est devenue légendaire : départs en salle, malaises rapportés, et une réputation installée avant même sa sortie commerciale. La critique française, elle, l’a accueilli avec un sérieux inhabituel pour ce registre, Le Monde saluant dès 2002 sa capacité à mettre à nu la part obscure d’une société de relations pacifiées en apparence.

Thématiques et lecture sociologique

Le film organise puis retourne un dispositif d’objectification. Aoyama traite le mariage comme un recrutement, examine des dossiers de candidates, choisit sur des critères qu’il n’assume pas entièrement : la première moitié du film est construite de son point de vue, et le spectateur y adhère sans réserve, séduit par la même docilité apparente que lui. La seconde moitié fait basculer ce regard : Asami cesse d’être un objet de choix pour devenir un sujet dont le passé, longtemps tu, réoriente entièrement le sens de ce qui précède. Plusieurs lectures critiques y voient une figure de vengeance contre l’objectification masculine et la structure patriarcale japonaise ; d’autres soulignent que le film documente d’abord la peur masculine du désir féminin. Les deux lectures ne s’excluent pas, et c’est ce qui a permis au film de traverser les cercles critiques bien au-delà du cinéma de genre.

Héritage et influence

C’est le film qui a fait connaître Takashi Miike en dehors du Japon, et le premier des siens distribué en France. Il a ouvert la voie à la vague J-horror et Asia Extreme des années 2000 en Occident, et sa scène de torture reste l’une des références les plus citées du cinéma d’horreur contemporain, y compris par des cinéastes qui ne partagent rien d’autre avec Miike. Son influence sur le torture porn américain de la décennie suivante est régulièrement soulignée, avec une réserve constante : la profondeur psychologique et la construction en deux temps du film original ont rarement été égalées par ses héritiers, qui en ont surtout retenu la seconde moitié.

Verdict

  • À voir siVous voulez l’un des pièges de mise en scène les plus efficaces du cinéma contemporain, construit sur la confiance qu’il détruit ensuite méthodiquement.
  • À éviter siVous redoutez les scènes de torture prolongées : la dernière demi-heure ne laisse aucun répit une fois le basculement amorcé.

Dans le même registre

Questions fréquentes

Le film a-t-il été censuré en France ?

Non. Il est sorti en 2002 avec une interdiction aux moins de 16 ans et sans aucune coupe, puis a été ressorti en 2022 dans une restauration 4K. Son statut de film d’auteur, déjà remarqué en festival avant sa sortie commerciale, l’a mis à l’abri des campagnes de censure qui ont visé d’autres films de genre asiatiques de la même période.

Que s'est-il passé au festival de Rotterdam ?

Présenté dès 1999, le film y a provoqué des départs en salle et des malaises rapportés parmi le public, ce qui a installé sa réputation avant même sa sortie commerciale au Japon en 2000 et en France en 2002.

Est-ce une adaptation fidèle ?

Le scénario de Daisuke Tengan adapte le roman-feuilleton de Ryū Murakami publié en 1997, en conservant sa structure en deux temps et son dénouement. C’est un roman correspondant davantage à un thriller psychologique qu’à un texte d’horreur pure.

Était-ce le premier film japonais de Miike vu en France ?

Oui. C’est le tout premier film de Takashi Miike distribué en salle en France, en 2002, alors qu’il avait déjà réalisé plus d’une vingtaine de longs métrages au Japon, essentiellement des films de yakuzas destinés au marché vidéo.

Le film est-il féministe ou misogyne ?

Le débat critique reste ouvert. Certains y voient une figure de vengeance contre l’objectification des femmes et le patriarcat japonais ; d’autres soulignent qu’il documente avant tout la peur masculine du désir féminin. Les deux lectures s’appuient sur le même dénouement et ne s’excluent pas nécessairement.

Commentaires

Aucun commentaire pour le moment.

Les commentaires et les notes sont réservés aux membres inscrits. Se connecter.