I Spit on Your Grave
1978 États-Unis Meir Zarchi Rape and revenge Horreur rurale Extrême
1978 États-Unis Meir Zarchi Rape and revenge Horreur rurale Extrême
3,50/ 5Note globale
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Contenu extrêmeLe film repose sur une agression sexuelle collective filmée sans ellipse pendant environ vingt-cinq minutes, suivie de séquences de vengeance très crues. Tout est simulé, mais rien n’est atténué.
Une romancière new-yorkaise loue une maison au bord d’une rivière pour écrire. Quatre hommes du coin la traquent, l’agressent et la laissent pour morte. Elle survit. Meir Zarchi filme les deux moitiés de cette histoire avec la même absence totale de musique, et c’est ce silence qui a rendu le film insupportable à la moitié de la planète.
En 1974, Meir Zarchi, monteur installé à New York, porte secours avec sa fille à une jeune femme qui vient d’être violée dans un parc. Il la conduit au commissariat, où la procédure et les formulaires passent avant ses blessures, puis à l’hôpital. Il écrira son scénario comme une réponse à cette expérience. Le film est tourné dans le Connecticut pour environ 80 000 dollars, avec Camille Keaton, petite-nièce de Buster Keaton, qui épousera Zarchi peu après. Sous son titre d’origine, Day of the Woman, il sort en 1978 en autodistribution, sans publicité, et passe presque inaperçu, malgré un prix d’interprétation féminine décroché par Keaton au festival de Sitges. En 1980, un distributeur de cinéma d’exploitation le rachète, le rebaptise et le vend sur son seul potentiel de scandale. C’est cette opération commerciale, plus que le film lui-même, qui a déterminé sa réputation.
Le fait technique décisif du film est souvent mal rapporté : il n’y a aucune musique, nulle part, pas seulement pendant l’agression. Zarchi supprime tout signal dramatique, ce qui prive le spectateur des repères habituels lui indiquant quand s’inquiéter, quand souffler, quand se réjouir. Il ne reste que le son direct, la rivière, les insectes, la respiration. La séquence d’agression, environ vingt-cinq minutes en trois temps, est filmée en plans longs et fixes, sans aucun montage qui permettrait de s’échapper. La seconde moitié, celle de la riposte, conserve exactement le même traitement : pas de triomphe, pas d’accélération, pas de musique de vengeance. Le reste est techniquement pauvre, le jeu inégal, le son parfois défaillant, et le film n’en tire pas moins un effet que peu de productions autrement plus soignées atteignent.
La carrière du film au Royaume-Uni est le dossier de censure le plus long de ce catalogue. Jamais soumis pour une sortie en salle, il devient dans les années 80 l’un des video nasties les plus poursuivis. Il faut attendre novembre 2001 pour un premier visa, obtenu après sept minutes de coupes dans les trois séquences d’agression. Une version alternative soumise en 2003, où l’agression était retravaillée en hors-champ, est encore amputée de 41 secondes. En 2010, une nouvelle soumission de la version intégrale reste coupée de 2 minutes 54. Le film n’a donc jamais circulé intégralement outre-Manche. Ailleurs, il est interdit en Irlande, en Norvège, en Islande, en Allemagne de l’Ouest et en Australie. Aux États-Unis, Roger Ebert lui attribue la note zéro et le décrit comme une ordure sadique, ce qui reste le jugement critique le plus cité à son sujet.
Le désaccord n’est toujours pas tranché. Pour ses détracteurs, la durée accordée à l’agression excède de très loin ce que la démonstration exigeait, et le film sert d’abord un public venu pour ça. Pour ses défenseurs, dont plusieurs universitaires féministes à partir des années 90, notamment dans les travaux de Carol Clover sur le regard dans le cinéma d’horreur, l’absence de stylisation est précisément ce qui interdit toute jouissance, et le renversement final donne à Jennifer Hills une autonomie que le genre refusait alors à ses personnages féminins. Les deux lectures s’appuient sur le même matériau, ce qui est rare et explique la longévité du débat. Nobuo ne tranche pas, mais note un fait : le film ne montre à aucun moment la riposte comme une réparation. Jennifer ne redevient pas ce qu’elle était, et le dernier plan ne propose aucun apaisement.
Il a donné au rape and revenge son titre le plus connu, six ans après La Dernière Maison sur la gauche qui en avait posé les bases. Sa descendance est immense et souvent bien plus policée, jusqu’aux films de vengeance féminine contemporains qui en reprennent la structure en abandonnant sa crudité. Le film lui-même a engendré un remake en 2010 et deux suites, puis une suite directe tournée par Zarchi en 2019 avec Camille Keaton dans le même rôle, quarante et un ans plus tard. Le fils du réalisateur a par ailleurs consacré un documentaire à la fabrication de l’original. Rares sont les films de ce registre à avoir suscité autant de littérature universitaire, ce qui reste le meilleur indice de ce qu’il a réellement produit.
Pas dans son intrigue, mais dans son origine. En 1974, Meir Zarchi a porté secours à une jeune femme violée dans un parc new-yorkais et s’est heurté au traitement administratif que la police a réservé à sa plainte. Il a écrit le scénario comme une réponse à cet épisode.
C’est un choix intégral : le film ne comporte aucune partition, ni pendant l’agression, ni pendant la vengeance, ni au générique. Zarchi supprime ainsi tous les repères qui indiquent habituellement au spectateur ce qu’il doit ressentir. Il ne reste que le son direct, et c’est ce qui rend le film si difficile à traverser.
Le film est sorti en 1978 sous le titre Day of the Woman, en autodistribution et sans publicité, et n’a pas trouvé son public. En 1980, un distributeur de cinéma d’exploitation l’a racheté, rebaptisé I Spit on Your Grave et vendu sur son potentiel de scandale. Le succès et la réputation datent de cette seconde sortie.
Non, à ce jour. Premier visa en novembre 2001 après sept minutes de coupes, version alternative encore amputée de 41 secondes en 2003, et nouvelle soumission en 2010 toujours coupée de 2 minutes 54. C’est l’un des dossiers de censure les plus longs de l’histoire de la BBFC.
Le débat n’est pas clos. Ses détracteurs jugent la durée de l’agression indéfendable et le film destiné à un public venu pour elle. Ses défenseurs, dont plusieurs universitaires féministes depuis les années 90, estiment que l’absence totale de stylisation interdit toute jouissance et que le renversement final donne à son personnage une autonomie rare pour l’époque. Les deux lectures reposent sur le même matériau.
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