La Maison près du cimetière

1981 Italie Lucio Fulci Maison hantée Gore Culte

3,75/ 5Note globale

  • Valeur cinématographique3,75
  • Glauque4,50
  • Violent4,00
  • Dérangeant4,50
  • Gore4,25
  • Nudité2,00

La note globale juge la valeur cinématographique de l'oeuvre. Les autres notes mesurent l'intensité, pas la qualité.

Nos notes

  • Globale 3,75. Le plus construit des trois volets et le plus classique dans sa forme, mais aussi le moins hanté par la poésie qui fait la valeur de L’Au-delà. Une très bonne maison hantée, pas un sommet.
  • Glauque 4,50. Cave inondée, escalier condamné, odeur suggérée de moisissure. Le film oppose une lumière automnale magnifique à un sous-sol qu’on croit sentir.
  • Violent 4,00. Peu de meurtres, mais chacun étiré jusqu’à l’inconfort, notamment celui au tisonnier, filmé bien au-delà du nécessaire.
  • Dérangeant 4,50. Un enfant est au centre du dispositif, et le film ne lui épargne rien. Le dénouement, ambigu et sans consolation, est l’un des plus désespérants du genre.
  • Gore 4,25. Giannetto De Rossi au sommet, avec une créature de chair recomposée qui reste sa plus belle réussite de la période.
  • Nudité 2,00. Marginale, sans fonction particulière dans le récit.

Vidéos

La Maison près du cimetière (1981) Bande-annonce française VF
Original Trailer
Trailer

Le film

Contenu sensibleMeurtres longuement étirés, égorgements, décapitation, et un enfant placé en situation de danger direct dans la dernière partie. Les effets sont artisanaux mais insistants.

Une famille new-yorkaise s’installe pour six mois dans une maison de Nouvelle-Angleterre, dont la cave est murée. En dessous vit ce qui reste du docteur Freudstein, chirurgien du 19e siècle qui prolonge son existence en se greffant les organes de ceux qui entrent. Fulci referme sa trilogie sur le plus classique de ses films, et le plus désespéré.

Contexte et genèse du projet

Lucio Fulci tourne ce film dans la foulée immédiate de L’Au-delà, avec la même productrice équipe, la même actrice principale, Catriona MacColl, et le même chef opérateur. Il abandonne cette fois l’apocalypse et l’errance onirique pour une structure de maison hantée classique, dans le sillage du succès d’Amityville et de Shining, sortis peu avant. Le scénario, signé Elisa Briganti et Dardano Sacchetti avec Giorgio Mariuzzo, invente un antagoniste dont le nom résume tout le programme : Freudstein, contraction de Freud et de Frankenstein, chirurgien victorien qui a fait de son propre corps un chantier permanent. Le tournage se déroule en Nouvelle-Angleterre, autour de Boston, avec des intérieurs complétés à Rome.

Mise en scène et esthétique

C’est le plus tenu des trois volets. La photographie automnale de Sergio Salvati, feuilles mortes et lumière rasante, donne au film une beauté qui contraste violemment avec ce qui se joue en dessous, et Fulci travaille pour une fois une véritable progression : bruits, portes, indices, avant que la violence n’explose. Les meurtres sont peu nombreux mais tenus bien au-delà du confort, celui au tisonnier restant le plus commenté. La créature de Giannetto De Rossi, masse de chair recomposée et suintante, est l’une des grandes réussites du maquillage italien de la période, d’autant qu’elle est presque toujours filmée dans la pénombre. Un mot sur le doublage : la voix stridente donnée au jeune Bob dans la version anglophone est devenue légendaire chez les amateurs, pour de mauvaises raisons.

Censure et réception

Le film rejoint la liste britannique des video nasties, où le meurtre au tisonnier et la décapitation concentrent les griefs. Une sortie vidéo amputée intervient à la fin des années 80, et il faut attendre les années 2000 pour une version intégrale autorisée outre-Manche. Ailleurs en Europe, il circule dans des montages variables. La critique de l’époque le traite comme le reste de la production Fulci, avec un mépris à peu près unanime, avant que la réévaluation générale du réalisateur, à partir de la fin des années 90, ne le remette à sa place : celle d’un film mieux construit que ses voisins, quoique moins habité.

Thématiques et lecture sociologique

Le film travaille la faillite du regard adulte. Les parents rationalisent tout, ne voient rien, et laissent la maison faire son œuvre ; seuls les enfants perçoivent la menace, jusqu’à cette fillette fantôme qui prévient sans être crue. C’est le motif classique du genre, mais Fulci le pousse jusqu’à une conclusion sans issue où l’innocence n’est pas sauvée. Freudstein, lui, incarne une science devenue prédatrice : un médecin qui a cessé de soigner pour se réparer, et pour qui les corps ne sont plus qu’un stock de pièces. Le film se referme sur un carton attribuant à Henry James une réflexion sur les enfants et les monstres, phrase qu’on ne retrouve dans aucun de ses écrits : le geste résume assez bien le rapport de Fulci à la culture, à la fois sincère et bricolé.

Héritage et influence

Il clôt la période la plus féconde de Lucio Fulci, celle qui court de L’Enfer des zombies en 1979 à ce film, et qui lui vaudra a posteriori le surnom de poète du macabre. Son influence est moins visible que celle de L’Au-delà, mais son antagoniste, ce médecin qui se recoud avec les autres, a essaimé bien au-delà du cinéma italien. C’est aussi, des trois volets, celui qui se laisse le plus facilement conseiller à un spectateur qui découvre Fulci : il raconte quelque chose, ce que les deux autres refusent délibérément de faire.

Verdict

  • À voir siVous voulez entrer chez Fulci par la porte la plus accessible, ou si le motif de la maison hantée vous intéresse dans sa version italienne.
  • À éviter siLes scènes mettant un enfant en danger vous sont pénibles : la dernière partie repose entièrement là-dessus.

Dans le même registre

Questions fréquentes

Qui est le docteur Freudstein ?

Un chirurgien du 19e siècle qui prolonge son existence en se greffant les organes de ceux qui pénètrent dans la maison. Son nom est une contraction de Freud et de Frankenstein, et il résume le programme du film : une science qui a cessé de soigner pour se réparer elle-même.

Faut-il avoir vu les autres volets de la trilogie ?

Non. Les trois films ne partagent aucun personnage ni aucune intrigue, seulement un motif commun. Celui-ci est le plus narratif des trois et le plus facile à conseiller à qui découvre Fulci.

La citation finale est-elle authentique ?

Non. Le film se referme sur un carton attribuant à Henry James une réflexion sur les enfants et les monstres, phrase qu’on ne retrouve dans aucun de ses écrits. C’est une invention du film, ou une citation déformée au point d’être introuvable.

Quelle a été la censure britannique ?

Le film figure sur la liste des video nasties, le meurtre au tisonnier et la décapitation concentrant les reproches. Une sortie vidéo amputée intervient à la fin des années 80, et la version intégrale n’a été autorisée outre-Manche que dans les années 2000.

Pourquoi la voix de l'enfant est-elle si étrange ?

C’est un choix de doublage de la version anglophone, où le jeune Bob se voit attribuer une voix stridente devenue célèbre chez les amateurs, pour de mauvaises raisons. La version italienne d’origine ne pose pas ce problème.

Commentaires

Aucun commentaire pour le moment.

Les commentaires et les notes sont réservés aux membres inscrits. Se connecter.