3,25/ 5Note globale

  • Valeur cinématographique3,25
  • Glauque5,00
  • Violent3,00
  • Dérangeant4,75
  • Gore2,50
  • Nudité5,00

La note globale juge la valeur cinématographique de l'oeuvre. Les autres notes mesurent l'intensité, pas la qualité.

Nos notes

  • Globale 3,25. Un collage anarchique dont l’ambition politique reste réelle, mais dont la genèse chaotique, un film abandonné en cours de route puis rafistolé, se sent à chaque plan.
  • Glauque 5,00. Chocolat, sucre, excréments, chambres capitonnées. Le film ne connaît aucune surface propre, littéralement comme au sens figuré.
  • Violent 3,00. Rare mais frontale, notamment lors d’un usage de véritables images d’archives d’une brutalité sans lien avec le reste du film.
  • Dérangeant 4,75. Une scène impliquant des enfants a valu au film son interdiction la plus durable, et reste aujourd’hui la plus difficile à défendre de toute sa filmographie.
  • Gore 2,50. Ponctuel, jamais recherché pour lui-même.
  • Nudité 5,00. Constante, jamais érotisée au sens conventionnel, entièrement mise au service de la provocation et de la thèse du film.

Vidéos

Sweet Movie Trailer

Le film

  • Titre originalSweet Movie
  • Titres alternatifsSweet Movie, titre identique en France. Sorti en Italie sous le titre Dolcefilm, dans un montage supervisé par Pier Paolo Pasolini avec Dacia Maraini
  • Année1974 Années 70. Présenté au Festival de Cannes en mai 1974, sorti en France le 12 juin 1974
  • Durée99 min
  • PaysFrance Canada Allemagne de l’Ouest
  • LangueAnglais Français Polonais
  • RéalisateurDušan Makavejev, cinéaste serbe déjà contraint à l’exil après l’interdiction en Yougoslavie de son précédent film, WR : Les Mystères de l’organisme (1971), pour son contenu politique et sexuel
  • ScénarioDušan Makavejev
  • ActeursCarole Laure (Miss Canada), qui quitte le tournage avant la fin, Pierre Clémenti (le marin), Anna Prucnal (Anna Planeta), John Vernon (le magnat du lait), avec Jane Mallett
  • TechniqueImage de Pierre Lhomme, montage de Yann Dedet, musique de Manos Hadjidakis, compositeur grec connu pour Jamais le dimanche
  • StudioV. M. Productions Mojack Film Maran Film, produit par Richard Helman et Vincent Malle, frère de Louis Malle, distribué en France par AMLF
  • BudgetEnviron 700 000 dollars canadiens. Makavejev avait refusé, pour tourner ce film, une proposition de Francis Ford Coppola de réaliser Apocalypse Now
  • FormatArt & essai Cinéma expérimental
  • SagaAucune. Le film ferme la période la plus radicale de Makavejev, qui ne retournera derrière la caméra qu’après plusieurs années d’exil forcé
  • Sous-genresArt & essai dérangeant Satire politique Extrême / Underground
  • ClassificationEn France, visa CNC n° 41915, délivré le 27 mai 1974, portant interdiction aux mineurs de moins de 16 ans, pour une sortie en salle le 12 juin 1974. Au Canada, c’est la commission de censure de la seule province d’Ontario, réputée la plus sévère du pays, qui a interdit le film dès sa sortie en 1975 ; il est resté durant des années l’exemple favori de sa présidente pour justifier l’existence de la censure auprès du public. En Pologne, l’actrice Anna Prucnal s’est vu retirer son passeport en raison de sa participation au film, l’empêchant de rentrer dans son pays pendant quinze ans.
  • DisponibilitéRestauration Criterion, éditions DVD et Blu-ray disponibles en France. Nobuo ne référence aucun lien de visionnage.

Contenu extrêmeLe film contient des scènes de scatologie frontale, une séquence impliquant des enfants qui reste la plus controversée de toute la filmographie de Makavejev, et des images d’archives réelles montrant l’exhumation de victimes d’un massacre historique. Nobuo n’en recommande pas le visionnage sans réserve.

Miss Canada remporte le concours de Miss Monde 1984, où les candidates se font examiner par le patron d’une fabrique de ceintures de chasteté. Son prix : un mariage forcé avec un magnat du lait. En parallèle, une révolutionnaire navigue sur un chaland chargé de sucre, sous une figure de proue à l’effigie de Marx. Dušan Makavejev signe un objet politique et scatologique que le tournage lui-même a failli emporter avec lui.

Contexte et genèse du projet

Makavejev arrive à ce projet en exil, son film précédent ayant été interdit en Yougoslavie pour son contenu politique et sexuel. Il refuse une proposition de Francis Ford Coppola de reprendre son scénario d’Apocalypse Now pour tourner ce film à la place. Le récit devait initialement suivre la seule trajectoire de Miss Canada, incarnée par Carole Laure. Mais l’actrice, de plus en plus mal à l’aise devant ce que le tournage exigeait d’elle, quitte le plateau avant la fin, après avoir tourné une scène où elle caresse le sexe d’un homme. Elle a témoigné en 2022 que cette expérience relevait d’une forme de metoo avant l’heure, dénonçant des menaces et le fait que le montage final la fasse paraître avoir consenti à davantage qu’elle n’a réellement tourné ; elle a même tenté sans succès d’obtenir en justice le retrait du film de la sélection cannoise. C’est ce départ en cours de tournage qui a contraint Makavejev à réécrire le scénario pour y intégrer la seconde trajectoire, celle d’Anna Planeta, afin d’atteindre une durée de long métrage.

Mise en scène et esthétique

Le style de Makavejev tient du collage documentaire et de l’agit-prop théâtrale plus que du récit classique, mêlant comédie musicale absurde, improvisations scatologiques réelles tournées avec la commune viennoise de l’artiste actionniste Otto Muehl, et une séquence d’archives glaçante : les images en noir et blanc de corps exhumés ne sont pas une reconstitution, mais un authentique document filmé par les nazis lors de la découverte des charniers de Katyń, où les Soviétiques avaient fait exécuter vingt-deux mille Polonais sur ordre de Staline en 1940. Cette insertion, sans lien narratif direct avec le reste du film, illustre la méthode de Makavejev : heurter le spectateur par juxtaposition plutôt que par démonstration.

Censure et réception

En France, le film obtient son visa d’exploitation le 27 mai 1974, avec une interdiction aux mineurs de moins de 16 ans, et sort en salle deux semaines plus tard sans provoquer de bataille de classification. Le sort du film a été bien plus rude ailleurs. Au Canada, où il a pourtant été en partie tourné à Montréal, c’est la commission de censure de l’Ontario, la plus stricte du pays, qui l’interdit dès 1975 et en fait l’un de ses exemples favoris pour justifier publiquement l’existence de la censure. En Pologne, la participation d’Anna Prucnal au film lui coûte son passeport pendant quinze années. Une séquence impliquant des enfants reste par ailleurs la plus systématiquement invoquée pour expliquer les interdictions dont le film a fait l’objet dans plusieurs pays, dont le Royaume-Uni.

Thématiques et lecture sociologique

Le film mène une attaque frontale contre les deux grandes idéologies du siècle : le récit de Miss Canada dénonce la marchandisation du corps féminin sous le capitalisme de consommation, celui d’Anna Planeta la désillusion et la dérive autoritaire du communisme réel. Makavejev, disciple revendiqué de Wilhelm Reich, postule que tout système de pouvoir, quelle que soit son idéologie affichée, finit par exercer une forme de domination sur le corps et la sexualité de l’individu. Le film ne propose aucune troisième voie ni aucun refuge : ses deux récits se referment sur un échec, faute d’alternative que le cinéaste soit en mesure de formuler positivement.

Héritage et influence

Longtemps considéré comme un mythe de l’underground plus que comme un film réellement vu, il est aujourd’hui étudié comme l’un des objets les plus radicaux du cinéma politique des années 70, aux côtés des œuvres contemporaines de Marco Ferreri ou de Fernando Arrabal. Son tournage chaotique et le départ en cours de route de son actrice principale en ont longtemps occulté la réception critique, la parole de Carole Laure n’ayant été pleinement entendue que des décennies plus tard. Dušan Makavejev, écarté du cinéma yougoslave pendant près de vingt ans, n’a retrouvé une carrière de studio que bien plus tard, avec Le Cas Coca-Cola en 1985.

Verdict

  • À voir siVous vous intéressez au cinéma politique le plus radical des années 70, en connaissance des conditions de production réelles derrière l’œuvre.
  • À éviter siLa scatologie frontale ou les scènes impliquant des enfants vous sont difficiles. Le film ne pratique aucune retenue sur ces deux terrains.

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Questions fréquentes

Carole Laure a-t-elle vraiment quitté le tournage ?

Oui. De plus en plus mal à l’aise face à ce qu’on lui demandait de tourner, elle est partie avant la fin du film, après une scène de nature sexuelle. Elle a qualifié cette expérience en 2022 de metoo avant l’heure et a même tenté, sans succès, de faire retirer le film de la sélection cannoise par voie de justice.

Les deux histoires du film étaient-elles prévues depuis le début ?

Non. Le scénario initial ne suivait que Miss Canada. C’est le départ de Carole Laure en cours de tournage qui a contraint Makavejev à écrire la seconde trajectoire, celle d’Anna Planeta, pour atteindre une durée de long métrage.

Les images d'archives sont-elles authentiques ?

Oui. Les images en noir et blanc de corps exhumés proviennent d’un document réel filmé par les nazis lors de la découverte des charniers de Katyń, où vingt-deux mille Polonais avaient été exécutés par les Soviétiques sur ordre de Staline en 1940.

Le film a-t-il été interdit dans tout le Canada ?

Non, précisément. C’est la commission de censure de la seule province d’Ontario, réputée la plus stricte du pays, qui l’a interdit dès 1975 et en a fait un exemple récurrent pour justifier son existence auprès du public.

Pourquoi la version italienne s'appelle-t-elle Dolcefilm ?

Parce que son montage pour le marché italien a été supervisé par Pier Paolo Pasolini lui-même, avec l’écrivaine Dacia Maraini, lors de sa sortie en Italie en novembre 1974.

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