The Devils
1971 Royaume-Uni Ken Russell Art & essai dérangeant Fresque historique Blasphème
4,50/ 5Note globale
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Contenu sensibleTorture judiciaire, supplice du bûcher, exorcismes forcés, nudité collective et profanation religieuse frontale. Le film est réputé pour son blasphème plus que pour son sang.
Loudun, 1634. Un curé libertin et populaire tient tête au pouvoir royal. Pour l’abattre, on accuse un couvent d’être possédé par sa faute. Ken Russell tire de cette affaire judiciaire authentique une fresque baroque que son propre studio charcute avant même la censure, et qu’il n’a plus jamais laissée reparaître intacte.
Le film s’appuie sur deux textes : Les Diables de Loudun, l’essai historique d’Aldous Huxley paru en 1952, et la pièce qu’en a tirée John Whiting. Les faits sont documentés : en 1632, les ursulines de Loudun se disent possédées, la supérieure Jeanne des Anges accuse le curé Urbain Grandier, et le procès qui suit, instruit sous l’autorité de Richelieu, aboutit à sa condamnation et à son supplice en août 1634. Ken Russell, alors au sommet de sa réputation après Love, obtient de Warner Bros. un budget considérable et confie les décors à un jeune peintre inconnu, Derek Jarman, dont c’est le premier travail pour le cinéma. Oliver Reed, acteur fétiche de Russell, tient le rôle de Grandier ; Vanessa Redgrave celui de la mère supérieure. Ce sera le film de leurs deux carrières, et celui que le studio passera un demi-siècle à enterrer.
Le geste de Derek Jarman fixe le film : Loudun n’est pas une reconstitution historique mais une ville de briques blanches immaculées, aux lignes géométriques modernes, un décor d’asile ou de laboratoire posé sur le 17e siècle. Le contraste avec la peste, les charniers et la crasse des corps produit l’essentiel du malaise. Russell y déploie sa manière la plus opératique, foules en transe, iconographie catholique détournée, visions blasphématoires, ruptures de ton brutales, sans jamais chercher à mettre son spectateur à distance. Le film tient sur les épaules d’Oliver Reed, dont le Grandier passe du cynisme mondain à une dignité de martyr, et sur Vanessa Redgrave, dont la mère supérieure bossue mêle désir refoulé et calcul. Peu de films de studio auront été aussi loin dans la démesure assumée.
Le dossier est unique en son genre, parce que la principale censure n’est pas venue des États : elle est venue du producteur. Warner Bros. a retiré elle-même la séquence dite du Viol du Christ, quatre minutes où les religieuses en transe s’en prennent à une effigie du crucifié, avant même de soumettre le film à la commission britannique, qui a ensuite coupé 89 secondes de plus. La version américaine a été encore réduite pour obtenir un classement moins restrictif, et Russell a toujours affirmé que ces coupes rendaient le récit incompréhensible outre-Atlantique. Le film a par ailleurs été interdit dans plusieurs pays. Les séquences supprimées, longtemps réputées détruites, ont été retrouvées en 2002 par le critique Mark Kermode dans un entrepôt du studio, ce qui a permis un documentaire pour Channel 4 puis, en 2004, la reconstitution du montage d’origine, projeté quelques fois en salle. Warner n’a jamais autorisé son édition vidéo, a refusé de fournir des éléments pour une copie haute définition, et a même exigé que la séquence retrouvée soit retirée du documentaire figurant sur le DVD britannique de 2012. Cinquante ans après, un studio continue de censurer son propre film.
Le sujet n’est pas la possession, c’est son instrumentalisation. Grandier gêne parce qu’il défend les fortifications de sa ville contre le pouvoir central : l’accusation de sorcellerie est un outil, et le film ne laisse jamais planer le moindre doute là-dessus. Ce qui l’intéresse, c’est la mécanique qui rend l’outil efficace : la répression sexuelle d’un couvent fermé, la crédulité entretenue, le spectacle public de l’exorcisme transformé en attraction, et la vitesse à laquelle une communauté entière bascule. Russell montre le fanatisme comme une chose fabriquée, entretenue par ceux qui en profitent et à laquelle finissent par croire ceux qui la subissent. C’est un film politique bien plus qu’un film de sacrilège, et c’est probablement pour cela qu’il a tant dérangé.
Sa réputation a survécu à toutes les tentatives de l’enterrer, et il figure aujourd’hui dans les listes des grands films britanniques, défendu par des cinéastes comme Guillermo del Toro qui militent publiquement pour sa libération. Il a lancé la carrière de Derek Jarman, qui deviendra l’un des cinéastes les plus singuliers de son pays, et il reste la matrice esthétique d’à peu près tout ce que le cinéma a produit ensuite sur les couvents et l’hystérie religieuse, y compris le nunsploitation italien qui suivra sans en garder l’intelligence. Son statut est celui d’un chef-d’œuvre qu’on ne peut toujours pas voir dans sa version intégrale, situation à peu près sans équivalent pour un film de cette importance.
Une séquence de quatre minutes où les religieuses en transe s’en prennent à une grande effigie du Christ en croix, montée en alternance avec des plans de Grandier célébrant seul la messe. Warner Bros. l’a retirée avant même de soumettre le film à la censure britannique. Elle n’a jamais figuré dans aucune version commerciale.
Son propre studio, en premier. Warner Bros. a coupé les quatre minutes les plus blasphématoires de sa propre initiative, la commission britannique en a retiré 89 secondes de plus, et la version américaine a encore été réduite. Russell a toujours dit que le montage américain rendait le récit incompréhensible.
Non, pas légalement. Les séquences coupées ont été retrouvées en 2002 par le critique Mark Kermode dans un entrepôt du studio, et un montage complet a été reconstitué en 2004, projeté quelques fois en salle. Warner Bros. n’a jamais autorisé son édition vidéo, a refusé de fournir des éléments pour une version haute définition, et a fait retirer la séquence du documentaire accompagnant le DVD britannique.
Oui, dans ses grandes lignes. Les possessions de Loudun ont bien eu lieu entre 1632 et 1634, la mère supérieure Jeanne des Anges a bien accusé le curé Urbain Grandier, et celui-ci a été torturé puis brûlé vif en août 1634 au terme d’un procès instruit sous l’autorité de Richelieu. Le film s’appuie sur l’essai d’Aldous Huxley consacré à cette affaire.
C’est le parti pris de Derek Jarman, alors peintre inconnu dont c’était le premier travail pour le cinéma. Sa ville de briques blanches aux lignes géométriques modernes refuse toute reconstitution d’époque et transforme Loudun en institution close. Le contraste avec la peste et les charniers fait l’essentiel du malaise visuel.
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