3,75/ 5Note globale

  • Valeur cinématographique3,75
  • Glauque4,50
  • Violent4,25
  • Dérangeant4,50
  • Gore3,50
  • Nudité2,00

La note globale juge la valeur cinématographique de l'oeuvre. Les autres notes mesurent l'intensité, pas la qualité.

Nos notes

  • Globale 3,75. Un premier film d’une brutalité intacte cinquante ans après, dont la portée est réellement pensée. Les intermèdes comiques des deux policiers restent une faute de goût que rien ne rachète.
  • Glauque 4,50. Pellicule sale, cadres de reportage, forêt banale. Le film a l’air d’un document retrouvé, et c’est précisément ce qui rend le supplice insupportable.
  • Violent 4,25. Violence longue, maladroite, sans chorégraphie. Les bourreaux hésitent, s’ennuient, recommencent : c’est ce qui la rend plausible.
  • Dérangeant 4,50. L’humiliation prime sur la douleur, et la seconde partie prive le spectateur du confort de la vengeance en la rendant aussi laide que le crime.
  • Gore 3,50. Effets rudimentaires mais quelques plans très crus, dont l’éviscération qui a valu au film des décennies de censure.
  • Nudité 2,00. Présente et systématiquement contrainte, jamais filmée comme un spectacle.

Vidéos

La dernière maison sur la gauche - Bande-Annonce VF
30 Sec Trailer
The Last House on the Left Official Trailer #1 - Sara Paxton, Aaron Paul Movie (2009) HD

Le film

  • Titre originalThe Last House on the Left
  • Titres alternatifsLa Dernière Maison sur la gauche (France). Titres de travail : Sex Crime of the Century, Krug and Company, Night of Vengeance
  • Année1972 Années 70
  • Durée84 min. Un montage plus long de 91 minutes est régulièrement évoqué sans avoir jamais refait surface
  • PaysÉtats-Unis
  • LangueAnglais
  • RéalisateurWes Craven, premier long métrage
  • ScénarioWes Craven, d’après La Source d’Ingmar Bergman, adaptation jamais créditée
  • ActeursDavid Hess (Krug), Sandra Peabody (Mari, créditée Sandra Cassel), Lucy Grantham (Phyllis), Fred J. Lincoln (Weasel), avec Jeramie Rain et Marc Sheffler
  • TechniqueImage de Victor Hurwitz, montage de Wes Craven, musique folk composée et interprétée par David Hess, l’acteur qui joue Krug
  • StudioSean S. Cunningham Films Hallmark Releasing
  • BudgetEnviron 87 000 dollars, pour plusieurs millions de recettes. Le producteur Sean S. Cunningham enchaînera avec Vendredi 13
  • Format16 mm Video nasty
  • SagaAucune suite. Un remake signé Dennis Iliadis sort en 2009, produit par Craven et Cunningham
  • Sous-genresRape and revenge Horreur rurale Extrême / Underground Exploitation
  • ClassificationSorti aux États-Unis avec un classement R, obtenu au prix de coupes pratiquées au montage puis localement par les exploitants eux-mêmes. Au Royaume-Uni, refus de visa dès 1974, inscription sur la liste des video nasties en 1984, nouveau refus en 2000 puis en 2001, sortie vidéo en 2002 amputée de 31 secondes après un appel perdu devant le Video Appeals Committee, et version intégrale seulement en mars 2008, trente-six ans après sa sortie. Confisqué en Allemagne pour glorification de la violence, interdit des décennies en Australie.
  • DisponibilitéÉditions restaurées intégrales, accompagnées de chutes retrouvées dont la bande son synchrone est perdue. Nobuo ne référence aucun lien de visionnage.

Contenu extrêmeLe film repose sur une longue séquence de viol, d’humiliation sexuelle et de meurtre, filmée frontalement et sans ellipse. Tout est simulé, mais plusieurs interprètes ont décrit un tournage éprouvant.

Deux adolescentes partent à un concert et tombent sur les mauvaises personnes. Les mauvaises personnes, ensuite, tombent en panne devant la maison des parents. Wes Craven filme cet enchaînement avec 87 000 dollars et une caméra de reportage, et prive le spectateur de tout ce qui rend habituellement l’horreur supportable.

Contexte et genèse du projet

Avant Les Griffes de la nuit et Scream, Wes Craven est un universitaire passé au montage de films pornographiques, embauché par Sean S. Cunningham pour tourner quelque chose de choquant et de bon marché. Le scénario transpose La Source d’Ingmar Bergman, récit médiéval de viol et de vengeance, dans l’Amérique de 1972, sans jamais créditer l’emprunt. Le tournage se fait dans le Connecticut et l’État de New York, avec une équipe minuscule et des comédiens presque tous débutants. Craven a toujours lié la crudité du film aux images du Vietnam diffusées chaque soir à la télévision : son projet était de montrer la violence telle qu’elle est réellement, sans la chorégraphie rassurante du cinéma de genre. La campagne d’affichage résume l’ensemble d’une formule restée célèbre, invitant le spectateur à se répéter que ce n’est qu’un film pour ne pas s’évanouir.

Mise en scène et esthétique

L’esthétique est celle du document brut : 16 mm granuleux, lumière naturelle, cadres approximatifs, décors banals. Rien n’est stylisé, et c’est la thèse du film. La violence y est lente, hésitante, souvent ridicule, et l’humiliation compte davantage que la douleur. Le choix musical achève de déstabiliser : la bande son folk, chaleureuse et presque insouciante, a été composée et chantée par David Hess, l’acteur qui joue le tortionnaire en chef. Cette dissonance entre l’image et le son est le geste le plus radical du film. Le reste de la mise en scène assume son amateurisme, et le film y perd sur un point précis : les deux policiers de comédie, censés faire respirer le récit, cassent son régime entier à chaque apparition. C’est le principal reproche que la critique lui adresse encore.

Censure et réception

La carrière du film est un dossier de censure à elle seule. Aux États-Unis, il obtient un R au prix de coupes successives, certaines opérées par les exploitants eux-mêmes, si bien qu’une partie du métrage a purement disparu. Au Royaume-Uni, la BBFC refuse tout visa dès 1974, le film rejoint la liste des video nasties en 1984, se voit refuser deux fois de plus au tournant des années 2000, et n’obtient une sortie vidéo qu’en 2002 amputée de 31 secondes, après que le Video Appeals Committee saisi par le distributeur eut non seulement confirmé les coupes mais les eut alourdies. Il faudra attendre mars 2008 pour une version intégrale, soit trente-six ans d’interdiction. L’Allemagne l’a confisqué pour glorification de la violence, l’Australie l’a banni pendant des décennies. À sa sortie, la critique le méprise très largement ; sa réévaluation viendra de la génération suivante.

Thématiques et lecture sociologique

La construction du film est un piège en deux temps. La première partie détruit méthodiquement l’innocence, jusqu’à un supplice dont aucun plan ne détourne le regard. La seconde offre la vengeance, mais filmée exactement de la même manière : maladroite, sale, filmée sans un instant de triomphe. Le spectateur qui la réclamait pendant une heure la reçoit et n’en tire rien. C’est là que Craven se sépare du reste du rape and revenge, genre dont il pose pourtant les bases : chez lui, la civilisation n’est pas restaurée par la riposte, elle est révélée pour ce qu’elle est, un vernis. Les parents ne redeviennent jamais des parents, et le film s’arrête sur eux, sans musique, sans conclusion.

Héritage et influence

Le film a fait deux choses durables. Il a sorti l’horreur du château gothique pour l’installer dans une maison de banlieue, ouvrant la voie à Massacre à la tronçonneuse deux ans plus tard, puis à toute l’horreur domestique américaine. Et il a fondé le rape and revenge, dont I Spit on Your Grave et La Maison au bout du parc, avec David Hess de nouveau en bourreau, seront les héritiers directs, généralement sans le pessimisme qui fait la valeur de l’original. Sean S. Cunningham en tirera la méthode qui donnera Vendredi 13, Wes Craven la matière de La Colline a des yeux. Il est mort en 2015, après une carrière entière passée à revenir sur ce qu’il avait ouvert ici.

Verdict

  • À voir siVous vous intéressez à la naissance de l’horreur américaine moderne, ou à ce que devient la vengeance quand un film refuse de la rendre satisfaisante.
  • À éviter siLes violences sexuelles filmées longuement vous sont insupportables. Le film ne coupe pas, et n’offre aucune compensation.

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Questions fréquentes

Le film est-il vraiment un remake de Bergman ?

C’est une adaptation non créditée de La Source (1960), qui transpose un récit médiéval de viol et de vengeance dans l’Amérique de 1972. Craven et Cunningham n’en ont jamais fait mystère, mais aucun générique ne mentionne Bergman.

Pourquoi la musique est-elle si décalée ?

Parce qu’elle a été écrite et chantée par David Hess, l’acteur qui incarne Krug, le chef des tortionnaires. Ces chansons folk douces, plaquées sur les pires séquences, produisent une dissonance délibérée : c’est l’un des choix de mise en scène les plus radicaux du film.

Quelle a été la censure au Royaume-Uni ?

Visa refusé dès 1974, inscription parmi les video nasties en 1984, deux nouveaux refus en 2000 et 2001, puis une sortie vidéo en 2002 amputée de 31 secondes : le distributeur avait fait appel devant le Video Appeals Committee, qui a confirmé les coupes et les a même alourdies. La version intégrale n’est autorisée qu’en mars 2008.

Existe-t-il une version longue ?

Un montage de 91 minutes est régulièrement évoqué sans avoir jamais été retrouvé. Des chutes ont refait surface et figurent sur certaines éditions, mais leur bande son synchrone est perdue : elles restent muettes. Une partie du métrage d’origine a disparu dans les coupes pratiquées à l’époque par les exploitants.

Que valent les policiers comiques ?

Rien, et c’est le consensus. Ces intermèdes burlesques, censés faire respirer le récit, brisent le régime documentaire que le film met une heure à installer. C’est la principale raison pour laquelle il ne figure pas au même rang que Massacre à la tronçonneuse.

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