Martyrs
2008 France Pascal Laugier Torture Nouvelle extrémité française Art & essai dérangeant
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Contenu extrêmeExécutions à l’arme à feu, automutilation, et une seconde moitié entièrement construite autour de la torture prolongée d’une jeune femme captive. Tout est simulé, mais sans aucune ellipse.
Une fillette échappée d’une captivité dont personne ne connaît la nature retrouve, quinze ans plus tard, ceux qu’elle croit responsables de son calvaire. Elle exécute toute une famille sous les yeux de sa seule amie. Ce n’était que le début. Pascal Laugier construit un film en deux blocs que rien ne prépare à raccorder, et qui a manqué de ne jamais sortir en salle en France.
Pascal Laugier, qui avait réalisé le making-of remarqué du Pacte des loups avant un premier long métrage resté sans écho commercial, Saint Ange, écrit Martyrs dans une période personnelle qu’il a lui-même qualifiée de traversée difficile. Le film s’ouvre au début des années 1970 sur Lucie, dix ans, retrouvée errante après une disparition de plusieurs mois, mutique et marquée sans qu’aucune agression ne soit visible. Quinze ans plus tard, rongée par la culpabilité d’avoir fui seule enfant en abandonnant une autre captive, elle retrouve une famille en apparence ordinaire et l’exécute, avant d’entraîner son unique amie Anna dans les conséquences de cet acte. Le film est produit par Richard Grandpierre pour Eskwad, en coproduction avec le Canada, et provoque un premier emballement médiatique au marché du film de Cannes en mai 2008, un mois avant sa sortie prévue.
Le film se scinde en deux blocs que rien ne vient raccorder en douceur. La première partie est hystérique, viscérale, hantée par des apparitions qui brouillent la frontière entre trauma et surnaturel. La seconde, centrée sur Anna, opère un changement de régime total : mise en scène clinique, néons blafards, absence de musique, répétition des coups jusqu’à l’épuisement du sens. Laugier a expliqué vouloir que chaque coup soit réellement douloureux à l’image, non par discours sur la représentation de la violence mais parce que la douleur est le sujet même du film : toute stylisation en aurait fait un objet de divertissement, ce qu’il refusait absolument.
Le 29 mai 2008, la commission de classification française interdit le film aux moins de 18 ans, par 13 voix contre 12. Une telle interdiction, réservée d’ordinaire aux œuvres pornographiques, équivaut pour un film de cinéma de genre à une condamnation commerciale : les salles habilitées à le montrer sont extrêmement rares, et le précédent avait déjà touché Saw 3 en 2006 et Baise-moi de Virginie Despentes en 2000. La décision déclenche une mobilisation immédiate du monde du cinéma, jusqu’à une rencontre entre Pascal Laugier et la ministre de la Culture Christine Albanel. Le film est réexaminé en séance plénière le 1er juillet 2008, devant vingt-six experts et un représentant du ministère, au terme d’un débat de trois quarts d’heure : la commission vote cette fois, par 14 voix contre 12, une interdiction aux moins de 16 ans assortie d’un avertissement. Le visa définitif est délivré le 21 juillet 2008. Laugier a par la suite abondamment communiqué sur cet épisode, y voyant un défaut de fonctionnement de la classification française plutôt qu’une censure organisée, et distinguant bien cette interdiction du classement X, réservé aux œuvres à caractère pornographique.
Le film reprend le mot martyr dans son sens religieux le plus littéral, celui du témoin, et construit son dernier acte autour d’une organisation qui torture méthodiquement de jeunes femmes dans l’espoir de leur arracher, au seuil de la mort, un aperçu de ce qui vient après. Cette prémisse, absurde énoncée à froid, devient un instrument de mise en scène implacable : le film ne cherche pas à faire croire à cette théorie, il en tire les conséquences jusqu’au bout, avec un littéralisme qui refuse toute échappatoire symbolique. Sous cette fable se lit une charge contre une élite vieillissante prête à consommer la jeunesse pour ses propres fins, question que le film pose sans jamais la désamorcer par un discours explicite.
Le film est devenu, aux côtés d’À l’intérieur et de Frontière(s), l’un des titres de référence de cette vague qu’une partie de la critique a rassemblée sous l’étiquette de nouvelle extrémité française. Son passage devant la commission de classification reste un cas d’école régulièrement cité dans les discussions sur le fonctionnement du visa d’exploitation en France. Un remake américain signé Kevin et Michael Goetz est sorti en 2015, très généralement jugé en retrait par rapport à l’original, faute d’assumer la même intransigeance de ton. Dix ans après sa sortie, le film continue de faire l’objet de rééditions et d’un ouvrage critique qui lui est entièrement consacré.
Un temps seulement. La commission de classification a voté cette interdiction le 29 mai 2008, par 13 voix contre 12, mais ce n’est jamais devenu le classement définitif. Après une mobilisation du monde du cinéma et une rencontre entre le réalisateur et la ministre de la Culture, un nouvel examen le 1er juillet 2008 a ramené le film à une interdiction aux moins de 16 ans, classement sous lequel il est réellement sorti en salle.
Parce qu’elle équivaut en pratique à un classement X, réservé aux œuvres pornographiques : très peu de salles sont habilitées à projeter ce type de films, ce qui condamne commercialement une œuvre qui n’a pourtant aucun caractère pornographique. Le même sort avait déjà frappé Saw 3 en 2006 et Baise-moi de Virginie Despentes en 2000.
Le visa définitif, délivré le 21 juillet 2008, porte la mention suivante : « Ce film inflige des images extrêmement éprouvantes exposant le supplice d’une jeune femme. Sa vision comme son interprétation requièrent des spectateurs préparés et distanciés. »
Il est très généralement considéré comme inférieur à l’original, la critique lui reprochant d’avoir édulcoré l’intransigeance de ton qui fait la réputation du film de Pascal Laugier, notamment sur sa seconde moitié.
Le futur réalisateur québécois, alors âgé de dix-neuf ans et non encore connu comme cinéaste, y tient un second rôle. Le film est une coproduction franco-canadienne, ce qui explique la présence de plusieurs comédiens québécois à la distribution.
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