3,50/ 5Note globale
- Valeur cinématographique3,50
- Glauque5,00
- Violent3,00
- Dérangeant4,75
- Gore3,00
- Nudité5,00
La note globale juge la valeur cinématographique de l'oeuvre. Les autres notes mesurent l'intensité, pas la qualité.
Nos notes
- Globale 3,50. Un objet qui ne se juge pas selon les critères du cinéma ordinaire. En tant que geste de provocation totale, filmé avec des amis pour presque rien, il reste sans équivalent.
- Glauque 5,00. Caravane crasseuse, décor de carton-pâte, misère revendiquée comme un style de vie. Rien n’y est propre, et c’est le principe.
- Violent 3,00. Ponctuelle et grotesque plutôt que réaliste, elle appartient au registre du grand-guignol plus qu’à celui de l’horreur.
- Dérangeant 4,75. Le film cherche méthodiquement le point de rupture du spectateur, et l’atteint à plusieurs reprises, dont une dernière scène restée tristement célèbre.
- Gore 3,00. Artisanal et volontairement grotesque, jamais réaliste.
- Nudité 5,00. Omniprésente, jamais désirable au sens conventionnel, entièrement mise au service de la provocation.
Vidéos
Données et visuels fournis par TMDb. Ce site utilise l'API TMDb mais n'est ni approuvé ni certifié par TMDb.
Le film
- Titre originalPink Flamingos
- Titres alternatifsPink Flamingos, titre identique en France
- Année1972 Années 70. Présenté en mars 1972 au festival du film de Baltimore
- Durée93 min
- PaysÉtats-Unis
- LangueAnglais
- RéalisateurJohn Waters, à son troisième long métrage après Mondo Trasho (1969) et Multiple Maniacs (1970)
- ScénarioJohn Waters
- ActeursDivine (Babs Johnson), David Lochary (Raymond Marble), Mink Stole (Connie Marble, son épouse et rivale de Divine), Mary Vivian Pearce (Cotton), Edith Massey (Edie, la mère de Divine), Danny Mills (Crackers, le fils de Divine)
- TechniqueTourné en 16 mm avec la troupe des Dreamlanders, la bande de comédiens et techniciens habituels de Waters à Baltimore
- StudioProduction indépendante Dreamland Productions, distribué par New Line Cinema
- BudgetEnviron 10 000 dollars, pour une recette finale avoisinant les 6 millions de dollars sur la durée de son exploitation en séances de minuit
- ReconnaissanceInscrit au National Film Registry de la Bibliothèque du Congrès américain en 2021, au titre du patrimoine culturel, historique ou esthétique
- FormatTrash Underground 16 mm
- SagaPremier volet de ce qu’on appelle rétrospectivement la trilogie Trash de John Waters, complétée par Female Trouble (1974) et Desperate Living (1977)
- Sous-genresTrash Underground Satire Extrême / Underground
- ClassificationEn France, visa CNC n° 45436, portant interdiction aux mineurs de moins de 16 ans. Aux États-Unis, Waters et son distributeur ont perdu chacun des procès pour obscénité intentés contre le film, qui n’a pourtant jamais cessé de circuler par le circuit des séances de minuit. Il a fait l’objet de restrictions ou de classifications très sévères dans plusieurs pays, et sa version intégrale n’a été autorisée au Royaume-Uni qu’à l’occasion de sa réédition en Blu-ray pour son cinquantième anniversaire, en 2022.
- DisponibilitéRestauration Criterion pour son cinquantième anniversaire, éditions DVD et Blu-ray disponibles en France. Nobuo ne référence aucun lien de visionnage.
Contenu extrêmeLe film enchaîne des scènes de nudité frontale, une séquence impliquant la mise à mort réelle d’un animal pendant un rapport sexuel simulé, une évocation d’inceste, et une dernière scène où Divine ingère un excrément canin réel, sans trucage. Aucune de ces séquences n’est présentée comme autre chose que ce qu’elle est.
Divine vit sous un nom d’emprunt dans une caravane, avec sa mère obsédée par les œufs, son fils aux mœurs particulières et une amie voyeuse. Un magazine à scandale la couronne personne la plus dégoûtante du monde. Un couple de la petite bourgeoisie locale, jaloux de ce titre, décide de le lui contester par tous les moyens. John Waters filme cette guerre absurde comme le geste de provocation le plus abouti du cinéma underground américain.
Contexte et genèse du projet
Avant ce film, John Waters avait déjà réalisé deux longs métrages tournés avec les mêmes moyens dérisoires, Mondo Trasho et Multiple Maniacs, ce dernier mettant en scène Divine violée par un homard géant. Avec sa troupe fidèle, les Dreamlanders, recrutée à Baltimore parmi ses amis, Waters tourne ce troisième film en 16 mm pour environ 10 000 dollars, avec l’ambition explicite de produire le film le plus transgressif jamais porté à l’écran. La première projection publique, en mars 1972 à Baltimore, est suivie d’une diffusion désastreuse dans un cinéma pornographique gay de Boston, où, selon l’acteur David Lochary lui-même, il se passait plus de choses dans les toilettes que dans la salle.
Mise en scène et esthétique
Waters revendique une esthétique de la laideur totale : éclairages plats, son asynchrone, cadrages imprécis, jeu volontairement outré. Cet amateurisme n’est pas un défaut de fabrication mais une méthode, au service d’une accumulation de scènes destinées à démolir systématiquement toute notion de bon goût. New Line Cinema, qui distribue le film, reste plus d’un an sans savoir comment le vendre, désarçonné par un métrage qui mêle nudité, zoophilie suggérée, inceste, cannibalisme et scatologie. Le succès ne viendra qu’en février 1973, quand le distributeur accepte de le lancer en séance de minuit à l’Elgin Theatre de Manhattan, salle réputée pour sa programmation d’art et essai.
Censure et réception
En France, le film obtient un visa d’exploitation portant interdiction aux mineurs de moins de 16 ans. Aux États-Unis, Waters n’a jamais gagné le moindre procès pour obscénité intenté contre son film, ce qui ne l’a pas empêché de continuer à circuler sans interruption par le circuit des séances de minuit, hors des radars des procédures judiciaires en cours. Sa réputation d’œuvre bannie est réelle mais s’est construite pays par pays, au gré de classifications très restrictives plutôt que d’une interdiction mondiale uniforme : sa version intégrale n’a par exemple été autorisée au Royaume-Uni qu’en 2022, lors de sa restauration pour le cinquantième anniversaire. Devenu un phénomène culte au fil des rediffusions nocturnes américaines, il a fini par rapporter près de 600 fois son budget de production.
Thématiques et lecture sociologique
Sous son déluge scatologique, le film retourne systématiquement les valeurs de l’Amérique nixonienne : la marginalité, la saleté et le crime y sont célébrés comme des vertus, tandis que le couple bourgeois qui convoite le titre de Divine est dépeint comme fondamentalement corrompu, kidnappeur de jeunes femmes qu’il exploite dans un trafic de bébés. Le film ne cherche jamais la respectabilité ni l’excuse artistique : il assume sa vulgarité comme une arme politique, revendiquant la laideur et l’anormalité comme un territoire à défendre plutôt qu’à cacher. C’est cette célébration joyeuse et militante de la marginalité, bien plus que le simple choc visuel, qui a fait du film un texte fondateur pour la culture queer et underground américaine.
Héritage et influence
Le film a fait de Divine une icône internationale et de John Waters une figure durable de la contre-culture, surnommé le pape du trash. Il a ouvert la voie à deux autres films réunis sous l’appellation rétrospective de trilogie Trash, et a consolidé le circuit des séances de minuit comme mode de diffusion à part entière pour le cinéma le plus radical. Sa légitimation institutionnelle, inscrit au National Film Registry en 2021 puis restauré par Criterion pour son cinquantième anniversaire, contraste avec son statut toujours sulfureux auprès d’une partie du public, qui continue d’en faire l’un des films les plus difficiles à recommander sans avertissement.
Verdict
- À voir siVous voulez comprendre l’origine du cinéma trash et de la culture des séances de minuit, en connaissance de cause sur ce qui vous attend.
- À éviter siLe dégoût pur, sans filtre esthétique ni mise à distance ironique, n’est pas une expérience que vous recherchez au cinéma.
Dans le même registre
- Visitor Q (2001) La même satire familiale poussée à l’absurde, dans un tout autre pays
- Salò ou les 120 Journées de Sodome (1975) La provocation totale comme geste politique, dans un registre radicalement sérieux
- A Serbian Film (2010) L’autre grand objet pensé pour atteindre le point de rupture du spectateur
- Nekromantik 2 (1991) Le même refus assumé du bon goût, dans l’underground allemand
Questions fréquentes
Était-ce le premier film de John Waters ?
Non, c’est son troisième long métrage, après Mondo Trasho et Multiple Maniacs, déjà tournés avec la même troupe et les mêmes moyens dérisoires. C’est en revanche le premier volet de ce qu’on appelle sa trilogie Trash.
Le film a-t-il été interdit en France ?
Il a obtenu un visa d’exploitation français, sous le numéro CNC 45436, avec une interdiction aux mineurs de moins de 16 ans. Il n’a donc jamais été interdit sur le territoire, contrairement à sa réputation internationale de film banni.
Waters a-t-il gagné les procès intentés contre le film ?
Non, il n’en a gagné aucun. Le film a fait l’objet de véritables poursuites pour obscénité aux États-Unis, toutes perdues, ce qui n’a pourtant jamais interrompu sa diffusion continue par le circuit des séances de minuit.
Comment le film est-il devenu un succès alors qu'il a d'abord été un échec ?
Sa première exploitation en 1972 a été un désastre, au point que son distributeur, New Line Cinema, l’a laissé de côté pendant plus d’un an sans savoir comment le vendre. Son lancement en séance de minuit à l’Elgin Theatre de Manhattan, en février 1973, a inversé sa trajectoire et fait de lui un phénomène culte durable.
Le film est-il reconnu officiellement aux États-Unis ?
Oui, malgré son histoire sulfureuse : il a été inscrit en 2021 au National Film Registry de la Bibliothèque du Congrès, qui recense les œuvres considérées comme culturellement, historiquement ou esthétiquement significatives pour le patrimoine cinématographique américain.
Sources
- CNC, fiche officielle du visa n° 45436 : classification française du film.
- Wikipédia, Pink Flamingos (synopsis détaillé, distribution complète).
- Frame Rated, sur la genèse, la distribution ratée de 1972 et le lancement en séance de minuit en 1973.
- Midnight Only, sur les deux films précédents de Waters et le contexte des Dreamlanders.
- Wikidata, données de production, budget, recette et inscription au National Film Registry.
Commentaires
Aucun commentaire pour le moment.
Les commentaires et les notes sont réservés aux membres inscrits. Se connecter.



















