3,25/ 5Note globale

  • Valeur cinématographique3,25
  • Glauque5,00
  • Violent3,75
  • Dérangeant4,75
  • Gore4,25
  • Nudité4,75

La note globale juge la valeur cinématographique de l'oeuvre. Les autres notes mesurent l'intensité, pas la qualité.

Nos notes

  • Globale 3,25. Un geste de cinéma réel, plus maîtrisé que le premier volet, mais étiré bien au-delà de sa matière. Le film gagnerait trente minutes de moins et perdrait peu.
  • Glauque 5,00. Berlin gris, appartements vides, corps en décomposition traité comme du mobilier. Le malaise est domestique, quotidien, et ne retombe jamais.
  • Violent 3,75. Presque rien pendant une heure et demie, puis une séquence finale d’une brutalité sans équivalent dans le film.
  • Dérangeant 4,75. La grammaire de la comédie sentimentale appliquée à la nécrophilie : lumière douce, montage tendre, objet innommable. C’est le décalage qui travaille, pas le sang.
  • Gore 4,25. Effets artisanaux mais très crus, dont une scène d’autopsie et un final de démembrement qui a valu au film sa saisie.
  • Nudité 4,75. Omniprésente, frontale, jamais désirable. Elle sert à rendre les corps vivants aussi inertes que les morts.

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Le film

  • Titre originalNekromantik 2 – Die Rückkehr der liebenden Toten
  • Titres alternatifsLe Retour des morts-amants, Nekromantik 2: The Return of the Loving Dead
  • Année1991 Années 90
  • Durée104 min en exploitation. Le montage de première, d’environ 110 minutes, longtemps considéré comme perdu, a été retrouvé et restauré en 2016
  • PaysAllemagne
  • LangueAllemand
  • RéalisateurJörg Buttgereit
  • ScénarioJörg Buttgereit et Franz Rodenkirchen
  • ActeursMonika M. (Monika), Mark Reeder (Mark), Lena Braun (Betty), avec le retour de Daktari Lorenz en cadavre de Rob et une apparition de Beatrice Manowski
  • TechniqueImage et montage de Manfred O. Jelinski avec Buttgereit, musique de Hermann Kopp, Peter Kowalski, Daktari Lorenz, John Boy Walton, Mark Reeder et Monika M., qui tient aussi le rôle principal
  • StudioJelinski & Buttgereit
  • TournageBerlin, septembre et octobre 1990. Première publique le 29 mars 1991
  • Format16 mm Underground
  • SagaNekromantik volume 2 sur 2, après Nekromantik (1987). Entre les deux, Buttgereit a tourné Der Todesking
  • Sous-genresNécrophilie Extrême / Underground Gore Art & essai dérangeant
  • ClassificationConfisqué par la police de Munich en juin 1991, douze jours après sa sortie, pour apologie de la violence, les autorités cherchant également à saisir les négatifs. Détenir une copie devenait passible de poursuites. La procédure s’achève en 1993 par la levée de la saisie et la réautorisation de la commercialisation, l’œuvre étant reconnue comme relevant de la création artistique.
  • DisponibilitéÉditions restaurées, dont une version longue reconstituée à partir de la copie de première. Nobuo ne référence aucun lien de visionnage.

Contenu extrêmeNécrophilie explicite, autopsie, démembrement, nudité constante. Le film contient également des images d’abattage animal réel, réemployées dans une séquence documentaire.

Une infirmière déterre le cadavre du héros du premier film et le ramène chez elle. Puis elle rencontre un homme vivant, doubleur de films pornographiques, et doit choisir. Buttgereit filme ce dilemme avec les codes exacts de la comédie sentimentale, et c’est précisément là que le film devient irrespirable.

Contexte et genèse du projet

Le premier Nekromantik, tourné en Super 8 en 1987 pour presque rien, avait fait de Jörg Buttgereit une figure de l’underground allemand sans lui attirer de véritables ennuis judiciaires. Entre les deux volets, il réalise Der Todesking, œuvre plus contemplative sur le suicide, qui affine sa méthode. Pour cette suite, écrite avec Franz Rodenkirchen et tournée à Berlin à l’automne 1990, il passe au 16 mm et dispose de moyens supérieurs, ce qui se voit à l’image. Le récit repart du dernier plan du premier film et déplace le point de vue sur une femme, Monika, infirmière, qui exhume le corps de Rob. La distribution mêle non professionnels et figures de la scène berlinoise, dont Mark Reeder, producteur de musique britannique installé à Berlin-Ouest, dans le rôle du prétendant vivant.

Mise en scène et esthétique

Tout le film tient dans un détournement de genre. Buttgereit filme une histoire d’amour selon les règles admises : rencontre, hésitations, dîners, montage tendre, lumière douce, musique sentimentale, longs plans de contemplation. Simplement, l’un des deux objets d’affection est un cadavre en décomposition, et la caméra ne le traite jamais comme un monstre, seulement comme un partenaire encombrant. La comparaison entre les deux hommes, le mort silencieux et le vivant médiocre, se fait sur le terrain de la comédie romantique. Le film pousse la logique jusqu’à la satire, notamment dans la séquence où Mark regarde un documentaire animalier en s’exclamant qu’il est totalement pervers de regarder ça pour le plaisir : Buttgereit vise ses futurs censeurs avant même qu’ils ne se manifestent. Le prix de ce dispositif est un rythme délibérément lent, que beaucoup jugent étiré, et une dernière séquence dont la brutalité rompt net avec tout ce qui précède.

Censure et réception

En juin 1991, douze jours après la sortie, la police de Munich confisque les copies et se met en quête des négatifs, au motif d’apologie de la violence. Posséder une cassette du film devient passible de poursuites, et Buttgereit se voit qualifier par un journaliste de cinéaste le plus recherché d’Allemagne. La bataille juridique dure près de deux ans et s’achève en 1993 par la levée de la saisie : l’œuvre est reconnue comme relevant de la création artistique, protection constitutionnelle qui prime sur la qualification pénale. Les récits divergent sur la tenue d’un véritable procès au fond, mais l’issue, elle, ne fait pas débat, et sert depuis de référence dans les discussions allemandes sur les limites de la liberté artistique. La critique, à l’époque, l’ignore ou le méprise ; sa réévaluation viendra des festivals de genre et des rétrospectives des années 2000.

Thématiques et lecture sociologique

Le film opère une inversion nette des rôles. Le premier volet suivait un homme et son objet ; celui-ci suit une femme qui décide, sélectionne, conserve et élimine. Les hommes y sont morts ou passifs, et le vivant, doubleur de films pornographiques, occupe la position la plus dégradée du récit : il prête sa voix à un désir qui n’est pas le sien. Monika ne cherche pas la transgression, elle cherche la maîtrise, et la mort est le seul territoire où on ne lui échappe pas. Le dénouement, qui règle le dilemme par un montage littéral entre les deux hommes, et la révélation finale qui l’accompagne, poussent cette logique à son terme : la normalité n’est pas refusée par provocation, elle est jugée insuffisante.

Héritage et influence

Buttgereit a ouvert une brèche dont l’Allemagne des années 90 est devenue l’autre pays du gore underground, d’Olaf Ittenbach à Andreas Schnaas, sans que grand monde n’y retrouve son sérieux formel. Il enchaînera lui-même avec Schramm en 1993 avant de s’éloigner du long métrage pour le théâtre et la télévision. L’affiche du film, Monika tenant contre elle une tête détachée, est restée l’une des images identitaires de la culture underground de la décennie, souvent reproduite par des gens qui n’ont jamais vu le film. Sa vraie postérité est ailleurs : dans la jurisprudence allemande, et dans l’idée qu’un film de ce registre peut être défendu comme œuvre plutôt que toléré comme déchet.

Verdict

  • À voir siLe détournement des codes du mélodrame vous intéresse plus que le choc, ou si vous suivez l’histoire de la censure en Europe.
  • À éviter siVous supportez mal les images de décomposition ou d’abattage animal réel, ou si un rythme volontairement lent vous fait décrocher.

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Questions fréquentes

Faut-il avoir vu le premier Nekromantik ?

C’est préférable. Le film s’ouvre sur les dernières minutes du premier volet et sa protagoniste exhume le cadavre de son héros. Le contraste entre les deux films, l’un tourné en Super 8 pour rien, l’autre en 16 mm avec de vrais moyens, fait partie du propos.

Que s'est-il passé avec la police allemande ?

En juin 1991, douze jours après la sortie, la police de Munich a confisqué les copies pour apologie de la violence et cherché à saisir les négatifs. Détenir une cassette exposait à des poursuites. La saisie a été levée en 1993, l’œuvre étant reconnue comme relevant de la création artistique.

Les images d'animaux sont-elles réelles ?

Oui. Une séquence réemploie des images documentaires d’abattage. Les sévices infligés aux humains, en revanche, sont entièrement simulés, avec des effets artisanaux et des prothèses.

Existe-t-il une version longue ?

Oui. Le montage projeté lors de la première de mars 1991, plus long d’environ six minutes, avait été raccourci par Buttgereit lui-même avant l’exploitation, puis considéré comme perdu. Une copie de première a refait surface et a été numérisée et restaurée en 2016.

Pourquoi le film est-il si lent ?

C’est un choix : le film emprunte le rythme du mélodrame pour mieux le pervertir, et fait durer les scènes de vie ordinaire. C’est aussi son principal défaut aux yeux de la critique, qui lui reproche une bonne demi-heure de trop pour la matière dont il dispose.

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