2,75/ 5Note globale

  • Valeur cinématographique2,75
  • Glauque5,00
  • Violent5,00
  • Dérangeant5,00
  • Gore4,75
  • Nudité5,00

La note globale juge la valeur cinématographique de l'oeuvre. Les autres notes mesurent l'intensité, pas la qualité.

Nos notes

  • Globale 2,75. Fabrication technique irréprochable au service d’une thèse que le film n’a pas les moyens de tenir. L’allégorie sert d’alibi bien plus qu’elle ne structure le récit.
  • Glauque 5,00. Rien n’est laissé dans l’ombre, et le film ne ménage aucun palier. Il n’y a pas de fond au-dessous duquel il refuserait de descendre.
  • Violent 5,00. Violence sexuelle et physique quasi ininterrompue sur la seconde moitié, sans ellipse et sans hors-champ.
  • Dérangeant 5,00. Le film franchit des tabous que même le cinéma extrême évitait jusque-là. C’est son sujet, et c’est aussi sa limite.
  • Gore 4,75. Effets pratiques d’un réalisme clinique, filmés avec une netteté de publicité.
  • Nudité 5,00. Permanente et systématiquement liée à la contrainte. Le film travaille la nudité comme un instrument de domination.

Vidéos

A Serbian Film TRAILER

Le film

  • Titre originalSrpski film
  • Titres alternatifsA Serbian Film (international), Un film serbe
  • Année2010 Années 2010
  • Durée104 min en version intégrale
  • PaysSerbie
  • LangueSerbe
  • RéalisateurSrđan Spasojević, dont c’est le premier et à ce jour le seul long métrage
  • ScénarioAleksandar Radivojević et Srđan Spasojević
  • ActeursSrđan Todorović (Miloš), Sergej Trifunović (Vukmir), Jelena Gavrilović (Marija), avec Slobodan Beštić
  • TechniqueImage de Nemanja Jovanov, musique de Sky Wikluh, effets de maquillage de Miroslav Lakobrija
  • StudioContra Film
  • PremièreFestival SXSW d’Austin, mars 2010
  • FormatExtrême contemporain
  • SagaAucune. Aucun autre film de Spasojević n’est sorti depuis.
  • Sous-genresExtrême / Underground Thriller Gore Faux snuff
  • ClassificationRefusé à la classification puis interdit en Australie, interdit en Norvège, en Nouvelle-Zélande, en Malaisie et à Singapour, interdit un temps au Brésil, saisi en Allemagne. Au Royaume-Uni, la BBFC a imposé 49 coupes réparties sur 11 scènes, soit un peu plus de quatre minutes, ce qui en a fait le film le plus charcuté par l’organisme depuis seize ans. Aux États-Unis, il obtient un NC-17 après environ six minutes de coupes, avant une édition intégrale ultérieure. Le chiffre de « plus de 40 pays » circule partout sans avoir jamais été documenté.
  • DisponibilitéÉditions vidéo en versions coupées et intégrales selon les territoires. Nobuo ne référence aucun lien de visionnage.

Contenu extrêmeLe film contient des viols filmés frontalement, de la nécrophilie, et des scènes de violence sexuelle impliquant des enfants, dont un nouveau-né. Tout est simulé, mais la représentation ne recule devant rien et vaut au film ses interdictions dans le monde entier. Cette fiche existe pour le documenter, pas pour le recommander, et Nobuo déconseille clairement ce visionnage.

Un acteur porno à la retraite signe un dernier contrat pour un réalisateur qui refuse de lui montrer le scénario. C’est le principe du film : le personnage, comme le spectateur, découvre trop tard ce dans quoi il a accepté d’entrer. Le procédé est brillant, la thèse politique beaucoup moins solide qu’annoncé.

Contexte et genèse du projet

Srđan Spasojević et son coscénariste Aleksandar Radivojević, tous deux issus de la critique et de la publicité, montent le film en autoproduction sous le nom de Contra Film, hors de tout circuit de financement public serbe. Le récit suit Miloš, ancienne star du porno recrutée par Vukmir, producteur qui se réclame d’un cinéma d’auteur et refuse de communiquer le scénario à ses interprètes. Ce qu’on lui fait tourner relève du snuff. Présenté au festival SXSW d’Austin en mars 2010, le film provoque immédiatement une onde de choc dans le circuit des festivals de genre, et ses auteurs en défendent publiquement la lecture allégorique dès la première projection.

Mise en scène et esthétique

La singularité du film ne vient pas de ce qu’il montre mais de la façon dont il le montre. Là où le cinéma extrême se réfugie d’ordinaire dans la texture sale et la caméra tremblée, Spasojević filme en grand écran, avec une photographie léchée signée Nemanja Jovanov, des décors froids et géométriques, un montage nerveux et une bande son électronique de Sky Wikluh. La direction d’acteurs est solide, Srđan Todorović portant l’ensemble sans jamais surjouer. Ce décalage entre la maîtrise formelle et l’abjection du contenu constitue à la fois l’arme du film et son problème : la beauté de l’image ne distancie rien, elle rend l’ensemble consommable.

Censure et réception

C’est l’un des films les plus censurés du 21e siècle, et l’un des rares dont la censure a débordé sur le terrain pénal. Au Royaume-Uni, la projection prévue au FrightFest de Londres en août 2010 est annulée après que la municipalité de Westminster a exigé une classification préalable ; la BBFC impose 49 coupes sur 11 scènes, un peu plus de quatre minutes, record depuis 1994. En Espagne, un tribunal de Saint-Sébastien fait retirer le film de la programmation d’un festival, et le parquet de Barcelone poursuit Ángel Sala, directeur du festival de Sitges, pour avoir facilité la diffusion de pédopornographie : les charges sont abandonnées en février 2012. L’Australie le refuse à la classification, l’autorise en version coupée, puis le réinterdit. La critique, elle, se partage entre le rejet pur et simple et la reconnaissance d’un savoir-faire mis au service du rien.

Thématiques et lecture sociologique

Spasojević et Radivojević ont toujours revendiqué une allégorie : la Serbie de l’après-guerre livrée à ses propres dirigeants et aux puissances étrangères, un peuple contraint à des actes qu’il n’a pas choisis, une innocence violée dès la naissance. La ligne de défense est constante depuis la première d’Austin, et elle a été prise au sérieux par la BBFC elle-même, qui a taillé ses coupes en essayant de préserver le propos. Elle n’a pas convaincu grand monde d’autre. Le film ne construit aucune structure qui porterait cette lecture : l’allégorie tient dans quelques répliques de Vukmir, pendant que le récit, lui, avance par escalade de tabous. La question posée par la fiche est donc moins de savoir si l’intention politique existe que de mesurer ce qu’elle justifie réellement à l’écran.

Héritage et influence

A Serbian Film est devenu la borne du cinéma extrême contemporain, celle à laquelle tout le reste se compare, et le sujet obligé des listes de films à ne pas regarder. Son influence réelle sur la production est faible, personne n’ayant sérieusement tenté d’aller plus loin, mais son statut de test d’endurance en a fait un objet de culture internet à part entière, souvent commenté par des gens qui ne l’ont pas vu. Comparé à Salò, dont il reprend explicitement le dispositif du pouvoir consommant les corps, il montre surtout ce qui sépare une thèse construite d’une intention affichée.

Verdict

  • À voir siVous documentez sérieusement les limites du cinéma de transgression et voulez juger la défense allégorique sur pièces plutôt que sur réputation.
  • À éviter siVous cherchez une expérience de spectateur. Sur ce titre précis, Nobuo n’encourage personne : la curiosité ne suffit pas comme motif.

Dans le même registre

Questions fréquentes

Les scènes les plus taboues sont-elles réelles ?

Non. Tout est simulé, avec des effets de maquillage et des mannequins pour les plans impliquant des enfants. Aucun mineur n’a participé aux séquences concernées. C’est la représentation, pas le tournage, qui a motivé les interdictions.

Quelles coupes la censure britannique a-t-elle imposées ?

La BBFC a exigé 49 coupes réparties sur 11 scènes, soit un peu plus de quatre minutes, pour accorder une interdiction aux moins de 18 ans. C’est le film le plus coupé par l’organisme depuis 1994. L’organisme a déclaré avoir cherché à préserver le propos du film tout en supprimant les images sexualisant des enfants et celles susceptibles d’érotiser la violence sexuelle.

Le film est-il vraiment interdit dans plus de quarante pays ?

Le chiffre circule sans jamais avoir été détaillé, comme pour la plupart des titres de ce registre. Les interdictions documentées concernent notamment l’Australie, la Norvège, la Nouvelle-Zélande, la Malaisie, Singapour et, un temps, le Brésil. Ailleurs, il s’agit le plus souvent de versions coupées, pas d’interdictions.

Que s'est-il passé au festival de Sitges ?

Le parquet de Barcelone a poursuivi Ángel Sala, directeur du festival, pour avoir programmé le film en 2010, l’accusant de faciliter la diffusion de pédopornographie. L’affaire a duré près de deux ans avant que les charges ne soient abandonnées en février 2012.

L'allégorie politique tient-elle la route ?

C’est le débat central autour du film. Ses auteurs la revendiquent depuis la première projection, et la censure britannique a jugé l’intention suffisamment sérieuse pour tailler ses coupes autour. La critique majoritaire estime au contraire que la lecture politique reste déclarative et ne structure jamais le récit. Nobuo penche pour cette seconde lecture, ce qui explique la note globale.

Commentaires

Aucun commentaire pour le moment.

Les commentaires et les notes sont réservés aux membres inscrits. Se connecter.