2,25/ 5Note globale

  • Valeur cinématographique2,25
  • Glauque5,00
  • Violent4,50
  • Dérangeant4,75
  • Gore4,50
  • Nudité2,50

La note globale juge la valeur cinématographique de l'oeuvre. Les autres notes mesurent l'intensité, pas la qualité.

Nos notes

  • Globale 2,25. Un concept juste, servi par des maquillages remarquables, mais réduit à une épreuve d’endurance. Le film démontre sa thèse en dix minutes et occupe les soixante suivantes à la répéter.
  • Glauque 5,00. Cave humide, papier peint jauni, caméra qui bave. Le film sent la moquette et le sous-sol, et rien dans le catalogue n’atteint ce degré de saleté ambiante.
  • Violent 4,50. Violence sans montée ni chorégraphie, entrecoupée de trajets en voiture et de blagues. C’est ce désordre qui la rend plausible.
  • Dérangeant 4,75. La caméra est tenue par un complice qui rit : le spectateur n’a aucune place disponible sauf la sienne. C’est la seule véritable idée du film, et elle fonctionne.
  • Gore 4,50. Maquillages d’effets spéciaux d’un réalisme redoutable, seul poste où le budget est réellement passé.
  • Nudité 2,50. Ponctuelle, toujours liée à l’humiliation, jamais filmée pour elle-même.

Vidéos

August Underground Trailer from Unearthed Films
AUGUST UNDERGROUND TRAILER

Le film

  • Titre originalAugust Underground
  • Année2001 Années 2000
  • Durée70 min environ
  • PaysÉtats-Unis
  • LangueAnglais
  • RéalisateurFred Vogel, premier long métrage, également producteur, coscénariste, maquilleur et interprète principal
  • ScénarioFred Vogel et Allen Peters. Le film ne repose sur aucun scénario dialogué au sens classique
  • ActeursFred Vogel (Peter), Allen Peters, avec AnnMarie Reveruzzi. Le complice qui tient la caméra n’est jamais nommé ni montré
  • TechniqueTourné en vidéo analogique dégradée, sans musique, sans générique d’ouverture, sans éclairage de plateau
  • StudioToetag Pictures, structure indépendante de Pittsburgh fondée par Vogel
  • BudgetQuelques milliers de dollars. La suite, Mordum, sera tournée pour environ 300 dollars
  • FormatVidéo amateur Direct to video
  • SagaAugust Underground volume 1 sur 3, suivi de Mordum (2003) et Penance (2007)
  • Sous-genresFaux snuff Found footage Extrême / Underground Gore
  • ClassificationJamais soumis à une classification, jamais distribué en salle. En août 2005, Fred Vogel est arrêté à la frontière canadienne alors qu’il se rend au Festival of Fear de Toronto : les douaniers découvrent des copies de ce film et de sa suite dans sa marchandise et l’inculpent d’importation de matériel obscène. Il passe une dizaine d’heures en rétention, les cassettes partent à Ottawa pour expertise, et les poursuites sont abandonnées. Les douanes australiennes avaient déjà saisi des exemplaires de Mordum en 2004.
  • DisponibilitéÉditions vidéo confidentielles, diffusées par le studio lui-même. Nobuo ne référence aucun lien de visionnage.

Contenu extrêmeSéquestration, torture, mutilations, viol et meurtre, filmés en continu et sans mise à distance. Tout est simulé au maquillage, mais le dispositif est conçu pour faire croire le contraire, et y parvient.

Une cassette prétendument retrouvée, deux hommes, une caméra. L’un tue, l’autre filme et commente. Entre deux meurtres, ils achètent à manger et roulent sans but. Fred Vogel voulait démolir la figure hollywoodienne du tueur en série élégant : de ce point de vue, c’est une réussite complète, et une expérience de spectateur qui n’en est pas une.

Contexte et genèse du projet

Fred Vogel, maquilleur d’effets spéciaux formé en Pennsylvanie, voulait au départ tourner un film de zombies ambitieux. Faute de trouver un financement pour un premier long métrage, il décide de réaliser quelque chose qui le fera remarquer. Son point de départ est un agacement : les films de tueurs en série, dit-il, ne montrent pas ce qui se passe réellement, et fabriquent des monstres charismatiques dont on retient le style. August Underground répond par l’inverse exact : deux imbéciles ordinaires, sans mobile, sans aura, sans réplique mémorable, filmés par leur propre caméscope. Le film est autoproduit à Pittsburgh sous l’étiquette Toetag Pictures, avec des non professionnels et un budget de quelques milliers de dollars, l’essentiel passant dans les prothèses. La suite, Mordum, sera tournée pour environ trois cents dollars.

Mise en scène et esthétique

Le principe est appliqué sans la moindre concession. Vidéo analogique dégradée, cadres approximatifs, autofocus qui cherche, son saturé, aucune musique, aucun générique d’ouverture, aucun montage narratif. La caméra appartient au complice, qui plaisante, encourage et intervient : le spectateur occupe donc de force la place du second bourreau, et c’est la seule véritable idée de mise en scène du film. Les maquillages, en revanche, sont d’un niveau qui n’a rien d’amateur, et c’est ce contraste entre la nullité assumée de l’image et la précision des blessures qui produit le trouble. Le prix à payer est un film sans progression : passé le premier quart d’heure, il ne se passe plus rien de nouveau, seulement davantage de la même chose. Cette absence de courbe est revendiquée comme un réalisme, mais elle épuise le dispositif bien avant la fin.

Censure et réception

Le film n’a jamais été classé nulle part, faute d’avoir jamais été soumis à une commission : il s’est diffusé de la main à la main et par la vente directe. Son épisode judiciaire est resté célèbre, souvent déformé. En août 2005, se rendant au Festival of Fear de Toronto, Vogel est arrêté à la frontière canadienne : les douaniers ne l’ont pas pris pour un tueur en série, ils ont retenu contre lui l’importation de matériel obscène après avoir trouvé les cassettes dans sa marchandise. Une dizaine d’heures de rétention, un envoi des copies à Ottawa pour expertise, et un abandon des poursuites. Les douanes australiennes avaient déjà saisi des exemplaires de la suite en 2004, au motif que ces objets heurtaient les standards de décence acceptés par des adultes raisonnables. Côté critique, le rejet est massif et durable, y compris dans la presse spécialisée, qui lui reproche moins sa dureté que son absence de propos une fois le concept posé.

Thématiques et lecture sociologique

La thèse tient en une phrase : la violence réelle n’a ni style, ni sens, ni personnage principal. Là où le cinéma dominant fabrique des tueurs cultivés et méthodiques dont on collectionne les répliques, Vogel filme deux hommes médiocres qui s’ennuient entre deux crimes. Le refus du récit est cohérent avec cette démonstration, tout comme le refus de montrer les victimes autrement que comme des corps. Reste la question que la fiche ne peut pas esquiver : une fois cette démonstration faite, que reste-t-il ? Le film n’y répond pas, et c’est ce qui sépare son ambition de sa réussite. Il expose la fascination du spectateur pour les faits divers sanglants, mais il l’alimente en même temps, et il le sait.

Héritage et influence

Son influence sur le cinéma underground américain des années 2000 est réelle : il a montré qu’un film pouvait marquer durablement sans budget, sans acteurs, sans salle, et il a lancé toute une vague de fausses cassettes amateurs dont peu ont son sérieux technique. La trilogie s’est achevée en 2007 avec Penance, mieux filmé et plus construit, et Toetag Pictures a poursuivi une activité de maquillage et de production marginale. Signe curieux de sa persistance dans la culture, la chanteuse Ethel Cain a donné le titre du film à l’un des morceaux de son album de 2022, ce qui l’a fait connaître à une génération qui ne le verra probablement jamais.

Verdict

  • À voir siVous documentez l’histoire du faux snuff ou du found footage extrême, et voulez juger sur pièces le degré de réalisme atteint sans un dollar.
  • À éviter siVous attendez un film. Il n’y a ni récit, ni personnage, ni fin : uniquement une durée à traverser.

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Questions fréquentes

Est-ce un vrai snuff movie ?

Non. Tout est simulé, avec des maquillages d’effets spéciaux réalisés par le réalisateur lui-même, qui exerce ce métier. La confusion vient du dispositif : caméra amateur, absence de générique et de musique, comédiens inconnus. C’est précisément l’effet recherché.

Que s'est-il passé à la frontière canadienne ?

En août 2005, Fred Vogel se rendait au Festival of Fear de Toronto quand les douaniers ont trouvé des copies du film et de sa suite dans sa marchandise. Il a été arrêté pour importation de matériel obscène, retenu une dizaine d’heures, et les cassettes ont été envoyées à Ottawa pour expertise. Les poursuites ont ensuite été abandonnées. Personne ne l’a soupçonné d’être un véritable meurtrier, contrairement à la légende.

Pourquoi l'image est-elle si mauvaise ?

C’est un choix intégral. Le film se présente comme une cassette tournée par les meurtriers eux-mêmes : toute qualité d’image, tout cadrage soigné, toute musique détruirait l’illusion. Les moyens ont été concentrés sur un seul poste, les maquillages.

Faut-il voir les suites ?

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Pourquoi une note globale si basse ?

Parce que Nobuo note la qualité du film séparément de sa dureté. Le concept est juste et les maquillages excellents, mais le film n’a ni progression, ni personnage, ni idée au-delà de son dispositif initial. Il choque durablement, ce que reflètent les notes de caractère, sans jamais devenir un bon film.

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