Chronologie
- 1906Le Mexique installe une colonie sur l’atoll afin d’exploiter le guano et d’affirmer sa souveraineté.
- 1908Le capitaine Ramón Arnaud prend le commandement de la garnison et s’installe sur l’atoll avec son épouse, Alicia Rovira.
- 1910La révolution mexicaine commence et les liaisons maritimes deviennent de plus en plus irrégulières.
- 1914Un navire de la marine mexicaine effectue le dernier ravitaillement complet. La colonie est ensuite progressivement oubliée.
- 1915Le scorbut décime les habitants tandis qu’un cyclone détruit une partie des installations.
- Octobre 1916Arnaud et les derniers hommes encore valides se noient en tentant de rejoindre un navire aperçu au large.
- Fin 1916Victoriano Álvarez, le gardien du phare, devient le seul homme adulte présent sur l’atoll et se proclame roi.
- 18 juillet 1917Álvarez est tué par deux des femmes qu’il retenait.
- 18 juillet 1917, quelques heures plus tardL’USS Yorktown mouille au large de l’atoll et recueille les survivantes.
- 1931La sentence arbitrale du roi d’Italie attribue définitivement l’atoll à la France.
Images

















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L'affaire
- Période des faits1914 à juillet 1917
- LieuAtoll de Clipperton, à 1 200 km à l’ouest des côtes du Mexique, Pacifique oriental
- ColonieUne centaine de personnes en 1914, militaires, ouvriers du guano et familles
- SurvivantsQuatre femmes et sept enfants recueillis le 18 juillet 1917
- TypeHuis clos
- Causes des décèsScorbut, cyclone, noyade, homicides
- EnquêteRapport du commandant de l’USS Yorktown et auditions à Salina Cruz, 1917
- StatutDocumentée, aucune poursuite engagée
Contenu sensibleCette fiche évoque une famine, des violences sexuelles répétées et un homicide. Les images provenant de fonds publics montrent l’atoll, son rocher et les navires liés à l’affaire.
Un anneau de corail de six kilomètres carrés, isolé à mille deux cents kilomètres de toute côte. Une garnison qu’un pays plongé dans la révolution finit par oublier. Lorsque la mer emporte les derniers hommes encore valides, il ne reste plus que onze femmes et enfants, ainsi qu’un gardien de phare qui décide de se proclamer roi.
Un caillou stratégique
Clipperton est un atoll fermé, sans source ni arbre véritablement exploitable, dont le seul relief est un rocher volcanique haut d’une vingtaine de mètres. Depuis le dix-neuvième siècle, la France et le Mexique s’en disputent la souveraineté. Pour renforcer sa revendication, le Mexique y installe en 1906 une garnison permanente, une exploitation de guano et un phare construit sur le rocher. Une centaine de personnes y vivent alors, entièrement dépendantes d’un ravitaillement envoyé depuis Acapulco tous les deux mois.
Le capitaine Ramón Arnaud, encore jeune officier, y est nommé en 1908 et s’y installe avec son épouse, Alicia Rovira. D’autres familles les rejoignent et plusieurs enfants naissent sur place. La vie reste difficile, mais organisée, jusqu’à ce que la révolution mexicaine désorganise la marine et interrompe progressivement le financement des postes les plus éloignés.
L’oubli
À partir de 1914, les navires de ravitaillement ne viennent plus. Le marché du guano s’est effondré, la compagnie qui exploitait l’atoll a disparu et l’État mexicain est absorbé par d’autres urgences. Les habitants survivent grâce aux réserves, à la pêche, aux œufs d’oiseaux de mer et à quelques crabes. Faute de fruits et de légumes frais, le scorbut se généralise à partir de 1915 : les dents tombent, les hémorragies se multiplient et les plaies ne cicatrisent plus. Un cyclone détruit également une partie des habitations. Les morts se succèdent, y compris parmi les enfants.
La dernière tentative
En octobre 1916, un navire apparaît à l’horizon. Arnaud et trois hommes, pourtant très affaiblis, mettent une barque à l’eau pour tenter de le rejoindre. Le canot chavire dans les rouleaux ou est renversé par la houle, sous les yeux des femmes restées sur la plage. Aucun des hommes n’est retrouvé. Le navire poursuit sa route sans avoir remarqué leur présence.
Il ne reste alors sur l’atoll que quinze personnes : des femmes, des enfants et un seul homme adulte, Victoriano Álvarez. Le gardien du phare était resté à terre parce qu’il n’avait pas été jugé capable de participer à la traversée.
Le royaume d’Álvarez
Álvarez récupère les armes de la garnison, les place hors de portée des autres survivants et annonce qu’il est désormais le roi de l’île. Pendant plusieurs mois, il instaure un régime de terreur. Les femmes doivent travailler pour lui et sont convoquées à tour de rôle dans sa cabane située sur le rocher, où elles subissent des viols et des violences. Les témoignages recueillis en 1917 lui attribuent également la mort d’une adolescente et celle d’une autre femme.
Le 18 juillet 1917, Álvarez convoque Tirza Rendón. Celle-ci s’accorde avec Alicia Rovira, la veuve du capitaine, pour mettre fin à son règne. Les deux femmes le frappent mortellement dans sa cabane, d’abord avec un marteau puis avec une barre de fer, avant qu’il puisse atteindre son fusil.
Le hasard du même jour
Quelques heures plus tard, dans l’après-midi du 18 juillet, l’USS Yorktown mouille au large de l’atoll. Cette canonnière américaine patrouille alors dans le Pacifique à la recherche d’éventuelles stations radio allemandes. Les marins découvrent quatre femmes et sept enfants épuisés, à proximité du corps encore chaud d’Álvarez. Le commandant Harlan Perrill les fait monter à bord avant de les débarquer à Salina Cruz. Aucune poursuite n’est engagée contre les deux femmes, les faits étant considérés comme l’aboutissement d’une situation prolongée de légitime défense.
Après
L’atoll est ensuite resté inhabité. En 1931, une sentence arbitrale rendue par Victor-Emmanuel III, roi d’Italie et arbitre du litige, attribue définitivement Clipperton à la France. Celle-ci en conserve aujourd’hui la souveraineté, sans y maintenir de présence permanente. Le récit des survivantes, longtemps relayé par la presse mexicaine, a par la suite été confronté aux rapports de la marine américaine et aux archives militaires mexicaines. Certains éléments restent toutefois incertains, notamment le nombre exact de morts directement imputables à Álvarez.
Ce que l’on sait, ce que l’on ignore
- ÉtabliL’abandon progressif de la colonie après 1914, les décès provoqués par le scorbut, la noyade du capitaine Arnaud et des derniers hommes en 1916, les violences exercées par Victoriano Álvarez, sa mort le 18 juillet 1917 et le sauvetage des onze survivants, le même jour, par l’USS Yorktown.
- Toujours ouvertLe nombre exact de victimes directement imputables à Álvarez, la chronologie détaillée des derniers mois et la nature des ordres réellement donnés, ou jamais transmis, par la hiérarchie mexicaine au sujet du ravitaillement.
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Questions fréquentes
Pourquoi la colonie a-t-elle été abandonnée ?
La révolution mexicaine a désorganisé la marine et les finances publiques, tandis que l’effondrement du marché du guano a fait perdre à l’atoll son intérêt économique. Après 1914, les navires de ravitaillement ont tout simplement cessé de venir.
De quoi mouraient les habitants ?
Les habitants sont principalement morts du scorbut, provoqué par l’absence de fruits et de légumes frais. Un cyclone ayant détruit une partie des installations a encore aggravé leurs conditions de vie. À cela se sont ajoutées les noyades de 1916 et les violences de 1917.
Qui était Victoriano Álvarez ?
Victoriano Álvarez était le gardien du phare. Après la noyade du capitaine Arnaud et des derniers hommes, il est devenu le seul homme adulte présent sur l’atoll. Il a alors confisqué les armes, s’est proclamé roi et a soumis les survivantes pendant plusieurs mois.
Les femmes ont-elles été poursuivies ?
Non. Aucune procédure n’a été engagée après leur arrivée à Salina Cruz. Les circonstances décrites par le commandant américain n’ont pas été remises en cause par les autorités mexicaines.
L'arrivée du Yorktown le jour même est-elle exacte ?
Oui. Cette arrivée le jour même est mentionnée dans le rapport de bord du navire et dans les récits des survivantes. La coïncidence a largement nourri la légende de l’affaire, mais elle est confirmée par plusieurs documents concordants.
Sources
- Rapport du commandant H. P. Perrill, USS Yorktown, juillet 1917, National Archives, Washington.
- Archives historiques de la Secretaría de Marina, Mexique, dossiers relatifs à la garnison de Clipperton, 1906 à 1917.
- Sentence arbitrale de Victor-Emmanuel III relative à l’île de Clipperton, 28 janvier 1931.
- Jimmy M. Skaggs, Clipperton: A History of the Island the World Forgot, Walker and Company, 1989.
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