3,50/ 5Note globale
- Valeur cinématographique3,50
- Glauque5,00
- Violent3,00
- Dérangeant4,75
- Gore3,75
- Nudité4,00
La note globale juge la valeur cinématographique de l'oeuvre. Les autres notes mesurent l'intensité, pas la qualité.
Nos notes
- Globale 3,50. Une démonstration de mise en scène sans dialogue, d’une précision rare. Elle laisse ouverte la question de savoir si le film a vraiment quelque chose à dire au-delà de la profanation.
- Glauque 5,00. Carrelage, néons, instruments, bruits de scie. La morgue est filmée comme un atelier, et c’est cette banalité de gestes qui écrase.
- Violent 3,00. Aucune lutte, aucune victime consciente. La violence est entièrement post mortem, ce qui la rend d’une nature différente, plus sourde.
- Dérangeant 4,75. Le film ne laisse aucun contrechamp, aucun personnage à qui s’accrocher. Le spectateur assiste, et le dernier plan referme le piège.
- Gore 3,75. Autopsies détaillées, réalisées sur des mannequins anatomiques d’une exactitude troublante. Peu de sang, beaucoup d’organique.
- Nudité 4,00. Permanente et entièrement passive. Un corps exposé, manipulé, sans un instant de consentement possible.
Vidéos
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Le film
- Titre originalAftermath
- Année1994 Années 90
- Durée32 min
- PaysEspagne
- LangueAucune. Le film ne comporte pas une seule ligne de dialogue
- RéalisateurNacho Cerdà
- ScénarioNacho Cerdà
- ActeursPep Tosar (le légiste), Jordi Tarrida, avec Ángel Tarris et Xevi Collellmir
- TechniqueImage de Christopher Baffa, montage de Raul Almanzan, musique originale de Mark Cowling
- StudioWaken Productions
- BudgetEnviron 35 000 dollars, dont un quart consacré à la fabrication de deux mannequins anatomiques. Tourné dans une véritable morgue, après que Cerdà eut assisté à plusieurs autopsies réelles
- PremièreFestival de Sitges, 8 octobre 1994
- FormatCourt métrage Sans dialogue
- SagaLa Trilogie de la mort volet 2 sur 3, entre The Awakening (1990, 8 min) et Genesis (1998, 35 min)
- Sous-genresNécrophilie Extrême / Underground Art & essai dérangeant Gore
- ClassificationJamais interdit formellement, mais écarté des festivals généralistes et longtemps invisible hors du circuit du cinéma de genre. Lors de l’édition vidéo américaine de 2005, réunissant les trois volets de la trilogie, de nombreux revendeurs ont refusé de le référencer.
- DisponibilitéÉditions vidéo de la trilogie complète, diffusion en ligne épisodique depuis 2010. Nobuo ne référence aucun lien de visionnage.
Contenu extrêmeAutopsies détaillées, mutilation et viol d’un cadavre, nudité constante. Tout est reconstitué sur des mannequins anatomiques, mais le degré de précision rend l’illusion complète.
Trente-deux minutes dans une morgue, sans une ligne de dialogue. Deux légistes travaillent, l’un consciencieux, l’autre non. Quand le premier rentre chez lui, le second reste seul avec le corps d’une jeune femme. Nacho Cerdà filme la suite avec une rigueur de documentaire médical, et c’est cette rigueur qui rend la chose insoutenable.
Contexte et genèse du projet
Nacho Cerdà, cinéaste catalan formé aux États-Unis, conçoit trois courts métrages autour de la mort, qu’il appellera la Trilogie de la mort : The Awakening en 1990, huit minutes sur un adolescent qui découvre qu’il est mort, Aftermath en 1994, et Genesis en 1998, sur un sculpteur dévoré par son œuvre. Le deuxième volet est autoproduit pour environ 35 000 dollars, dont un quart passe dans la fabrication de deux mannequins anatomiques d’une exactitude médicale rare. Cerdà a assisté à plusieurs autopsies réelles avant le tournage, mené dans une véritable morgue, et cette préparation se voit dans chaque geste des comédiens. Le film est présenté à Sitges en octobre 1994 : contrairement à ce qu’on lit souvent, il n’a pas circulé clandestinement avant d’être découvert, il a été montré d’emblée dans le principal festival de genre européen, et c’est ensuite que les circuits généralistes lui ont fermé leurs portes.
Mise en scène et esthétique
La construction est en deux temps. La première moitié suit une autopsie ordinaire, filmée en gestes précis, où l’on comprend surtout que l’un des deux praticiens bâcle son travail. La seconde reprend le même protocole sur un autre corps, et le fait dériver. Il n’y a aucun dialogue, aucun personnage nommé, aucune psychologie : tout passe par le cadre, la lumière froide de Christopher Baffa, et un travail sonore d’une netteté clinique, instruments, souffle, matière. La partition, contrairement à ce qui se raconte régulièrement, n’est pas empruntée au Requiem de Mozart : c’est une musique originale écrite pour le film par Mark Cowling. Le dispositif refuse au spectateur toute position de retrait, et la dernière minute, domestique et paisible, achève le geste bien plus efficacement que ce qui la précède.
Censure et réception
Le film n’a jamais fait l’objet d’une interdiction formelle, ce qui le distingue de la plupart des titres de ce catalogue. Sa marginalité tient à autre chose : les festivals généralistes l’ont écarté, les distributeurs l’ont ignoré, et il a longtemps circulé en copies de seconde main entre amateurs. Quand la trilogie complète sort enfin en vidéo aux États-Unis en 2005, plusieurs chaînes de revente refusent purement et simplement de la référencer. La critique de genre, elle, l’a très tôt élevé au rang de référence, tout en se divisant sur un point que la fiche assume : le film est-il une réflexion sur la vulnérabilité du corps mort, ou une profanation formellement irréprochable qui se contente d’exister ? Les deux lectures se défendent, et c’est ce qui explique une note globale en retrait de la maîtrise technique.
Thématiques et lecture sociologique
Le sujet réel n’est pas la nécrophilie, c’est la dépossession. Le corps mort n’a plus aucun moyen de refuser quoi que ce soit : il est confié à des inconnus, ouvert, vidé, recousu, et rendu à la famille sans que personne ne sache ce qui s’est passé entretemps. Cerdà appuie sur cette asymétrie totale, et sur ce que la routine professionnelle finit par autoriser à ceux qui manipulent des cadavres à longueur de journée. Le film désacralise méthodiquement l’idée du repos éternel, non pas en la niant, mais en montrant ce qu’il y a réellement entre la mort et l’enterrement. Le geste final, banal et accompli chez soi, prolonge la profanation au-delà des murs de la morgue et donne au film sa dernière secousse.
Héritage et influence
Sa réputation dépasse largement sa diffusion : peu de gens l’ont vu, beaucoup en parlent, et il figure dans à peu près toutes les listes de courts métrages les plus éprouvants jamais tournés. Son influence formelle est nette sur l’horreur européenne clinique des années 2000, cette esthétique de carrelage et de lumière blanche qu’on retrouve de la new french extremity au cinéma de genre espagnol. Nacho Cerdà passera au long métrage en 2006 avec The Abandoned, beaucoup plus conventionnel, et reste avant tout connu pour ces trente-deux minutes. C’est aussi une pièce d’école pour ce qu’elle démontre : un récit complet, sans un mot, tenu uniquement par le cadre et le son.
Verdict
- À voir siLa narration purement visuelle vous intéresse, ou si vous voulez voir jusqu’où un cinéaste peut pousser la rigueur formelle sur un sujet pareil.
- À éviter siVous avez récemment perdu un proche, ou si l’idée de ce qui se passe dans une morgue vous est difficile. Le film ne vous laissera aucune image consolante.
Dans le même registre
- Nekromantik 2 (1991) Le même motif, traité en mélodrame
- Genesis (1998) Le volet suivant de la trilogie, plus apaisé
- Angst (1983) L’autre grande leçon européenne de mise en scène clinique
- Guinea Pig 2 : Flower of Flesh and Blood (1985) Le même sujet, sans la moindre rigueur
Questions fréquentes
Les corps sont-ils réels ?
Non. Un quart du budget est passé dans la fabrication de deux mannequins anatomiques, et Cerdà avait assisté à plusieurs autopsies réelles pour en obtenir l’exactitude. Le tournage a bien eu lieu dans une véritable morgue, mais aucun corps humain n’a été filmé.
Le film utilise-t-il le Requiem de Mozart ?
Non, malgré ce qu’on lit régulièrement. La partition est une composition originale de Mark Cowling, écrite pour le film. La confusion vient sans doute du registre funèbre de la musique et du sujet.
Le film a-t-il été censuré ?
Jamais formellement. Il a en revanche été écarté des festivals généralistes, et lors de l’édition vidéo américaine de 2005 plusieurs revendeurs ont refusé de le proposer. Sa rareté a longtemps tenu à ce refus commercial plutôt qu’à une interdiction légale.
Faut-il voir les autres volets de la trilogie ?
Ils s’apprécient séparément. The Awakening dure huit minutes et traite la mort de façon mystique, Genesis en dure trente-cinq et suit un sculpteur dévoré par son œuvre. Aucun des deux n’approche la dureté d’Aftermath, qui est le volet polémique de l’ensemble.
Pourquoi n'y a-t-il aucun dialogue ?
C’est le principe des trois courts métrages de Cerdà. L’absence de parole supprime toute explication, toute justification et toute distance morale : il ne reste que les gestes, dans leur ordre exact. C’est ce qui fait du film un cas d’école de narration purement visuelle.
Sources
- Wikipédia, Aftermath (structure du film et fiche technique).
- Wikipedia, Aftermath (1994 film) (budget, première à Sitges, éditions vidéo et refus des revendeurs).
- IMDb, générique complet (image, montage, musique originale).
- Horreur.net, réception critique francophone de la trilogie.
- Wikipedia, Nacho Cerdà (composition de la Trilogie de la mort).
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