Calvaire
2004 Belgique France Fabrice Du Welz Horreur rurale Nouvelle extrémité francophone
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Contenu sensibleSéquestration, viol et humiliation prolongée d’un homme forcé à incarner une femme, ainsi qu’une scène explicite impliquant un animal. Tout est simulé.
Marc Stevens chante pour les résidents des maisons de retraite. Sur la route de son prochain gala, sa camionnette tombe en panne au cœur des Ardennes. L’aubergiste qui le recueille a perdu sa femme il y a des années, et croit l’avoir retrouvée. Fabrice Du Welz signe un premier film qui doit autant au conte cruel qu’à l’horreur rurale américaine, et qui a imposé le cinéma de genre belge sur la scène internationale.
Après un court métrage remarqué, Quand on est amoureux, c’est merveilleux, primé à Gérardmer en 2001, Fabrice Du Welz met trois ans à monter ce premier long métrage, coproduit entre la Belgique, la France et le Luxembourg. Marc Stevens, chanteur itinérant sans envergure, tombe en panne après un gala dans un hospice en pleine forêt ardennaise. Guidé par Boris, un jeune homme du coin à la recherche de sa chienne disparue, il trouve refuge chez Bartel, aubergiste rongé par le départ de son épouse Gloria, qui l’a quitté pour un autre des années plus tôt. Le tournage s’appuie sur les paysages bruts des Ardennes belges, photographiés par Benoît Debie, qui deviendra l’un des chefs opérateurs les plus recherchés du cinéma d’auteur radical, notamment pour Gaspar Noé.
Du Welz revendique un mélange explicite de références, de Massacre à la tronçonneuse à l’atmosphère de Béla Tarr, en passant par une théâtralité presque vaudevillesque dans les scènes de bar. Le film s’installe longuement dans le malaise avant de basculer : Bartel finit par attacher Marc, lui raser la tête et l’habiller des vêtements de Gloria, non pour le punir mais pour le remodeler à l’image de la femme perdue, avant de le rendre volontairement repoussant afin qu’il ne représente plus une tentation pour les autres hommes du village. La photographie de Benoît Debie, dominée par des bruns pourrissants et une pluie constante, installe un temps suspendu qui doit davantage au cauchemar qu’au réalisme, y compris lors d’une séquence de bal grotesque restée célèbre.
En France, le film sort le 16 mars 2005 avec une interdiction aux mineurs de moins de 16 ans, sans avertissement particulier et sans polémique de classification comparable à celle qui touchera Martyrs quelques années plus tard. Sa réputation sulfureuse tient entièrement à son contenu et non à une quelconque procédure de censure : le film n’a été ni saisi ni interdit dans les pays où sa diffusion est documentée. La critique généraliste française l’a largement ignoré, voire attaqué frontalement à sa sortie, mais une poignée de cinéphiles y a immédiatement vu l’émergence d’un auteur singulier, confirmée par sa sélection en Semaine de la critique à Cannes et ses prix à Gérardmer et à Amsterdam.
Le film met en scène une communauté rurale coupée du monde, où l’absence de femmes a détraqué le désir de chaque homme qui la compose, jusqu’à des formes de déviance que le film montre sans commentaire moral appuyé. Bartel cherche moins à posséder Marc qu’à le transformer intégralement en Gloria, ce qui fait de la séquestration un geste de substitution identitaire plutôt qu’un simple enlèvement. Le film peut se lire comme un conte cruel sur la perte de soi et sur la manière dont la solitude extrême recompose le réel selon ses propres besoins, sans jamais offrir de clé de lecture univoque ni de résolution rassurante.
Le film a ouvert ce que le réalisateur et ses producteurs ont fini par appeler la trilogie des Ardennes, complétée dix ans plus tard par Alleluia puis en 2020 par Adoration, les trois films partageant un même décor et une même obsession pour l’amour fou. Du Welz a lui-même reconnu que cette étiquette de trilogie s’était imposée presque par accident, après une remarque faite à un journaliste pendant la promotion d’Alleluia. Vinyan, tourné entre-temps en Asie du Sud-Est, n’en fait pas partie malgré une confusion répandue. Calvaire reste considéré comme l’un des films fondateurs du renouveau du cinéma de genre francophone des années 2000, aux côtés de Frontière(s) et de Martyrs.
Non. Gloria, son épouse, ne l’a pas quitté par la mort mais en partant avec un autre homme, des années avant les événements du film. Bartel ne croit pas voir un revenant : il cherche à remodeler Marc à son image, jusqu’à le raser et l’habiller de ses vêtements.
Non, c’est une confusion fréquente. La trilogie des Ardennes rassemble Calvaire, Alleluia (2014) et Adoration (2020), tous trois centrés sur l’amour fou dans ce décor précis. Vinyan, tourné en 2008 en Asie du Sud-Est, est un film indépendant de cette série.
Non. Il est sorti le 16 mars 2005 avec une simple interdiction aux moins de 16 ans, sans avertissement ni polémique. Sa réputation de film choquant tient à son contenu, pas à une procédure de censure.
Il cite explicitement Massacre à la tronçonneuse et l’horreur rurale américaine, ainsi que le cinéma du Hongrois Béla Tarr pour l’atmosphère et la lenteur, un mélange inhabituel qui explique la tonalité singulière du film, entre cauchemar et théâtralité presque comique.
Le chef opérateur du film, alors en début de carrière, qui deviendra ensuite l’un des directeurs de la photographie les plus recherchés du cinéma radical contemporain, signant notamment l’image d’Irréversible et d’Enter the Void pour Gaspar Noé.
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