4,50/ 5Note globale

  • Valeur cinématographique4,50
  • Glauque4,50
  • Violent4,25
  • Dérangeant5,00
  • Gore2,50
  • Nudité2,00

La note globale juge la valeur cinématographique de l'oeuvre. Les autres notes mesurent l'intensité, pas la qualité.

Nos notes

  • Globale 4,50. Un dispositif théorique d’une rigueur totale, qui retourne contre le spectateur son propre désir de voir. Peu de films discutent aussi frontalement leur propre statut de divertissement.
  • Glauque 4,50. Maison de vacances au bord d’un lac, cuisine, salon. Le décor le plus rassurant du cinéma devient un lieu d’épuisement total.
  • Violent 4,25. Rarement montrée frontalement, presque toujours hors champ, mais omniprésente par la durée et par le son.
  • Dérangeant 5,00. Les ruptures du quatrième mur, l’absence de mobile et le refus de toute catharsis finale en font l’une des expériences les plus éprouvantes de ce catalogue.
  • Gore 2,50. Volontairement minimal. Ce n’est pas le sujet du film, et Haneke le revendique comme un principe.
  • Nudité 2,00. Marginale, jamais mise en scène pour elle-même.

Vidéos

Funny Games Trailer

Le film

  • Titre originalFunny Games
  • Titres alternatifsFunny Games, titre identique en France, en anglais dès la version autrichienne
  • Année1997 Années 90. Présenté en compétition officielle au Festival de Cannes le 14 mai 1997, sorti en Autriche en septembre 1997 et en France le 14 janvier 1998
  • DuréeEnviron 108 min selon les copies
  • PaysAutriche
  • LangueAllemand
  • RéalisateurMichael Haneke
  • ScénarioMichael Haneke
  • ActeursSusanne Lothar (Anna), Ulrich Mühe (Georg), Arno Frisch (Paul), Frank Giering (Peter), Stefan Clapczynski (Schorschi)
  • TechniqueImage de Jürgen Jürges, montage d’Andreas Prochaska, tourné au studio Rosenhügel de Vienne
  • StudioWega Film et Österreichischer Rundfunk, produit par Veit Heiduschka, distribué en France par Les Films du Losange
  • RécompensesSilver Hugo au Festival de Chicago 1997, prix de la Fipresci au festival de Gand 1997. Aucun prix cannois malgré la sélection officielle
  • FormatHome invasion Art & essai
  • SagaAucune suite, mais un remake américain plan par plan réalisé par Haneke lui-même en 2007, avec Naomi Watts, Tim Roth, Michael Pitt et Brady Corbet
  • Sous-genresHome invasion Art & essai dérangeant Thriller
  • ClassificationEn France, sortie le 14 janvier 1998 sous le visa n° 93071, avec une interdiction aux mineurs de moins de 16 ans assortie d’un avertissement, mention retirée depuis lors d’un réexamen ultérieur qui a maintenu la seule interdiction aux moins de 16 ans. Le film n’a jamais été interdit ni saisi, en France comme ailleurs, sa présentation cannoise ayant surtout provoqué un scandale critique plutôt qu’une procédure de censure.
  • DisponibilitéÉditions DVD et Blu-ray françaises chez Les Films du Losange. Nobuo ne référence aucun lien de visionnage.

Contenu sensibleSéquestration, violences psychologiques et physiques prolongées infligées à une famille, dont un enfant. La plupart des actes restent hors champ, mais leur durée et leur froideur les rendent difficiles à soutenir.

Georg, Anna et leur fils passent des vacances tranquilles dans leur maison au bord d’un lac. Deux jeunes hommes bien élevés, gantés de blanc, viennent leur demander des œufs. Ils ne repartiront pas, et rien de ce qui suit n’aura de mobile, de justification ni d’issue satisfaisante. Michael Haneke construit un pamphlet théorique sur la complicité du spectateur, qui a fait de sa projection cannoise l’une des plus houleuses de l’histoire du festival.

Contexte et genèse du projet

Haneke, déjà auteur du Septième Continent, de Benny’s Video et de 71 fragments d’une chronologie du hasard, poursuit avec ce film sa réflexion sur les origines de la violence contemporaine et la place que le spectateur y occupe. Il envisage d’abord Isabelle Huppert pour le rôle de la mère, qu’il dirigera plus tard dans La Pianiste, Le Temps du loup et Amour, mais elle refuse le rôle, le jugeant trop éprouvant. Le tournage se déroule au studio Rosenhügel de Vienne, avec Susanne Lothar et Ulrich Mühe, couple à la ville comme à l’écran, déjà connus l’un et l’autre du réalisateur, Mühe ayant tourné dans Benny’s Video. Le film est présenté en compétition officielle au cinquantième Festival de Cannes le 14 mai 1997.

Mise en scène et esthétique

Le dispositif de Haneke repose sur un refus systématique : celui de montrer la violence de façon spectaculaire. La plupart des actes ont lieu hors champ, remplacés par de longs plans fixes, des silences distendus et l’agonie psychologique filmée en temps quasi réel. Le film brise à plusieurs reprises la frontière entre fiction et spectateur, Paul s’adressant directement à la caméra pour commenter le déroulement du jeu, jusqu’à un geste de mise en scène resté célèbre où le récit lui-même semble pouvoir être rembobiné à volonté par les tortionnaires. Le dernier plan, un sourire de Paul adressé frontalement à l’objectif pendant le générique, referme le film sur cette adresse directe.

Censure et réception

En France, le film sort le 14 janvier 1998 sous le visa n° 93071, avec une interdiction aux moins de 16 ans assortie d’un avertissement, mention aujourd’hui retirée au profit de la seule interdiction. Il n’a jamais été saisi ni formellement interdit, en France ou ailleurs : sa controverse n’a jamais été une affaire de classification, mais de réception critique. Sa présentation cannoise reste, de l’aveu même de Gilles Jacob, l’une des projections les plus houleuses de l’histoire du festival, certains jurés, dont Nanni Moretti, exprimant ouvertement leur colère lors des délibérations. Le film ne repart d’ailleurs sans aucun prix cannois, avant de trouver une reconnaissance ailleurs, à Chicago et à Gand la même année. Il devient, au fil des années, une œuvre culte, statut que Haneke lui-même a dit regretter, y voyant un malentendu sur ce que le film chercherait à provoquer comme plaisir plutôt qu’à dénoncer.

Thématiques et lecture sociologique

Le film est un pamphlet sur la complicité du spectateur de cinéma de genre. Paul et Peter connaissent et manipulent ouvertement les codes du thriller, la montée de tension, l’espoir d’un retournement, la possibilité d’une vengeance, pour mieux les retourner contre le public qui les attend. Haneke soutient que le cinéma de divertissement conditionne à réclamer une violence spectaculaire tout en s’en déclarant offusqué, et construit son film pour rendre cette hypocrisie inconfortable à vivre plutôt que de la théoriser en dehors de l’écran. Il a par ailleurs affirmé, lors de la sortie du remake américain, avoir dès l’origine visé en priorité le public américain, ce qui donne rétrospectivement un sens supplémentaire à son choix d’un titre anglais dès la version autrichienne.

Héritage et influence

Le film reste une référence incontournable du cinéma qui réfléchit sur sa propre réception, cité dans la plupart des discussions sur la représentation de la violence à l’écran. Sa décennie plus tard, Haneke en réalise lui-même un remake plan par plan aux États-Unis, avec un casting anglophone, geste rare dans l’histoire du cinéma qui visait à vérifier si son dispositif fonctionnait aussi sur le public qu’il avait initialement en tête. Le film a par ailleurs consolidé la carrière de ses interprètes, Ulrich Mühe trouvant ensuite son rôle le plus marquant dans La Vie des autres, et Susanne Lothar poursuivant sa collaboration avec Haneke sur La Pianiste et Le Ruban blanc.

Verdict

  • À voir siVous voulez l’un des films les plus radicaux sur la complicité du spectateur, construit avec une rigueur théorique presque parfaite.
  • À éviter siVous cherchez une catharsis ou une justice finale. Le film est construit pour vous en priver délibérément.

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Questions fréquentes

Le film a-t-il été interdit en France ?

Non. Il a obtenu son visa d’exploitation dès sa sortie le 14 janvier 1998, avec une interdiction aux moins de 16 ans assortie d’un avertissement, mention depuis retirée. Il n’a jamais été saisi ni formellement interdit.

Que s'est-il passé à Cannes en 1997 ?

La projection en compétition officielle a été l’une des plus houleuses de l’histoire du festival selon le président Gilles Jacob lui-même, avec des réactions de colère de plusieurs jurés, dont Nanni Moretti. Le film n’a remporté aucun prix cannois, avant d’être récompensé à Chicago et à Gand la même année.

Pourquoi Haneke a-t-il tourné un remake américain identique ?

Il a expliqué, lors de la sortie du remake en 2007, avoir dès l’origine conçu le film en visant en priorité le public américain, le principal consommateur du cinéma de divertissement violent qu’il entendait interroger. Le remake reprend le scénario plan par plan, avec un casting anglophone.

Isabelle Huppert a-t-elle vraiment refusé un rôle dans ce film ?

Oui, celui de la mère, qu’elle a jugé trop éprouvant à interpréter. Elle collaborera par la suite à trois reprises avec Haneke, dans La Pianiste, Le Temps du loup et Amour.

Pourquoi le titre est-il en anglais dans un film autrichien ?

Ce choix, qui peut surprendre pour une production germanophone, prend un sens rétrospectif à la lumière des propos de Haneke expliquant avoir toujours visé le public américain comme destinataire principal de sa démonstration.

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