4,25/ 5Note globale
- Valeur cinématographique4,25
- Glauque4,75
- Violent4,50
- Dérangeant4,50
- Gore4,50
- Nudité2,50
La note globale juge la valeur cinématographique de l'oeuvre. Les autres notes mesurent l'intensité, pas la qualité.
Nos notes
- Globale 4,25. Un film d’exploitation qui dépasse largement son étiquette, porté par une interprétation de Joe Spinell d’une justesse rare et par un New York filmé sans autorisation ni maquillage.
- Glauque 4,75. Appartement encombré de mannequins, chambres d’hôtel, parkings, métro. Rien du New York touristique, tout de celui qu’on évitait.
- Violent 4,50. Meurtres frontaux, longs, sans mise en scène héroïque. Le scalp est filmé comme un geste laborieux, pas comme une figure de style.
- Dérangeant 4,50. Le film enferme le spectateur dans la respiration et les monologues du tueur, sans jamais lui offrir de contrechamp rassurant.
- Gore 4,50. Tom Savini au sommet, avec un plan de fusil à pompe resté célèbre, exécuté sur sa propre tête.
- Nudité 2,50. Ponctuelle, toujours liée à la vulnérabilité des victimes, jamais filmée comme un attrait.
Vidéos
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Le film
- Titre originalManiac
- Année1980 Années 80
- Durée87 min
- PaysÉtats-Unis
- LangueAnglais
- RéalisateurWilliam Lustig
- ScénarioJoe Spinell et C. A. Rosenberg
- ActeursJoe Spinell (Frank Zito), Caroline Munro (Anna D’Antoni), Gail Lawrence, avec Tom Savini dans une apparition restée célèbre
- TechniqueEffets de maquillage de Tom Savini, musique de Jay Chattaway, image de Robert Lindsay
- StudioProduction indépendante, distribuée sans classification par Analysis Film Releasing
- TournageNew York, souvent sans autorisation, dans les rues, le métro et les parkings de la ville d’avant la gentrification
- FormatExploitation Video nasty
- SagaAucune suite. Remake en 2012 par Franck Khalfoun, produit par Alexandre Aja, avec Elijah Wood, tourné intégralement en vue subjective. William Lustig réalisera par la suite la série des Maniac Cop, sans lien avec ce film
- Sous-genresHorreur urbaine Slasher Gore Portrait de tueur
- ClassificationSorti aux États-Unis sans classification, la production ayant préféré se passer de visa plutôt que d’accepter un classement X ou de charcuter le film. Des associations féministes ont manifesté devant les salles. Au Royaume-Uni, il rejoint la liste des video nasties et reste interdit pendant deux décennies avant une autorisation dans les années 2000. Interdit également en Australie et coupé dans plusieurs pays européens.
- DisponibilitéÉditions restaurées de la version intégrale. Nobuo ne référence aucun lien de visionnage.
Contenu extrêmeMeurtres de femmes filmés frontalement, scalps, mutilations. Le film est construit du point de vue de son tueur et ne propose aucune mise à distance morale avant sa dernière partie.
Frank Zito vit seul dans un appartement peuplé de mannequins de vitrine. Il sort la nuit, tue des femmes, et rapporte leurs cheveux pour habiller ses poupées. William Lustig et Joe Spinell filment ce quotidien sans une once de glamour, dans le New York réel de 1980, et signent le portrait de tueur le plus étouffant de son époque.
Contexte et genèse du projet
Le film naît de la rencontre entre William Lustig, jeune réalisateur new-yorkais, et Joe Spinell, second rôle familier du cinéma américain de la décennie, aperçu dans Le Parrain et Rocky. Spinell coécrit le scénario, produit, et s’attribue le rôle-titre, celui d’un homme qu’il construit à partir de ses propres angoisses et d’une relation maternelle difficile. Le projet est financé indépendamment, hors de tout studio, et tourné dans les rues de New York le plus souvent sans autorisation, caméra à l’épaule, en profitant de la ville telle qu’elle était avant sa transformation. L’intention affichée est simple : montrer un tueur en série sans aucun charisme, sans intelligence supérieure, sans jeu du chat et de la souris. Un homme malade, seul, et pathétique.
Mise en scène et esthétique
Le dispositif consiste à ne jamais quitter Frank. Plans subjectifs, marmonnements continus, respiration audible en permanence sur la bande son : le spectateur est enfermé dans sa tête, sans le contrechamp d’une enquête ou d’un héros qui viendrait rassurer. Lustig filme la ville comme un documentariste, lumières de sodium, néons, couloirs de métro, et cette texture urbaine fait la moitié du film. L’autre moitié revient à Tom Savini, dont les effets atteignent ici un réalisme rarement égalé, avec un plan de fusil à pompe devenu légendaire dans le milieu, d’autant plus que c’est sur sa propre tête qu’il l’a exécuté. La partition électronique de Jay Chattaway complète l’ensemble sans jamais chercher à faire sursauter.
Censure et réception
Le film provoque un scandale immédiat. La production choisit de le sortir aux États-Unis sans classification plutôt que d’accepter un X ou de le mutiler, ce qui lui ferme une partie des salles. Des associations féministes manifestent devant les cinémas, l’accusant de faire du meurtre de femmes un spectacle, et une partie de la critique américaine le condamne avec une virulence rare, certains chroniqueurs quittant la projection. Au Royaume-Uni, il rejoint la liste des video nasties et disparaît des circuits légaux pendant deux décennies. L’Australie l’interdit également. Sa réévaluation viendra plus tard, portée par la reconnaissance de la performance de Spinell, aujourd’hui considérée comme l’une des grandes compositions du cinéma d’horreur.
Thématiques et lecture sociologique
Sous l’exploitation, il y a une véritable étude clinique. Frank Zito est présenté simultanément comme un prédateur méthodique et comme un enfant détruit par les violences d’une mère morte depuis longtemps, dont il n’a jamais fait le deuil. Les mannequins qu’il habille avec les scalps de ses victimes sont des substituts maternels, et ses meurtres des tentatives ratées de reconstituer une figure qui ne reviendra pas. Le film ne l’excuse jamais, mais il refuse de faire de lui une abstraction du mal. En arrière-plan, il montre une ville où un homme dans cet état peut vivre seul pendant des années sans que personne ne s’en aperçoive : l’indifférence urbaine y est un décor, mais elle est le vrai sujet de la dernière partie.
Héritage et influence
C’est l’un des textes fondateurs de l’horreur urbaine et du portrait de tueur, et son influence est directe sur Henry, portrait d’un serial killer, tourné six ans plus tard sur un principe voisin. Joe Spinell, mort en 1989, n’aura jamais retrouvé de rôle de cette ampleur. William Lustig, lui, enchaînera sur la série des Maniac Cop, sans rapport avec ce film, avant de se consacrer à l’édition vidéo de patrimoine. Le remake de 2012, réalisé par Franck Khalfoun et produit par Alexandre Aja, pousse le dispositif jusqu’à son terme logique en filmant l’intégralité du récit en vue subjective, avec Elijah Wood dans le rôle-titre : c’est l’un des rares remakes de ce catalogue qui se défend.
Verdict
- À voir siVous cherchez le portrait de tueur le plus étouffant de son époque, ou le New York de 1980 filmé sans filtre.
- À éviter siL’idée de passer quatre-vingt-dix minutes enfermé dans la tête d’un meurtrier, sans aucun contrepoint, vous est insupportable.
Dans le même registre
- Henry, portrait d’un serial killer (1986) L’héritier direct, plus froid encore
- The Driller Killer (1979) Le même New York, l’année précédente
- Angst (1983) La version autrichienne, filmée au plus près du corps
- Le Voyeur (1960) L’ancêtre du film construit du point de vue du tueur
Questions fréquentes
Pourquoi le film est-il sorti sans classification ?
Parce que la production a refusé de le couper. Un classement X lui aurait fermé la plupart des salles et des supports publicitaires ; plutôt que d’accepter les coupes exigées, elle a choisi de le distribuer sans visa, ce qui restreignait déjà fortement son exploitation.
Quelle est l'apparition de Tom Savini ?
Il joue l’une des victimes, dans une scène de fusil à pompe restée célèbre. Comme il signait aussi les effets, c’est lui qui a conçu et exécuté le trucage de sa propre mort à l’écran, sur un moulage de sa tête. C’est l’un des plans les plus reproduits du cinéma d’horreur des années 80.
Le film est-il misogyne ?
La question a été posée dès sa sortie, avec des manifestations d’associations féministes devant les salles américaines. Le film montre exclusivement des meurtres de femmes, du point de vue de leur assassin, et sans aucune mise à distance avant sa dernière partie. Ses défenseurs répondent qu’il ne rend jamais son personnage désirable ni admirable, et qu’il le filme comme un homme malade et pitoyable. Nobuo présente les deux lectures sans arbitrer.
Le tournage était-il légal ?
Pas toujours. Faute de moyens, une grande partie des extérieurs a été tournée dans les rues, le métro et les parkings de New York sans autorisation, caméra à l’épaule. C’est ce qui donne au film sa texture documentaire et son portrait involontaire de la ville d’avant la gentrification.
Que vaut le remake de 2012 ?
C’est l’un des rares remakes défendables de ce catalogue. Réalisé par Franck Khalfoun et produit par Alexandre Aja, avec Elijah Wood dans le rôle-titre, il pousse le dispositif de l’original jusqu’au bout en filmant tout le récit en vue subjective : on ne voit le tueur que dans les reflets.
Sources
- Wikipedia, Maniac (production, distribution sans visa, réception et controverses).
- Wikipédia, Maniac (fiche technique française).
- It’s Only A Movie, place du film dans la liste des video nasties.
- IMDb, générique complet et versions alternatives.
- Adam Rockoff, Going to Pieces: The Rise and Fall of the Slasher Film, McFarland, 2002 (ouvrage imprimé).
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