The Driller Killer
1979 États-Unis Abel Ferrara Horreur urbaine Exploitation Culte
1979 États-Unis Abel Ferrara Horreur urbaine Exploitation Culte
3,25/ 5Note globale
La note globale juge la valeur cinématographique de l'oeuvre. Les autres notes mesurent l'intensité, pas la qualité.
Données et visuels fournis par TMDb. Ce site utilise l'API TMDb mais n'est ni approuvé ni certifié par TMDb.
Contenu sensibleMeurtres répétés à la perceuse, visant essentiellement des sans-abri. Les effets sont artisanaux et datés, mais l’insistance sur un même geste et le choix des victimes rendent le film pénible bien au-delà de son gore.
Un peintre new-yorkais criblé de dettes, une toile qu’il n’arrive pas à finir, et un groupe punk qui répète jour et nuit dans l’appartement voisin. Abel Ferrara joue lui-même le rôle et filme sa propre ville en train de pourrir. Le premier meurtre arrive tard, et ce n’est pas le sujet.
New York, fin des années 70 : ville en faillite, quartiers laissés à l’abandon, scène punk en pleine explosion. Abel Ferrara y tourne son premier long métrage sous son propre nom, après un film pornographique réalisé trois ans plus tôt sous le pseudonyme de Jimmy Laine, pseudonyme qu’il conserve ici pour son rôle d’acteur. Le scénario est signé Nicholas St. John, ami d’enfance qui écrira l’essentiel de sa filmographie pendant vingt ans. Le budget est dérisoire, l’équipe minuscule, et le tournage se fait en 16 mm dans les rues et les lofts de Manhattan, souvent sans autorisation. Reno Miller, le personnage principal, est un peintre acculé par les factures, qui ne parvient plus à travailler et que le bruit du groupe voisin achève de désintégrer. La proximité entre le personnage et son interprète-réalisateur, artiste fauché filmant sa propre asphyxie, n’a rien d’un hasard.
Le film vaut d’abord comme document : c’est le New York de 1979 filmé de l’intérieur, sans un plan touristique, avec ses trottoirs jonchés, ses lofts insalubres et ses clubs enfumés. Ferrara travaille la caméra à l’épaule, les éclairages contrastés et un montage haché qui suit la désintégration mentale de son personnage. La bande sonore, saturée par les répétitions du groupe voisin, enferme le spectateur dans la même claustrophobie auditive que Reno, et c’est l’idée la plus efficace du film. Le revers est un récit qui flotte : de longues séquences sans enjeu, une progression dramatique presque inexistante, et un ensemble qui tient davantage du portrait que du film à suspense. On y reconnaît déjà, en germe, l’obsession de Ferrara pour la culpabilité et la déchéance urbaine, mais la maîtrise viendra plus tard.
Le destin du film s’est joué sur une affiche. Au Royaume-Uni, l’éditeur vidéo lance une campagne d’affichage grand format montrant une perceuse entrant dans un front, image si agressive qu’elle attire l’attention de la presse, puis de la police, et propulse le film au premier rang des video nasties. Il est saisi, son distributeur poursuivi, et il faudra attendre 1999 pour qu’il obtienne un visa, au prix de 54 secondes coupées par l’éditeur lui-même, puis 2002 pour une version intégrale. C’est l’un des cas les plus nets où c’est le marketing, et non le film, qui a déclenché la censure : le contenu de The Driller Killer est nettement moins violent que celui de la plupart des titres inscrits à ses côtés sur la liste. Aux États-Unis, la critique de l’époque l’ignore ou le méprise ; sa réévaluation viendra avec la reconnaissance de son auteur.
Le film n’est pas un slasher égaré, c’est une chronique de l’angoisse financière. Reno reçoit des factures, redoute l’expulsion, ne vend rien, dépend de sa compagne, et sa peur du déclassement prend un visage très concret : les sans-abri de son quartier, qu’il croise chaque jour et qui lui renvoient l’image de ce qu’il pourrait devenir. Ce sont eux qu’il assassine. Le film ne commente jamais ce choix, ne le condamne pas, ne le rachète pas, et cette absence de jugement est ce qui le rend le plus inconfortable. À travers Reno, Ferrara filme aussi l’artiste comme figure économiquement broyée, motif qui traversera toute son œuvre et culminera dans Bad Lieutenant.
Réévalué avec le temps, il est aujourd’hui considéré comme un jalon du cinéma indépendant new-yorkais et un témoignage précieux sur la scène punk de la ville. Sa notoriété reste pourtant disproportionnée par rapport à ses qualités propres : c’est l’affiche, la censure et le nom de son auteur qui l’ont maintenu à flot, plus que le film lui-même. Ferrara enchaînera dès 1981 avec Ms .45, nettement plus tenu, avant une carrière qui fera de lui l’un des cinéastes majeurs de sa génération. Il reste le premier chapitre indispensable de cette trajectoire, à condition de savoir ce qu’on va y chercher.
C’est son premier long métrage sous son propre nom. Il avait réalisé trois ans plus tôt un film pornographique sous le pseudonyme de Jimmy Laine, pseudonyme qu’il conserve ici pour son rôle d’acteur.
À cause de sa promotion. L’éditeur vidéo britannique avait lancé une campagne d’affichage grand format montrant une perceuse entrant dans un front. L’indignation qu’elle a provoquée a valu au film son inscription sur la liste des video nasties, alors que son contenu est nettement moins violent que celui de la plupart des titres qui y figurent.
En 1999, après que l’éditeur eut lui-même retiré 54 secondes du film. La version intégrale n’a été autorisée qu’en 2002, soit près de vingt ans après son inscription sur la liste.
Le groupe voisin, qui répète en boucle et rend le personnage fou, est composé de musiciens de la scène new-yorkaise de l’époque. Leurs séquences, tournées sur place, constituent l’un des intérêts documentaires du film.
Parce qu’ils incarnent ce qu’il redoute de devenir. Le film est d’abord une chronique de l’angoisse financière : factures, menace d’expulsion, incapacité à vendre ses toiles. Ferrara ne commente jamais ce choix de victimes, et c’est précisément cette absence de jugement qui met mal à l’aise.
Aucun commentaire pour le moment.
Les commentaires et les notes sont réservés aux membres inscrits. Se connecter.