3,75/ 5Note globale

  • Valeur cinématographique3,75
  • Glauque4,75
  • Violent4,75
  • Dérangeant4,75
  • Gore4,50
  • Nudité3,00

La note globale juge la valeur cinématographique de l'oeuvre. Les autres notes mesurent l'intensité, pas la qualité.

Nos notes

  • Globale 3,75. Un devoir de mémoire réel, servi par une reconstitution soignée, mais miné par une caractérisation en bloc des bourreaux et par des méthodes de tournage indéfendables.
  • Glauque 4,75. Baraquements gelés, blouses blanches, registres tenus à jour. L’horreur est administrative, et c’est ce qui la rend irrespirable.
  • Violent 4,75. Violence continue, méthodique, appliquée à des prisonniers ligotés. Jamais spectaculaire, toujours procédurale.
  • Dérangeant 4,75. Le film est raconté du point de vue d’adolescents enrôlés qu’on éduque à la cruauté. Voir l’habitude se former est pire que voir les corps.
  • Gore 4,50. Effets d’une crédibilité rare pour l’époque, obtenus en partie par des moyens qui posent un problème éthique majeur.
  • Nudité 3,00. Clinique, liée aux expérimentations, jamais érotisée une seule seconde.

Vidéos

Men Behind The Sun 2 trailer ~ Maruta 2: Laboratory of the Devil

Le film

  • Titre originalHei tai yang 731 (黑太陽731)
  • Titres alternatifsMen Behind the Sun, Man Behind the Sun, Camp 731, Squadron 731
  • Année1988 Années 80
  • Durée105 min
  • PaysHong Kong Chine
  • LangueMandarin avec des passages en japonais
  • RéalisateurMou Tun-fei, crédité T. F. Mou
  • ScénarioMou Tun-fei, Teng Liu et Dun Jing Wen
  • ActeursGang Wang (le général Shiro Ishii), Hsu Gou, Tie Long Jin, avec Zhaohua Mei et Runsheng Wang
  • StudioSil-Metropole Organisation
  • SujetL’Unité 731, service d’expérimentation bactériologique de l’armée impériale japonaise installé à Pingfang, près de Harbin, en Mandchourie occupée
  • FormatReconstitution historique Catégorie III
  • SagaSuivi de deux suites tournées sans Mou, puis de Black Sun: The Nanking Massacre en 1995, son véritable prolongement, signé du même réalisateur
  • Sous-genresFilm de guerre Extrême / Underground Gore Exploitation
  • ClassificationPremier film à recevoir la catégorie III à Hong Kong, classification créée en 1988. Interdit en Australie. Amputé d’environ deux minutes par la censure britannique, principalement sur les scènes de cruauté animale. Au Japon, il n’a pas été interdit mais dénoncé comme propagande anti-japonaise, et le réalisateur a reçu des menaces de mort. Longtemps diffusé sous le manteau en version intégrale dans le reste du monde.
  • DisponibilitéÉditions vidéo inégales selon les territoires, souvent coupées. Nobuo ne référence aucun lien de visionnage.

Contenu extrêmeExpérimentations médicales, mutilations, autopsie sur enfant, cruauté animale réelle. Plusieurs séquences ont été obtenues par des moyens qui ne seraient tolérés sur aucun tournage aujourd’hui, dont l’usage de vrais restes humains et l’incinération de rats vivants. Le détail des procédés figure plus bas dans la fiche.

Mandchourie, 1945. Un détachement d’adolescents japonais rejoint une base secrète où l’armée impériale mène des expériences bactériologiques sur des prisonniers chinois et russes. Mou Tun-fei filme cette réalité historique documentée avec une froideur de rapport administratif, et emploie pour y parvenir des méthodes qui font aujourd’hui autant débat que le sujet lui-même.

Contexte et genèse du projet

L’Unité 731 est un fait historique établi : sous couvert d’un service de purification de l’eau, l’armée impériale japonaise y a mené, à Pingfang près de Harbin, des expérimentations sur des êtres humains désignés par le mot maruta, les bûches. Vivisections sans anesthésie, gelures provoquées, essais d’agents pathogènes, tests de pression. Le sujet avait déjà été effleuré au cinéma, notamment par La Mer et le Poison en 1986, mais jamais frontalement. Mou Tun-fei, cinéaste taïwanais installé à Hong Kong, en fait une coproduction avec la Chine continentale et adopte un principe simple : montrer, sans commentaire et sans ellipse. Le film sort en 1988 et devient immédiatement le premier titre classé catégorie III à Hong Kong, la classification adulte venant tout juste d’être créée.

Mise en scène et esthétique

La mise en scène tient du rapport plus que du film de guerre. Décors gris, lumière crue, cadres fixes, montage sans effet, aucun ralenti, aucune musique de tension aux moments clés. Le point de vue passe par les jeunes recrues du corps de jeunesse, ce qui constitue la vraie idée du film : on ne suit pas des monstres, on regarde des adolescents apprendre à ne plus voir. Les séquences les plus célèbres, la chambre de décompression, les bras gelés puis plongés dans l’eau chaude, l’autopsie de l’enfant muet, doivent leur crédibilité à un mélange d’effets pratiques et de procédés que la production a assumés publiquement. Le revers de cette méthode est une caractérisation des officiers japonais réduite à la caricature, qui affaiblit le propos au moment précis où il devrait convaincre.

Censure et réception

Le film n’a jamais été interdit au Japon, contrairement à une idée répandue : il y a été dénoncé comme propagande anti-japonaise, dans un contexte de contentieux mémoriel toujours ouvert, et Mou Tun-fei a reçu des menaces de mort. L’Australie l’a banni, le Royaume-Uni l’a amputé d’environ deux minutes portant essentiellement sur la cruauté animale, et il a circulé pendant des années en copies pirates dans sa version intégrale. La critique reste divisée sur un point précis : le film relève-t-il du travail de mémoire ou de l’exploitation déguisée en histoire ? Les deux lectures ont leurs arguments, et Nobuo ne tranche pas : ce qui est certain, c’est que les faits reconstitués sont établis, et que les moyens employés pour les reconstituer sont indéfendables.

Thématiques et lecture sociologique

Le sujet réel du film n’est pas la souffrance, c’est l’organisation. Registres, protocoles, hiérarchie, vocabulaire : le mot maruta suffit à faire disparaître l’humain avant même que le scalpel n’intervienne. En racontant l’histoire depuis les recrues adolescentes, Mou montre le mécanisme complet de la déshumanisation, l’obéissance d’abord, l’habitude ensuite, l’adhésion enfin. Le film se referme sur ce qui constitue sa charge politique la plus forte : les responsables de l’unité n’ont jamais été jugés, leurs travaux ayant été échangés contre l’immunité au lendemain de la guerre. C’est ce point, historiquement documenté, qui explique pourquoi le film a été perçu au Japon comme une attaque et en Chine comme une réparation.

Héritage et influence

Le film a ouvert à Hong Kong une veine d’exploitation historique dont les suites, tournées sans Mou, ne conservent que le sensationnalisme. Lui-même a poursuivi son projet en 1995 avec Black Sun: The Nanking Massacre, plus maîtrisé et beaucoup moins vu. La comparaison régulièrement faite avec Requiem pour un massacre d’Elem Klimov flatte Men Behind the Sun : là où le film soviétique atteint l’insoutenable par la seule mise en scène, celui-ci s’appuie sur des procédés matériels. Sa postérité réelle est double : il a fait connaître l’Unité 731 à un public occidental qui l’ignorait, et il sert depuis de cas d’école dans les discussions sur ce qu’un cinéaste peut se permettre au nom de la vérité historique. Mou Tun-fei est mort en 2019 aux États-Unis.

Verdict

  • À voir siVous vous intéressez à la représentation des crimes de guerre au cinéma, ou à un épisode historique largement absent des manuels occidentaux.
  • À éviter siLa cruauté animale réelle vous est insupportable, ou si l’idée de voir un vrai corps d’enfant à l’écran vous pose un problème. Elle devrait.

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Questions fréquentes

L'Unité 731 a-t-elle réellement existé ?

Oui. C’était un service d’expérimentation bactériologique de l’armée impériale japonaise, installé à Pingfang près de Harbin, en Mandchourie occupée. Les faits reconstitués dans le film, vivisections, gelures provoquées, essais d’agents pathogènes sur des prisonniers, sont historiquement documentés. Ses responsables n’ont pas été jugés : leurs données ont été échangées contre l’immunité après la guerre.

La scène d'autopsie utilise-t-elle un vrai corps ?

Oui, en partie. Mou Tun-fei a obtenu de filmer l’autopsie réelle d’un enfant mort accidentellement, avec l’accord des parents, les médecins légistes ayant accepté de revêtir des uniformes japonais pour la prise de vue. Les organes visibles à l’écran seraient en revanche des organes de porc. Aucun enfant n’a été tué pour le film, contrairement à une rumeur tenace.

Et la scène des bras gelés ?

L’actrice, nièce du réalisateur, tient de véritables bras amputés, dont la chair est ensuite arrachée. Elle a par ailleurs failli contracter de vraies gelures, en raison de la durée du tournage en extérieur par grand froid.

Le chat a-t-il vraiment été dévoré par les rats ?

C’est le point le plus disputé du film. Mou a toujours affirmé que le chat avait été enduit de miel coloré, que les rats se contentaient de lécher, et qu’il n’a pas été blessé. Plusieurs commentateurs contestent cette version au vu des images, et l’animal est en tout cas visiblement terrorisé. En revanche, l’incinération des rats qui suit est bien réelle. C’est la séquence la plus fréquemment coupée dans le monde.

La chambre de décompression est-elle truquée ?

Oui. Malgré la rumeur persistante d’un corps réel, le réalisateur a expliqué que cette séquence repose entièrement sur des effets spéciaux. C’est l’une des rares scènes célèbres du film dont la fabrication ne pose aucun problème.

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