4,50/ 5Note globale
- Valeur cinématographique4,50
- Glauque3,75
- Violent3,75
- Dérangeant3,75
- Gore3,75
- Nudité4,00
La note globale juge la valeur cinématographique de l'oeuvre. Les autres notes mesurent l'intensité, pas la qualité.
Nos notes
- Globale 4,50. Une invention de forme majeure et un propos solide, plombés par des mises à mort animales bien réelles qui contredisent tout ce que le film prétend dénoncer.
- Glauque 3,75. La texture y est pour beaucoup : pellicule sale, son brut, jungle moite. On ne regarde pas un film, on fouille des rushes récupérés dans la boue.
- Violent 3,75. Viol collectif, mutilations, empalement, exécutions. La seconde moitié est une escalade sans palier ni respiration.
- Dérangeant 3,75. Le malaise dépasse l’écran : ce qui dérange, c’est de savoir que la caméra a réellement filmé des agonies pour appuyer une leçon sur le voyeurisme.
- Gore 3,75. Effets de Aldo Gasparri d’un réalisme qui a convaincu un tribunal. Quarante ans plus tard, ils tiennent encore.
- Nudité 4,00. Permanente chez les figurants autochtones, brutale et subie dans les séquences de viol. Rien d’érotisé, tout de dominateur.
Vidéos
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Le film
- Titre originalCannibal Holocaust
- Titres alternatifsCannibal Holocaust (France), Holocausto Caníbal
- Année1980 Années 80
- Durée96 min
- PaysItalie
- LangueItalien Anglais avec des passages en espagnol et en langues amazoniennes
- RéalisateurRuggero Deodato
- ScénarioGianfranco Clerici
- ActeursRobert Kerman (professeur Harold Monroe), Francesca Ciardi (Faye Daniels), Perry Pirkanen (Jack Anders), Carl Gabriel Yorke (Alan Yates), avec Luca Barbareschi
- TechniqueImage de Sergio D’Offizi, montage de Vincenzo Tomassi, effets spéciaux de Aldo Gasparri, musique de Riz Ortolani
- StudioF.D. Cinematografica United Artists Europa
- TournageAmazonie colombienne, autour de Leticia, et New York
- FormatFound footage Video nasty
- SagaAucune officielle. Le film clôt le cycle cannibale italien ouvert par Deodato lui-même avec Le Dernier Monde cannibale en 1977.
- Sous-genresFound footage Cannibale Extrême / Underground Gore
- ClassificationSaisi en Italie dix jours après sa sortie et interdit environ trois ans. Classé video nasty au Royaume-Uni, interdit en Australie, en Norvège, en Finlande, en Islande, en Nouvelle-Zélande et en Allemagne de l’Ouest. Le chiffre de cinquante à soixante pays, repris partout, n’a jamais été documenté en détail. Plusieurs éditions actuelles proposent une version expurgée des scènes de cruauté animale.
- DisponibilitéNombreuses éditions vidéo restaurées, dont des versions au montage allégé. Nobuo ne référence aucun lien de visionnage.
Contenu extrêmeLes sévices infligés aux humains sont truqués, mais la mise à mort de six animaux à l’écran est réelle et n’a jamais été contestée par le réalisateur. Le film contient également des viols filmés frontalement. Cette fiche existe pour le documenter, pas pour le recommander.
Une équipe de reporters américains disparaît en Amazonie. On retrouve leurs bobines. Ce qu’elles contiennent invente le found footage, envoie son réalisateur au tribunal pour meurtre, et pose une question à laquelle le film lui-même ne survit pas indemne : qui filme quoi, et à quel prix.
Contexte et genèse du projet
À la fin des années 70, le cinéma d’exploitation italien exploite jusqu’à la corde le filon cannibale, croisement du film de jungle et du mondo. Ruggero Deodato y a déjà contribué avec Le Dernier Monde cannibale en 1977. Pour Cannibal Holocaust, écrit par Gianfranco Clerici, il change de dispositif : deux récits emboîtés, l’expédition de sauvetage du professeur Monroe d’abord, puis les rushes retrouvés de l’équipe disparue. Deodato a expliqué à plusieurs reprises que l’idée lui était venue en regardant les journaux télévisés avec son fils, frappé par la surenchère de sensationnalisme des reportages de guerre. Le tournage se déroule en Amazonie colombienne, autour de Leticia, avec des figurants locaux et de jeunes comédiens à qui le réalisateur fait signer une clause d’invisibilité médiatique d’un an. Cette clause, conçue comme un coup marketing, se retournera contre lui.
Mise en scène et esthétique
Tout tient dans la fracture entre les deux moitiés. La première est filmée classiquement, en 35 mm, cadrée par Sergio D’Offizi, portée par une partition de Riz Ortolani d’une douceur presque obscène au regard de ce qu’elle accompagne : ce thème mélancolique reste l’un des contrastes les plus efficaces de l’histoire du genre. La seconde bascule en 16 mm, caméra à l’épaule, pellicule rayée, sautes de montage, son direct, faux raccords assumés. La grammaire du found footage est là, complète, vingt ans avant que le procédé ne devienne une industrie. Le film ne se contente pas d’imiter le documentaire : il montre l’équipe en train de fabriquer ses images, de mettre en scène ce qu’elle prétend capter. C’est le geste central du film, et c’est celui qui le sauve de la simple exploitation.
Censure et réception
L’illusion fonctionne trop bien. Dix jours après la sortie milanaise, un magistrat fait saisir les copies. Deodato est poursuivi pour obscénité, puis soupçonné d’avoir réellement tué ses acteurs, disparus de la circulation à cause de leur propre contrat. Il doit les produire vivants, les faire passer à la télévision, et reconstituer devant la cour le trucage de la scène de l’empalement. Il est disculpé du meurtre, mais condamné pour la cruauté envers les animaux, qui, elle, n’est pas simulée. Le film reste interdit en Italie environ trois ans, rejoint la liste britannique des video nasties et fait l’objet d’interdictions dans une longue série de pays. Le chiffre de cinquante ou soixante pays interdits, invariablement repris, relève davantage de la légende commerciale que d’un inventaire vérifié.
Thématiques et lecture sociologique
La réplique finale du professeur Monroe, qui se demande qui sont les vrais cannibales, résume une charge en deux temps contre l’impérialisme occidental et contre le journalisme de sensation. Les reporters brûlent un village, agressent des femmes, provoquent l’horreur pour la filmer : la barbarie qu’ils rapportent, ils l’ont fabriquée. La démonstration est claire, et elle est exactement là où le film se retourne contre lui-même. Pour dénoncer le voyeurisme, Deodato a réellement tué des animaux devant sa caméra, et l’a assumé en renvoyant ses détracteurs aux abattoirs. Le film accuse un système dont il applique la méthode. C’est ce paradoxe, plus que le gore, qui le rend indéfendable pour certains et fascinant pour d’autres.
Héritage et influence
Sans Cannibal Holocaust, il n’y a ni Le Projet Blair Witch, ni Paranormal Activity, ni REC. Le film a fixé les codes du found footage, y compris ses tics : la caméra qui tombe, le plan qui coupe au pire moment, le récit-cadre qui authentifie les images. Il a aussi installé pour de bon la légende du snuff dans l’imaginaire collectif, celle que Faces of Death exploitait deux ans plus tôt avec des moyens plus grossiers. Ruggero Deodato, mort en décembre 2022, aura passé quarante ans à défendre son film et à regretter, seulement, les animaux.
Verdict
- À voir siVous voulez comprendre d’où vient le found footage et voir un film d’exploitation atteindre, presque malgré lui, une vraie pensée sur l’image.
- À éviter siVous ne supportez pas la cruauté animale réelle. Aucune version intégrale ne vous l’épargnera, et le motif ne rachète pas le procédé.
Dans le même registre
- Le Dernier Monde cannibale (1977) Le galop d’essai de Deodato
- Cannibal Ferox (1981) La surenchère de Lenzi, sans le discours
- Faces of Death (1978) Le même trafic de vrai et de faux, en plus grossier
- Le Projet Blair Witch (1999) L’héritier qui a rendu le procédé grand public
Questions fréquentes
Des acteurs sont-ils réellement morts pendant le tournage ?
Non. Toutes les morts humaines sont truquées. La rumeur vient d’une clause du contrat qui interdisait aux comédiens toute apparition publique pendant un an, afin de crédibiliser les images. Ils ont dû se montrer à la télévision italienne pour disculper le réalisateur.
Les animaux tués à l'écran sont-ils réels ?
Oui. Six animaux sont mis à mort devant la caméra, dont un coati longtemps décrit à tort comme un rat musqué, une tortue de rivière, un serpent et un cochon. Deodato a été condamné pour ces scènes et a fini par exprimer des regrets. Plusieurs éditions vidéo proposent un montage qui les supprime.
Comment la scène de l'empalement a-t-elle été truquée ?
La comédienne était assise sur une selle de vélo fixée à une tige métallique dissimulée, et tenait dans la bouche un court morceau de bois qui prolongeait visuellement le pieu. Le réalisateur a dû reconstituer le dispositif dans la salle d’audience pour convaincre le tribunal.
Le film est-il vraiment interdit dans plus de cinquante pays ?
Le chiffre circule partout mais n’a jamais été détaillé. Les interdictions documentées concernent notamment l’Italie, le Royaume-Uni, l’Australie, la Norvège, la Finlande, l’Islande, la Nouvelle-Zélande et l’Allemagne de l’Ouest. Comme souvent dans ce registre, le compte a servi d’argument publicitaire.
Est-ce le premier found footage de l'histoire ?
C’est celui qui en fixe la grammaire complète et lui donne sa postérité. Des films antérieurs avaient déjà joué du faux document, mais aucun n’avait articulé récit-cadre, pellicule dégradée et mise en abyme du tournage avec cette rigueur.
Sources
- Wikipédia, Cannibal Holocaust (fiche technique, procès, historique des interdictions).
- Focus Le Vif, Cannibal Holocaust raconté par Ruggero Deodato (entretien avec le réalisateur).
- CinéSérie, retour sur la controverse et le procès.
- Daily Mars, La Petite Rubrique des Horreurs : Cannibal Holocaust (contexte du cycle cannibale italien).
- David Kerekes et David Slater, Killing for Culture: An Illustrated History of Death Film, Creation Books, 1994 (ouvrage imprimé).
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