3,00/ 5Note globale

  • Valeur cinématographique3,00
  • Glauque4,75
  • Violent4,50
  • Dérangeant4,75
  • Gore4,50
  • Nudité3,75

La note globale juge la valeur cinématographique de l'oeuvre. Les autres notes mesurent l'intensité, pas la qualité.

Nos notes

  • Globale 3,00. Un travail de recherche considérable et un témoignage rare, noyés dans quatre heures de reconstitutions répétitives et de commentaire pseudo philosophique. L’ambition dépasse largement le résultat.
  • Glauque 4,75. Noir et blanc contrasté, ralentis, bande sonore industrielle saturée. Le film installe un état de veille malade dont on ne sort pas avant la fin.
  • Violent 4,50. Violence méthodique appliquée à des sujets immobilisés, étirée par le ralenti jusqu’à devenir une durée à subir.
  • Dérangeant 4,75. Le film refuse toute échappatoire et impose au spectateur la position du témoin obligé, pendant un temps que rien ne justifie sinon le principe.
  • Gore 4,50. Reconstitutions d’expérimentations médicales très détaillées, plus stylisées que réalistes, mais d’une insistance rare.
  • Nudité 3,75. Clinique, liée aux protocoles reconstitués, jamais filmée autrement que comme dépossession.

Vidéos

Philosophy Of A Knife (2008) Trailer

Le film

  • Titre originalPhilosophy of a Knife (Философия ножа)
  • Titres alternatifsUnité 731 (France)
  • Année2008 Années 2000
  • Durée247 min, présentées en deux parties
  • PaysRussie États-Unis
  • LangueAnglais pour la narration et les reconstitutions, russe sous-titré pour les entretiens
  • RéalisateurAndrey Iskanov, également scénariste, producteur, chef opérateur et monteur du film
  • ScénarioAndrey Iskanov
  • Intervenants et acteursAnatoly Protasov dans son propre rôle, Tetsuro Sakagami, Elena Probatova, Yukari Fujimoto, avec Manoush et Stephen Tipton à la narration
  • TechniqueReconstitutions en noir et blanc, entretiens en couleur, musique d’Alexander Shevchenko. Iskanov signe l’image et le montage
  • StudioUnearthed Films, distribué par TLA Releasing
  • SortieDirectement en vidéo aux États-Unis, le 8 juillet 2008. Quatre années de préparation
  • FormatNoir et blanc Direct to video
  • SagaAucune. Le réalisateur avait signé auparavant Nails (2003) et Visions of Suffering (2006)
  • Sous-genresDocumentaire reconstitué Film de guerre Extrême / Underground Gore
  • ClassificationJamais sorti en salle, jamais soumis aux commissions de classification européennes. Sa diffusion s’est faite par la vidéo, sous étiquette spécialisée. En juin 2008, peu avant la sortie, Andrey Iskanov a été retenu cinq jours et interrogé par les services de sécurité russes sur la provenance des documents utilisés pour sa recherche.
  • DisponibilitéÉditions vidéo américaines en deux disques. Nobuo ne référence aucun lien de visionnage.

Contenu extrêmeReconstitutions détaillées d’expérimentations médicales sur des prisonniers : vivisections, gelures provoquées, essais bactériologiques, violences sexuelles. Tout est simulé, mais étiré par le ralenti sur quatre heures.

Quatre heures et sept minutes sur l’Unité 731, tournées par un seul homme qui en signe l’écriture, l’image, le montage et la réalisation. Entre les reconstitutions, le témoignage d’un vieil homme qui a grandi à Harbin et traduit les pièces du procès de Khabarovsk. C’est un document rare enfermé dans une œuvre qui n’a pas su choisir sa forme.

Contexte et genèse du projet

Andrey Iskanov, cinéaste russe venu de l’expérimental avec Nails en 2003 et Visions of Suffering en 2006, consacre quatre années à ce projet, mené presque seul : il en est le scénariste, le producteur, le chef opérateur, le monteur et le réalisateur. Sa recherche documentaire est considérable, et elle lui vaudra des ennuis : en juin 2008, quelques semaines avant la sortie, il est retenu cinq jours et interrogé par les services de sécurité russes sur la provenance des documents qu’il a rassemblés. La pièce maîtresse du film est un témoignage : celui d’Anatoly Protasov, ingénieur et médecin né à Harbin, qui a grandi non loin du site où l’Unité 731 fut construite, et qui a participé à la traduction des documents lors du procès de Khabarovsk en 1949. Ce matériau vaut à lui seul l’existence du film.

Mise en scène et esthétique

Le montage alterne trois régimes : archives, entretiens filmés en couleur avec sous-titres, et reconstitutions en noir et blanc très contrasté. Ces dernières abandonnent toute prétention documentaire pour un traitement stylisé, ralentis appuyés, cadrages composés, bande sonore industrielle saturée signée Alexander Shevchenko. La narration en anglais, monocorde, accompagne l’ensemble d’un commentaire à prétention philosophique que la plupart des spectateurs jugent creux. Le résultat produit bien l’état d’hallucination recherché, mais au prix d’une répétition qui finit par annuler l’effet : les mêmes archives reviennent plusieurs fois, les reconstitutions s’enchaînent sans progression, et la durée cesse d’être une contrainte pour devenir le seul contenu.

Censure et réception

Le film n’est passé par aucune salle ni par aucune commission de classification européenne : il a été diffusé directement en vidéo par un éditeur américain spécialisé dans le cinéma extrême. Sa réception a été partagée entre reconnaissance de l’ambition et rejet de la forme. Ceux qui le défendent y voient une tentative honnête de rendre au spectateur la durée réelle de l’horreur, sans le confort du résumé. Ceux qui le rejettent lui reprochent une complaisance étirée, un commentaire vide, et l’utilisation d’archives déjà largement disponibles, montrées plusieurs fois. Rares sont les critiques à l’avoir vu en entier, ce qui en dit long sur la difficulté de l’exercice imposé au spectateur.

Thématiques et lecture sociologique

Le film pose la question de l’éthique scientifique de la manière la plus concrète qui soit : les données obtenues par l’Unité 731 au prix de milliers de vies ont été récupérées après-guerre par les États-Unis, en échange de l’immunité accordée aux médecins responsables, dont aucun n’a été jugé par le tribunal de Tokyo. Le procès de Khabarovsk, conduit par l’Union soviétique, reste l’unique procédure judiciaire à s’être penchée sur ces faits, et c’est ce qui donne au témoignage de Protasov sa valeur. Iskanov filme des êtres humains devenus matériel de laboratoire, et sa mise en scène déshumanisée reprend délibérément le regard des expérimentateurs. Le procédé se défend intellectuellement ; il pose la question, jamais tranchée par le film, de savoir combien de temps un spectateur doit rester dans ce regard pour avoir compris.

Héritage et influence

Comparé en permanence à Men Behind the Sun, dont il partage le sujet, il s’en sépare sur tout le reste. Le film hongkongais est une reconstitution narrative de 105 minutes obtenue par des moyens de tournage indéfendables ; celui-ci est une installation de quatre heures dont rien n’est réel et dont la difficulté est purement formelle. C’est la comparaison la plus utile qu’on puisse en faire, et elle éclaire deux manières opposées d’aborder le même crime. Sa postérité reste confidentielle : il n’a pas fait école, il est rarement cité en dehors des cercles du cinéma extrême, et sa véritable valeur documentaire, l’entretien avec Protasov, mériterait d’exister séparément du reste.

Verdict

  • À voir siLe sujet de l’Unité 731 vous intéresse et que vous acceptez de traverser quatre heures pour un témoignage qui en vaut la peine.
  • À éviter siVous supportez mal la répétition ou le commentaire à prétention philosophique. Le film demande une endurance que son propos ne récompense pas toujours.

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Questions fréquentes

Est-ce un documentaire ?

En partie. Le film mêle archives, entretiens filmés et reconstitutions. Les archives et le témoignage d’Anatoly Protasov relèvent du documentaire ; les scènes d’expérimentation sont des reconstitutions stylisées, tournées en noir et blanc, et n’ont aucune valeur de document.

Qui est Anatoly Protasov ?

Un ingénieur et médecin russe né à Harbin, qui a grandi près du site où fut construite l’Unité 731 et a participé à la traduction des documents lors du procès de Khabarovsk. Son témoignage constitue la matière la plus précieuse du film.

Le réalisateur a-t-il eu des ennuis ?

Oui. En juin 2008, peu avant la sortie, Andrey Iskanov a été retenu cinq jours et interrogé par les services de sécurité russes sur la provenance des documents utilisés pour sa recherche. Aucune poursuite n’a suivi.

Pourquoi le film dure-t-il plus de quatre heures ?

C’est un parti pris : Iskanov refuse le confort du résumé et veut imposer au spectateur la durée de ce qu’il montre. Le film est présenté en deux parties. C’est aussi le principal reproche qui lui est adressé, la répétition des archives et des reconstitutions finissant par diluer l’effet recherché.

Quelle différence avec Men Behind the Sun ?

Le film de Mou Tun-fei est un récit de 105 minutes, obtenu en partie par des procédés de tournage indéfendables, dont l’usage de vrais restes humains. Celui d’Iskanov ne contient rien de réel : sa difficulté est entièrement formelle, et il consacre une part importante de sa durée au contexte historique et au témoignage.

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