Strange Circus
2005 Japon Sion Sono Art & essai dérangeant J-horror Drame psychologique
2005 Japon Sion Sono Art & essai dérangeant J-horror Drame psychologique
3,75/ 5Note globale
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Contenu extrêmeLe film met en scène l’inceste et la maltraitance sexuelle d’une enfant de manière frontale et prolongée, ainsi que des scènes d’automutilation. Tout est fictif et interprété par des acteurs adultes, mais le sujet est traité sans détour.
Taeko, romancière à succès clouée dans un fauteuil roulant, écrit le récit d’une fillette enfermée dans un étui à violoncelle percé de deux trous pour qu’elle regarde ses parents faire l’amour. Son nouvel assistant veut savoir si l’histoire est vraie. Sion Sono construit un vertige d’identités où l’on ne sait plus, jusqu’au bout, qui écrit, qui a vécu quoi, et qui ment à qui.
Après le succès inattendu de Suicide Club, qui l’a fait connaître hors du Japon, Sion Sono revient avec un projet plus resserré, produit par Sedic International sous la direction de Toshiaki Nakazawa. Il en signe cette fois l’intégralité, scénario, réalisation et jusqu’à la musique. Le film s’organise en cercles concentriques : un récit de fiction, écrit par une romancière handicapée à l’existence luxueuse et entourée de jeunes assistants, qui raconte l’histoire d’une fillette, Mitsuko, violée par son père, un principal de collège, sous le regard de sa mère Sayuri. Le nouvel assistant de la romancière, Yūji, se met en tête de vérifier si ce roman n’est pas une confession déguisée.
Sono construit son film comme un huis clos théâtral, saturé de rouge et de velours, où chaque décor semble avoir été composé pour la scène plutôt que pour la vie. Les niveaux de récit, le roman en train de s’écrire, les souvenirs de Mitsuko, le présent de Taeko et Yūji, se répondent et se contredisent jusqu’à ce que la frontière entre fiction et confession s’efface complètement. La mise en scène assume une théâtralité totale, cadrages composés à la manière d’un tableau, couleurs saturées, ruptures de ton brutales, et la comparaison avec le cinéma d’Alejandro Jodorowsky comme avec certains cadrages de Buñuel revient souvent chez les critiques qui l’ont découvert. Le dénouement, qui rebat entièrement les identités posées jusque-là, est le geste le plus radical du film et celui qui divise le plus ses spectateurs.
Le film n’est jamais sorti en salle en France : sa circulation s’est faite par l’import, puis par des éditions DVD et enfin par un Blu-ray couplé à Suicide Club dans un coffret limité chez Spectrum Films. Aucune interdiction ni coupe n’est documentée sur le territoire français, faute de sortie commerciale classique susceptible d’y donner lieu. Malgré son sujet, le film a été projeté à la Berlinale en 2006, où il a reçu le prix des lecteurs du quotidien Berliner Zeitung dans la section Panorama, preuve d’une reconnaissance qui a coexisté, comme souvent chez Sono, avec un rejet tout aussi net d’une partie du public et de la critique généraliste.
Le film travaille la mémoire traumatique comme un objet instable, retravaillé, réécrit, jusqu’à ce que la victime elle-même ne sache plus distinguer ce qu’elle a vécu de ce qu’elle a dû inventer pour survivre. L’écriture y devient un espace ambigu, à la fois refuge et nouvelle forme d’emprise, la romancière imposant à son tour un pouvoir sur ceux qui l’entourent. Sono met en scène la cellule familiale comme le lieu originel de toutes les dominations à venir, et fait de la maison bourgeoise, avec son luxe et son silence, un théâtre plus inquiétant qu’aucun décor gothique.
Pour une large partie de la critique internationale, c’est ce film, davantage que Suicide Club, qui marque le véritable départ du style de Sion Sono : c’est ici que se rassemblent pour la première fois la théâtralité, l’outrance assumée et la construction en abyme qui caractériseront ses films suivants, de Love Exposure à Cold Fish. Il reste l’un des titres les plus difficiles à recommander de sa filmographie, précisément parce qu’il ne cherche jamais à adoucir son sujet, et l’un des plus cités par ceux qui veulent comprendre d’où vient son cinéma.
Non. Il a circulé uniquement par la vidéo, d’abord en import puis en DVD, avant une édition Blu-ray couplée à Suicide Club dans un coffret limité chez Spectrum Films. Aucune interdiction ni coupe n’est documentée sur le territoire français.
Oui. Il a été projeté à la Berlinale en 2006, dans la section Panorama, où il a reçu le prix des lecteurs du quotidien allemand Berliner Zeitung.
C’est la question que pose tout le film, et sa réponse constitue le dénouement. Les identités de la romancière, de la mère et de la fille se répondent et se substituent l’une à l’autre au fil du récit, jusqu’à une révélation finale que Nobuo ne dévoile pas ici.
Non, les deux films sont indépendants. Mais ils partagent le même réalisateur et une partie de leur style, et sont souvent édités ou vus ensemble, notamment dans les coffrets réunissant les deux titres.
Plusieurs critiques ont relevé une parenté visuelle et une même intensité théâtrale dans la manière de filmer l’effondrement d’une cellule familiale, bien que les deux films n’aient aucun lien de production ni de scénario.
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