3,75/ 5Note globale

  • Valeur cinématographique3,75
  • Glauque5,00
  • Violent4,25
  • Dérangeant4,75
  • Gore4,00
  • Nudité4,50

La note globale juge la valeur cinématographique de l'oeuvre. Les autres notes mesurent l'intensité, pas la qualité.

Nos notes

  • Globale 3,75. Un vertige de mise en abyme mené avec une vraie maîtrise formelle, au prix d’une seconde moitié qui multiplie les révélations jusqu’à l’essoufflement.
  • Glauque 5,00. Étui à violoncelle, velours rouge, demeure surchargée. Le film transforme le décor bourgeois en scène de torture permanente.
  • Violent 4,25. Concentrée sur les abus intrafamiliaux et sur une scène d’automutilation tardive, stylisée mais jamais euphémisée.
  • Dérangeant 4,75. L’inceste y est filmé sans le moindre hors-champ protecteur, et la construction en poupées russes empêche de s’en distancier durablement.
  • Gore 4,00. Ponctuel mais marquant, notamment lors du dénouement.
  • Nudité 4,50. Omniprésente, jamais désirable, systématiquement resituée dans un rapport de domination.

Vidéos

Strange Circus (2005) ORIGINAL TRAILER [SUB]

Le film

  • Titre original奇妙なサーカス (Kimyō na sākasu)
  • Titres alternatifsStrange Circus, titre identique en France
  • Année2005 Années 2000. Sortie japonaise le 24 décembre 2005
  • Durée108 min
  • PaysJapon
  • LangueJaponais
  • RéalisateurSion Sono, qui signe également la musique du film
  • ScénarioSion Sono
  • ActeursMasumi Miyazaki (Taeko, Sayuri), Issei Ishida (Yūji), Rie Kuwana (la jeune Mitsuko), avec Tomorowo Taguchi, également connu pour Tetsuo, et Mai Takahashi
  • TechniqueImage de Yuichirō Ōtsuka, montage de Jun’ichi Itō
  • StudioSedic International, produit par Toshiaki Nakazawa
  • RécompensesPrix des lecteurs du Berliner Zeitung à la Berlinale 2006, section Panorama
  • Diffusion en FrancePas de sortie en salle recensée. Le film a circulé en import puis en DVD, avant une réédition en Blu-ray couplée à Suicide Club dans un coffret limité chez Spectrum Films
  • FormatJ-horror Art & essai
  • SagaAucune. Le film marque, pour une large partie de la critique internationale, le véritable point de bascule de la carrière de Sion Sono après Suicide Club
  • Sous-genresArt & essai dérangeant J-horror Drame psychologique Extrême / Underground
  • ClassificationLe film n’est jamais sorti en salle en France et n’a donc reçu aucun visa d’exploitation ni interdiction : sa diffusion s’est faite uniquement par la vidéo, d’abord en import, puis en DVD et enfin en Blu-ray. Aucune coupe ni interdiction n’est documentée sur le territoire français.
  • DisponibilitéCoffret Blu-ray français couplé à Suicide Club, édition limitée. Nobuo ne référence aucun lien de visionnage.

Contenu extrêmeLe film met en scène l’inceste et la maltraitance sexuelle d’une enfant de manière frontale et prolongée, ainsi que des scènes d’automutilation. Tout est fictif et interprété par des acteurs adultes, mais le sujet est traité sans détour.

Taeko, romancière à succès clouée dans un fauteuil roulant, écrit le récit d’une fillette enfermée dans un étui à violoncelle percé de deux trous pour qu’elle regarde ses parents faire l’amour. Son nouvel assistant veut savoir si l’histoire est vraie. Sion Sono construit un vertige d’identités où l’on ne sait plus, jusqu’au bout, qui écrit, qui a vécu quoi, et qui ment à qui.

Contexte et genèse du projet

Après le succès inattendu de Suicide Club, qui l’a fait connaître hors du Japon, Sion Sono revient avec un projet plus resserré, produit par Sedic International sous la direction de Toshiaki Nakazawa. Il en signe cette fois l’intégralité, scénario, réalisation et jusqu’à la musique. Le film s’organise en cercles concentriques : un récit de fiction, écrit par une romancière handicapée à l’existence luxueuse et entourée de jeunes assistants, qui raconte l’histoire d’une fillette, Mitsuko, violée par son père, un principal de collège, sous le regard de sa mère Sayuri. Le nouvel assistant de la romancière, Yūji, se met en tête de vérifier si ce roman n’est pas une confession déguisée.

Mise en scène et esthétique

Sono construit son film comme un huis clos théâtral, saturé de rouge et de velours, où chaque décor semble avoir été composé pour la scène plutôt que pour la vie. Les niveaux de récit, le roman en train de s’écrire, les souvenirs de Mitsuko, le présent de Taeko et Yūji, se répondent et se contredisent jusqu’à ce que la frontière entre fiction et confession s’efface complètement. La mise en scène assume une théâtralité totale, cadrages composés à la manière d’un tableau, couleurs saturées, ruptures de ton brutales, et la comparaison avec le cinéma d’Alejandro Jodorowsky comme avec certains cadrages de Buñuel revient souvent chez les critiques qui l’ont découvert. Le dénouement, qui rebat entièrement les identités posées jusque-là, est le geste le plus radical du film et celui qui divise le plus ses spectateurs.

Censure et réception

Le film n’est jamais sorti en salle en France : sa circulation s’est faite par l’import, puis par des éditions DVD et enfin par un Blu-ray couplé à Suicide Club dans un coffret limité chez Spectrum Films. Aucune interdiction ni coupe n’est documentée sur le territoire français, faute de sortie commerciale classique susceptible d’y donner lieu. Malgré son sujet, le film a été projeté à la Berlinale en 2006, où il a reçu le prix des lecteurs du quotidien Berliner Zeitung dans la section Panorama, preuve d’une reconnaissance qui a coexisté, comme souvent chez Sono, avec un rejet tout aussi net d’une partie du public et de la critique généraliste.

Thématiques et lecture sociologique

Le film travaille la mémoire traumatique comme un objet instable, retravaillé, réécrit, jusqu’à ce que la victime elle-même ne sache plus distinguer ce qu’elle a vécu de ce qu’elle a dû inventer pour survivre. L’écriture y devient un espace ambigu, à la fois refuge et nouvelle forme d’emprise, la romancière imposant à son tour un pouvoir sur ceux qui l’entourent. Sono met en scène la cellule familiale comme le lieu originel de toutes les dominations à venir, et fait de la maison bourgeoise, avec son luxe et son silence, un théâtre plus inquiétant qu’aucun décor gothique.

Héritage et influence

Pour une large partie de la critique internationale, c’est ce film, davantage que Suicide Club, qui marque le véritable départ du style de Sion Sono : c’est ici que se rassemblent pour la première fois la théâtralité, l’outrance assumée et la construction en abyme qui caractériseront ses films suivants, de Love Exposure à Cold Fish. Il reste l’un des titres les plus difficiles à recommander de sa filmographie, précisément parce qu’il ne cherche jamais à adoucir son sujet, et l’un des plus cités par ceux qui veulent comprendre d’où vient son cinéma.

Verdict

  • À voir siVous voulez comprendre la genèse du style de Sion Sono, ou un vertige narratif construit avec un vrai savoir-faire de mise en scène.
  • À éviter siLes représentations de maltraitance infantile vous sont insupportables. Le film ne pratique aucune ellipse sur ce terrain.

Dans le même registre

Questions fréquentes

Le film est-il sorti en salle en France ?

Non. Il a circulé uniquement par la vidéo, d’abord en import puis en DVD, avant une édition Blu-ray couplée à Suicide Club dans un coffret limité chez Spectrum Films. Aucune interdiction ni coupe n’est documentée sur le territoire français.

Le film a-t-il été récompensé malgré son sujet ?

Oui. Il a été projeté à la Berlinale en 2006, dans la section Panorama, où il a reçu le prix des lecteurs du quotidien allemand Berliner Zeitung.

Qui est vraiment Taeko ?

C’est la question que pose tout le film, et sa réponse constitue le dénouement. Les identités de la romancière, de la mère et de la fille se répondent et se substituent l’une à l’autre au fil du récit, jusqu’à une révélation finale que Nobuo ne dévoile pas ici.

Faut-il avoir vu Suicide Club avant ?

Non, les deux films sont indépendants. Mais ils partagent le même réalisateur et une partie de leur style, et sont souvent édités ou vus ensemble, notamment dans les coffrets réunissant les deux titres.

Pourquoi la comparaison avec Possession de Zulawski ?

Plusieurs critiques ont relevé une parenté visuelle et une même intensité théâtrale dans la manière de filmer l’effondrement d’une cellule familiale, bien que les deux films n’aient aucun lien de production ni de scénario.

Commentaires

Aucun commentaire pour le moment.

Les commentaires et les notes sont réservés aux membres inscrits. Se connecter.