4,00/ 5Note globale
- Valeur cinématographique4,00
- Glauque4,50
- Violent4,25
- Dérangeant4,25
- Gore4,50
- Nudité3,00
La note globale juge la valeur cinématographique de l'oeuvre. Les autres notes mesurent l'intensité, pas la qualité.
Nos notes
- Globale 4,00. Une commande opportuniste transformée en film d’auteur. Fulci y invente l’apparence moderne du zombie et signe deux ou trois séquences que le genre n’a jamais dépassées.
- Glauque 4,50. Chaleur, poussière, terre grasse, corps qui se défont. Le film est moite du premier au dernier plan, et la lumière écrasante y est plus oppressante que n’importe quelle pénombre.
- Violent 4,25. Attaques lentes mais acharnées, morsures interminables. La violence n’est jamais expédiée : elle prend le temps qu’il faut.
- Dérangeant 4,25. La séquence de l’écharde reste, quarante-cinq ans après, l’un des sommets d’inconfort du cinéma. Elle dure trop longtemps, délibérément.
- Gore 4,50. Maquillages de Giannetto De Rossi qui redéfinissent le mort-vivant : putréfaction, terre, vers, moisissure. Toute l’imagerie ultérieure vient de là.
- Nudité 3,00. Présente, exotisante, typique de la production italienne de l’époque.
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Images
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Le film
- Titre originalZombi 2
- Titres alternatifsL’Enfer des zombies (France), Zombie (États-Unis), Zombie Flesh Eaters (Royaume-Uni), Woodoo (Allemagne)
- Année1979 Années 70
- Durée91 min
- PaysItalie
- LangueItalien Anglais
- RéalisateurLucio Fulci
- ScénarioElisa Briganti, avec la participation non créditée de Dardano Sacchetti
- ActeursTisa Farrow (Anne Bowles), Ian McCulloch (Peter West), Richard Johnson (docteur Menard), Al Cliver (Brian), Olga Karlatos (Paola Menard)
- TechniqueImage de Sergio Salvati, musique de Fabio Frizzi, effets de maquillage de Giannetto De Rossi
- StudioVariety Film, produit par Fabrizio De Angelis et Ugo Tucci
- TournageSaint-Domingue en République dominicaine, New York et studios romains
- FormatExploitation italienne Video nasty
- SagaFausse suite. En Italie, Zombie de George A. Romero était sorti sous le titre Zombi dans un montage supervisé par Dario Argento : ce film s’y accroche commercialement sans aucun lien narratif. Il précède la trilogie des Portes de l’Enfer
- Sous-genresZombie Gore Exploitation Culte
- ClassificationInscrit sur la liste britannique des video nasties, essentiellement pour la séquence de l’écharde dans l’œil. Coupé de plus d’une minute et demie pour sa sortie vidéo britannique de 1992, et autorisé en version intégrale seulement en 2005. Coupé ou interdit dans plusieurs pays européens, alors qu’il triomphait dans les salles de quartier.
- DisponibilitéNombreuses éditions restaurées de la version intégrale. Nobuo ne référence aucun lien de visionnage.
Contenu sensibleÉnucléation en gros plan, morsures et dévorations prolongées, cadavres en décomposition avancée. Une séquence met par ailleurs en scène un requin réel, sédaté pour le tournage.
Un voilier à la dérive entre dans le port de New York avec quelque chose à bord. L’enquête mène à Matul, une île des Caraïbes où les morts se relèvent. Lucio Fulci avait pour mission de fabriquer une fausse suite au film de Romero : il en a tiré le film qui a fixé pour quarante ans l’apparence du mort-vivant.
Contexte et genèse du projet
En 1978, Zombie de George A. Romero sort en Italie sous le titre Zombi, dans un montage supervisé par Dario Argento, et rapporte des fortunes. Les producteurs Fabrizio De Angelis et Ugo Tucci commandent aussitôt une suite qui n’en est pas une, intitulée Zombi 2 pour capter le succès du premier sans avoir à en acheter les droits. C’est un pur produit d’opportunisme, pratique courante du cinéma italien de l’époque. Lucio Fulci, réalisateur chevronné passé par la comédie, le western et le giallo, en profite pour prendre le contre-pied : plutôt que de suivre Romero et son centre commercial, il ramène le mort-vivant à ses origines caribéennes et vaudoues, celles des films des années 30. Le tournage se déroule en République dominicaine, à New York et à Rome, sur un scénario signé Elisa Briganti auquel Dardano Sacchetti a participé sans être crédité.
Mise en scène et esthétique
La révolution du film est un maquillage. Giannetto De Rossi abandonne le mort-vivant grisâtre pour un corps réellement putréfié, couvert de terre, d’argile et d’asticots, dont on croit sentir l’odeur. Cette apparence est devenue la norme du genre et le reste aujourd’hui. Autour, Fulci installe une lenteur moite, plans larges sous un soleil aveuglant, silences, personnages qui avancent sans hâte vers ce qui va les tuer, rompue par des fulgurances d’une brutalité absolue. Deux séquences sont entrées dans l’histoire : l’affrontement sous-marin entre un zombie et un requin, tourné avec un animal réel sédaté et un cascadeur qui n’était autre que son dresseur, et l’écharde dans l’œil, filmée si longuement qu’elle en devient une épreuve. La partition de Fabio Frizzi, percussions et synthétiseurs, achève d’imposer une identité que le genre italien copiera ensuite pendant dix ans.
Censure et réception
Le film cartonne dans les salles de quartier et devient une cible immédiate. Il rejoint la liste britannique des video nasties, où l’écharde dans l’œil concentre l’essentiel des griefs, et sa notoriété contribue au climat qui débouchera sur le durcissement de la législation britannique sur la vidéo. Il faut attendre 1992 pour une sortie vidéo au Royaume-Uni, amputée de plus d’une minute et demie, et 2005 pour une version intégrale. Ailleurs en Europe, il circule dans des montages variables. La critique de l’époque le méprise ; sa réévaluation, comme pour L’Au-delà, viendra bien plus tard, portée par les mêmes cinéphiles.
Thématiques et lecture sociologique
Le film oppose deux systèmes d’explication et ne tranche jamais vraiment. Le docteur Menard tente de traiter le phénomène en médecin, cherche une cause, un agent, un traitement, et échoue complètement ; les habitants, eux, savent depuis toujours de quoi il s’agit et n’en tirent aucun avantage non plus. Ce n’est pas un éloge des croyances ancestrales contre la science, c’est un constat d’impuissance partagée. Le film reste par ailleurs un produit de son temps, avec ce que le regard porté sur l’île et ses habitants comporte d’exotisme daté. Le plan final, où les morts avancent sur le pont de Brooklyn pendant qu’une radio commente l’effondrement, referme le récit sur une contamination déjà irréversible : personne n’a jamais eu la moindre chance.
Héritage et influence
Il a déclenché la vague zombie italienne des années 80, dont il reste de très loin le meilleur titre, et a lancé la période la plus féconde de Fulci, qui enchaînera aussitôt sur la trilogie des Portes de l’Enfer. Son apport est plus durable qu’il n’y paraît : c’est l’apparence de ses morts, terre et pourriture, que reprendra ensuite toute la culture horrifique, du cinéma au jeu vidéo. Quant à la séquence du requin, tournée sans effets numériques avec un animal réel, elle appartient à cette catégorie d’images qu’aucune production contemporaine ne pourrait, ni ne voudrait, refaire.
Verdict
- À voir siVous vous intéressez au cinéma de genre italien ou à l’histoire du film de zombies : c’est ici que le mort-vivant moderne prend son visage.
- À éviter siLes blessures oculaires vous sont insupportables. Une seule séquence est concernée, mais elle est interminable et ne prévient pas.
Dans le même registre
- Zombie (1978) Le Romero dont ce film prétend être la suite
- L’Au-delà (1981) Le sommet de Fulci, deux ans plus tard
- Frayeurs (1980) Le premier volet des Portes de l’Enfer
- Cannibal Holocaust (1980) L’autre grand scandale italien de la période
Questions fréquentes
Pourquoi le titre Zombi 2 alors qu'il n'y a pas de premier film ?
Parce que Zombie de George A. Romero était sorti en Italie sous le titre Zombi, dans un montage supervisé par Dario Argento, avec un immense succès. Les producteurs ont numéroté celui-ci pour capter cette réussite, sans aucun lien narratif ni droit acquis. La pratique était courante dans le cinéma italien de l’époque.
Le requin est-il réel ?
Oui. La séquence a été tournée avec un requin vivant, sédaté pour l’occasion, et le zombie qui l’affronte était interprété par le dresseur de l’animal, seul homme capable de s’en approcher. Aucun effet numérique n’existait alors, et aucune production actuelle ne tournerait cette scène ainsi.
Pourquoi ce film a-t-il changé l'apparence des zombies ?
Grâce aux maquillages de Giannetto De Rossi, qui abandonne le mort-vivant simplement pâle pour un corps réellement en décomposition, couvert de terre, d’argile et d’asticots. Cette apparence est devenue la référence du genre et n’a plus vraiment bougé depuis.
Quelle a été la censure britannique ?
Le film figure sur la liste des video nasties, la séquence de l’écharde dans l’œil concentrant l’essentiel des reproches. Il faut attendre 1992 pour une sortie vidéo, amputée de plus d’une minute et demie, et 2005 pour une version intégrale autorisée.
Faut-il avoir vu le film de Romero ?
Non. Les deux films n’ont aucun personnage ni aucune intrigue en commun. Ils s’opposent même : Romero situe son récit dans une Amérique de consommation, Fulci ramène le mort-vivant à ses racines caribéennes et vaudoues, celles du cinéma des années 30.
Sources
- Wikipédia, L’Enfer des zombies (fiche technique, tournage, titres internationaux).
- Wikipedia, Zombi 2 (genèse commerciale, séquence du requin, réception).
- It’s Only A Movie, place du film dans la liste des video nasties et historique des coupes.
- IMDb, générique complet et versions alternatives.
- Stephen Thrower, Beyond Terror: The Films of Lucio Fulci, FAB Press, 1999 (ouvrage imprimé).
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