Massacre à la tronçonneuse

1974 États-Unis Tobe Hooper Slasher Horreur rurale Culte

4,75/ 5Note globale

  • Valeur cinématographique4,75
  • Glauque3,50
  • Violent3,25
  • Dérangeant3,50
  • Gore1,00
  • Nudité0,00

La note globale juge la valeur cinématographique de l'oeuvre. Les autres notes mesurent l'intensité, pas la qualité.

Nos notes

  • Globale 4,75. Un chef-d’œuvre de rythme et de texture, tourné pour rien et jamais égalé, y compris par son auteur. Presque tout le cinéma d’horreur moderne sort de ces 83 minutes.
  • Glauque 3,50. La saleté est partout : os, plumes, mobilier de peau, chaleur qu’on croit sentir. C’est le décor qui met mal à l’aise, pas les meurtres.
  • Violent 3,25. Violence brève, sèche, presque toujours hors champ. Le film frappe par sa durée d’oppression, pas par ses coups.
  • Dérangeant 3,50. Le dernier tiers, un huis clos de hurlements autour d’une table, reste l’une des séquences les plus éprouvantes du genre, sans une goutte de sang.
  • Gore 1,00. La grande méprise du film. Hooper visait une classification tous publics et montre en réalité très peu : la tronçonneuse ne touche presque jamais personne à l’écran.
  • Nudité 0,00. Absente.

Vidéos

Massacre à la tronçonneuse (1974) | Bande-annonce VF (HD | 1080p)
Massacre à la tronçonneuse (1974) | Bande-annonce VOSTF (HD | 1080p)
Massacre à la tronçonneuse (1974) - bande annonce

Le film

  • Titre originalThe Texas Chain Saw Massacre
  • Titres alternatifsMassacre à la tronçonneuse (France). Titres de travail écartés quelques semaines avant la sortie : Leatherface et Headcheese
  • Année1974 Années 70
  • Durée83 min
  • PaysÉtats-Unis
  • LangueAnglais
  • RéalisateurTobe Hooper
  • ScénarioKim Henkel et Tobe Hooper
  • ActeursMarilyn Burns (Sally), Gunnar Hansen (Leatherface), Edwin Neal (l’auto-stoppeur), Jim Siedow (le cuisinier), Paul A. Partain (Franklin), avec Teri McMinn
  • TechniqueImage en 16 mm de Daniel Pearl, musique concrète de Tobe Hooper et Wayne Bell, décors de Robert A. Burns
  • StudioVortex Inc. Bryanston Distributing
  • BudgetEnviron 140 000 dollars, pour des dizaines de millions de recettes dont l’équipe n’a presque rien vu, le distributeur ayant escamoté les comptes
  • Format16 mm Video nasty
  • SagaMassacre à la tronçonneuse volume 1, suivi de trois suites directes, d’un remake en 2003, de préquelles et de plusieurs reboots
  • Sous-genresSlasher Horreur rurale Cannibale Culte
  • ClassificationClassé R aux États-Unis alors que Hooper espérait une interdiction aux moins de 12 ans. Au Royaume-Uni, visa refusé par la BBFC en 1975 ; le film ne circule que par autorisations municipales avant d’être enfin classé en 1999, vingt-cinq ans après sa sortie. En France, brève exploitation sans visa en 1974, interdiction totale en 1975, classement X pour incitation à la violence en décembre 1976, reprise en salles par René Château, puis sortie intégrale le 5 mai 1982 avec une simple interdiction aux moins de 18 ans. Interdit un temps en Australie, au Brésil, au Chili, en Finlande, en Irlande, en Islande, en Norvège, à Singapour, en Suède et en Allemagne de l’Ouest.
  • DisponibilitéNombreuses éditions restaurées, dont un master 4K supervisé par Daniel Pearl. Une copie figure dans la collection permanente du MoMA. Nobuo ne référence aucun lien de visionnage.

Contenu sensibleContrairement à sa réputation, le film montre très peu de violence explicite. Il repose sur la suggestion, la durée et le cri. La séquence finale du repas, une quinzaine de minutes de terreur ininterrompue, reste éprouvante pour les spectateurs sensibles à la panique à l’écran.

Cinq jeunes gens en minibus, un plein d’essence introuvable, une maison au bout d’un chemin. Tobe Hooper filme tout cela en 16 mm, sous quarante degrés, avec 140 000 dollars et de la viande avariée pour décor. Cinquante ans plus tard, tout le cinéma d’horreur en descend, et presque personne ne se souvient qu’on n’y voit quasiment pas de sang.

Contexte et genèse du projet

1974, l’Amérique sort du Vietnam et entre dans le Watergate. Tobe Hooper, universitaire d’Austin passé par le documentaire, écrit avec Kim Henkel un film construit sur cette défiance générale, et sur une idée née, dit-il, dans le rayon quincaillerie d’un magasin bondé où son regard tombe sur les tronçonneuses. Le personnage central s’inspire d’Ed Gein, pilleur de tombes du Wisconsin arrêté en 1957, déjà à l’origine de Norman Bates. Le tournage, mené à Round Rock au Texas pendant l’été, tourne à l’épreuve : chaleur écrasante, décor composé d’ossements et de carcasses réelles dont l’odeur imprègne le plateau, costume de Gunnar Hansen jamais lavé, blessures véritables, dont celles de Marilyn Burns. L’hystérie visible à l’écran doit beaucoup à l’état réel de l’équipe. Le titre définitif ne sera choisi que quelques semaines avant la sortie.

Mise en scène et esthétique

Le plus grand malentendu du film tient à sa réputation de boucherie. Hooper visait une classification très large et montre en réalité presque tout hors champ : le film compte une poignée de plans sanglants, et la tronçonneuse n’entre pratiquement jamais en contact avec un corps à l’image. La terreur vient d’ailleurs : du 16 mm granuleux de Daniel Pearl, qui donne une texture de reportage et supprime la distance de sécurité, du montage nerveux, et surtout de la bande sonore composée par Hooper et Wayne Bell, un tissu de bruits métalliques, de grognements d’animaux et de percussions déréglées qui tient de la musique concrète. La scène du crochet à viande est un cas d’école : le spectateur croit voir ce qu’on lui a seulement laissé imaginer. Le dernier acte, ce dîner de famille filmé en très gros plans sur un œil qui roule, pousse l’oppression jusqu’à l’épuisement.

Censure et réception

Le film se heurte partout à la censure, sur un malentendu comparable. Au Royaume-Uni, la BBFC lui refuse tout visa en 1975 en invoquant le climat de menace, et il ne circule que grâce à des autorisations municipales, notamment londoniennes, avant d’obtenir enfin une classification en 1999. En France, le parcours est encore plus chaotique : distribué une semaine en 1974 sans visa, interdit en 1975, il est classé X en décembre 1976 pour incitation à la violence, l’un des dix seuls films à avoir subi ce classement pour ce motif dans l’histoire de la commission, puis repris en salles par René Château avant d’être déclassé et enfin autorisé en version intégrale le 5 mai 1982. L’Australie, la Scandinavie, l’Allemagne de l’Ouest et plusieurs pays d’Amérique du Sud l’interdisent également. La critique se divise immédiatement, entre le mépris de la presse généraliste et l’enthousiasme d’un Roger Ebert qui salue la maîtrise de la mise en scène. Le succès public, lui, est massif, et l’équipe n’en verra presque rien : le distributeur, adossé au crime organisé, escamote les recettes.

Thématiques et lecture sociologique

Sous le film d’horreur se tient une lecture de classe très claire. La famille du film, jamais nommée dans ce premier volet, contrairement à ce que la saga établira plus tard, est composée d’anciens employés d’abattoir remplacés par les machines. Restés sur place quand l’économie est partie, ils appliquent aux voyageurs les gestes exacts de leur ancien métier : assommer, suspendre, découper, conserver. Le grand-père, ancien tueur de bêtes, est convoqué pour ce qu’il sait faire. Face à eux, cinq jeunes citadins en van, insouciants et de passage, qui traversent un territoire dont ils ne perçoivent rien. Le film n’a pas besoin de discours : il oppose deux Amériques dans un même plan et laisse la mécanique se dérouler.

Héritage et influence

Son empreinte est difficile à surestimer. Le tueur silencieux et masqué, la maison isolée, la survivante seule face au dernier acte, le faux argument du fait divers authentique, tout est là avant Halloween et Vendredi 13. Ridley Scott a reconnu s’en être inspiré pour l’atmosphère d’Alien, et sa descendance directe court jusqu’à Rob Zombie. La franchise, elle, s’est étirée en suites inégales, dont une seule signée Hooper, un remake en 2003 et une série de reboots, sans jamais retrouver la sécheresse de l’original. Tobe Hooper est mort en août 2017 sans avoir réussi à sortir de l’ombre de son deuxième film.

Verdict

  • À voir siVous vous intéressez au cinéma d’horreur, tout simplement. C’est l’un des rares titres de ce catalogue qui relève du film essentiel avant de relever de l’extrême.
  • À éviter siVous supportez mal la panique prolongée et les cris. Le film ne montre presque rien, mais il ne vous laisse pas respirer pendant vingt minutes.

Dans le même registre

Questions fréquentes

Le film est-il inspiré d'une histoire vraie ?

Non, malgré l’accroche du générique. Le personnage de Leatherface emprunte à Ed Gein, arrêté en 1957 dans le Wisconsin pour avoir pillé des tombes et fabriqué des objets à partir de restes humains. Mais aucun massacre de ce type n’a eu lieu au Texas, et l’annonce d’événements réels est un pur argument commercial.

Le film est-il vraiment gore ?

Non, et c’est le grand malentendu de sa réputation. Hooper espérait obtenir une classification très permissive et a construit son film sur la suggestion. On y voit très peu de sang, la tronçonneuse n’atteint presque jamais personne à l’écran, et la terreur repose sur le son, le montage et la durée.

Quelle a été la censure en France ?

Distribué une semaine en 1974 sans visa d’exploitation, le film est interdit en 1975, puis classé X en décembre 1976 pour incitation à la violence, motif appliqué à dix films seulement dans l’histoire de la commission. Repris en salles par René Château, il est ensuite déclassé et sort en version intégrale le 5 mai 1982, interdit aux moins de 18 ans.

La famille s'appelle-t-elle vraiment Sawyer ?

Pas dans ce premier film, où elle n’est jamais nommée : les personnages sont crédités comme le cuisinier, l’auto-stoppeur, le grand-père et Leatherface. Le patronyme Sawyer apparaît dans les suites, à partir des années 80.

L'équipe a-t-elle gagné de l'argent ?

Presque rien. Le film, tourné pour environ 140 000 dollars, a rapporté des dizaines de millions, mais son distributeur, lié au crime organisé, a fait disparaître les recettes. Comédiens et techniciens ont dû se battre des années pour obtenir une fraction de ce qui leur revenait.

Commentaires

Aucun commentaire pour le moment.

Les commentaires et les notes sont réservés aux membres inscrits. Se connecter.