3,75/ 5Note globale
- Valeur cinématographique3,75
- Glauque4,50
- Violent4,25
- Dérangeant4,50
- Gore4,25
- Nudité3,50
La note globale juge la valeur cinématographique de l'oeuvre. Les autres notes mesurent l'intensité, pas la qualité.
Nos notes
- Globale 3,75. Un giallo d’une noirceur inhabituelle, remarquablement photographié, dont la violence sexuelle appuyée reste indéfendable indépendamment de sa réussite formelle.
- Glauque 4,50. Times Square, peep-shows, hôtels borgnes, docks. Le New York de 1982 filmé par un Italien, et c’est l’un des plus crasseux jamais mis à l’écran.
- Violent 4,25. Peu de meurtres mais chacun étiré, sexualisé et filmé de très près. La violence est chirurgicale, plus qu’explosive.
- Dérangeant 4,50. Le film place la mutilation sexuelle au centre de son dispositif et refuse toute distance. C’est ce qui lui a valu quarante ans d’interdiction, et le reproche tient.
- Gore 4,25. Lame de rasoir, tessons, incisions. Effets d’une précision clinique, très loin du gore fantastique des films précédents.
- Nudité 3,50. Constante et directement liée aux agressions. C’est le film le plus ouvertement sexploitatif de son auteur.
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Le film
- Titre originalLo squartatore di New York
- Titres alternatifsL’Éventreur de New York (France), The New York Ripper
- Année1982 Années 80
- Durée91 min
- PaysItalie
- LangueItalien Anglais
- RéalisateurLucio Fulci
- ScénarioLucio Fulci, Gianfranco Clerici, Vincenzo Mannino et Dardano Sacchetti
- ActeursJack Hedley (lieutenant Fred Williams), Almanta Suska (Fay Majors), Howard Ross (Mickey Scellenda), Andrea Occhipinti (Peter Bunch), Alexandra Delli Colli (Jane Lodge), Paolo Malco (docteur Davis)
- TechniqueImage de Luigi Kuveiller, musique de Francesco De Masi
- StudioFulvia Film, produit par Fabrizio De Angelis
- TournageNew York, en décors réels, de Times Square aux docks de l’Hudson
- FormatGiallo Film longtemps interdit
- SagaAucune. Le film marque le retour de Fulci au giallo, six ans après L’Emmurée vivante, et suit immédiatement la trilogie des Portes de l’Enfer
- Sous-genresGiallo Horreur urbaine Gore Exploitation
- ClassificationContrairement à une idée répandue, le film n’a jamais figuré sur la liste britannique des video nasties : cette liste recensait des cassettes en circulation, et le film n’était pas encore édité en vidéo au Royaume-Uni quand elle a été établie. Soumis à la censure en décembre 1983, il se voit refuser tout visa d’exploitation en 1984, et le directeur de l’organisme, James Ferman, fait renvoyer la copie en Italie, escortée jusqu’à l’aéroport selon les chroniqueurs de l’époque, afin d’éviter toute poursuite contre le distributeur ou contre l’organisme lui-même. Le film n’est autorisé qu’en 2002, amputé de 22 secondes sur le meurtre au rasoir, avec obligation de publicité minimale. L’édition DVD prévue est annulée, des distributeurs refusant de le référencer, et une version coupée de 19 secondes ne paraît qu’en 2007. Il reste censuré au Royaume-Uni à ce jour.
- DisponibilitéÉditions intégrales hors Royaume-Uni, restaurées récemment. Nobuo ne référence aucun lien de visionnage.
Contenu extrêmeLe film repose sur des meurtres à caractère sexuel filmés longuement et sans ellipse, dont une mutilation à la lame de rasoir qui reste interdite au Royaume-Uni quarante ans après sa sortie.
Un chien rapporte une main décomposée sur les berges de l’Hudson. Un lieutenant désabusé traque un tueur qui mutile des femmes et le nargue au téléphone en imitant la voix de Donald Duck. Fulci quitte le fantastique pour le polar et signe son film le plus sale, le plus détesté, et longtemps le plus interdit.
Contexte et genèse du projet
Fulci sort de quatre succès internationaux consécutifs dans le fantastique et revient au giallo, genre qu’il n’avait plus abordé depuis L’Emmurée vivante en 1977. Le changement de registre est brutal : plus de surnaturel, plus de poésie macabre, plus de cette caution de fantaisie qui permettait au public de rationaliser ses excès. Le scénario, écrit avec Gianfranco Clerici, Vincenzo Mannino et Dardano Sacchetti, est un polar new-yorkais tourné en décors réels, de Times Square aux docks, avec une équipe italienne et des comédiens majoritairement inconnus du public américain. L’idée la plus célèbre du film, la voix de canard par laquelle le tueur se moque de la police au téléphone, appartient à cette catégorie de détails absurdes qui font basculer un film dans une étrangeté que personne n’a jamais reproduite.
Mise en scène et esthétique
Luigi Kuveiller filme New York avec une netteté crue, néons de peep-shows, lumière blanche des couloirs d’hôpital, ruelles humides, et cette opposition entre la crasse lumineuse de la ville et la froideur des scènes de meurtre est le vrai principe du film. La partition jazz de Francesco De Masi, presque légère, achève de produire un décalage constant. Là où L’Au-delà travaillait le rêve, celui-ci travaille le corps : les agressions sont longues, précises, et systématiquement sexualisées, avec une insistance sur la lame que la caméra suit centimètre par centimètre. C’est cette précision, plus que la quantité de sang, qui rend le film pénible et explique quarante ans de censure. La construction policière, elle, fonctionne mieux qu’on ne le dit, avec un vrai jeu de fausses pistes.
Censure et réception
Son dossier est l’un des plus singuliers de l’histoire de la censure britannique, et il est presque toujours mal raconté. Le film n’a jamais figuré sur la liste des video nasties, pour une raison simple : celle-ci recensait des cassettes déjà en circulation, et il n’était pas encore édité en vidéo outre-Manche quand elle a été dressée. Soumis à l’organisme de classification en décembre 1983, il se voit refuser tout visa en 1984. Le contexte pèse lourd : le pays sortait à peine de l’affaire de l’éventreur du Yorkshire, et l’organisme a jugé le moment impossible. Son directeur, James Ferman, conseille au distributeur de renoncer, puis fait renvoyer la copie en Italie, escortée jusqu’à l’aéroport selon les chroniqueurs de l’époque, afin d’éviter des poursuites contre le distributeur comme contre l’organisme lui-même. Le film n’obtient un visa qu’en 2002, amputé de 22 secondes, avec obligation de publicité minimale ; l’édition DVD prévue est annulée faute de revendeurs acceptant de le référencer, et une version coupée de 19 secondes ne paraît qu’en 2007. Il demeure censuré outre-Manche aujourd’hui. La critique de l’époque, y compris celle qui défendait Fulci, l’a jugé nauséabond, et l’accusation de misogynie ne l’a jamais quitté.
Thématiques et lecture sociologique
Le film dresse le portrait d’une ville en décomposition morale, où la police est fatiguée, les médecins cyniques, les corps monnayables, et où le coroner commente les mutilations avec une désinvolture qui en dit long sur l’époque. La motivation du tueur, révélée tardivement et liée à la maladie de sa fille, transforme un deuil en croisade puritaine : il punit chez les autres une liberté dont son enfant sera privée. La voix de canard prolonge cette régression, celle d’un adulte réfugié dans un registre enfantin pour commettre l’irréparable. Cette construction existe, elle est même cohérente, mais elle ne répond pas au reproche central : le film consacre l’essentiel de son énergie à filmer la mutilation de corps féminins, et aucune explication scénaristique ne rachète ce déséquilibre. Nobuo présente les deux constats.
Héritage et influence
Longtemps le film le plus mal aimé de son auteur, il a été réévalué comme l’un des gialli les plus noirs jamais tournés, et comme un document de premier ordre sur le New York de la 42e rue avant sa transformation. Sa brutalité désenchantée annonce une partie du polar des années 90, et il occupe une place à part dans l’histoire de la censure britannique : celle du seul film qu’un directeur d’organisme ait préféré expulser du territoire plutôt que d’examiner. Il reste, avec Salò et I Spit on Your Grave, l’un des rares titres de ce catalogue à n’avoir toujours pas obtenu d’autorisation intégrale dans un grand pays occidental.
Verdict
- À voir siLe giallo vous intéresse, ou si vous cherchez le New York de 1982 filmé sans le moindre embellissement.
- À éviter siLa violence sexuelle filmée avec complaisance vous est insupportable. C’est le cœur du film, pas un accident de parcours.
Dans le même registre
- Maniac (1980) Le même New York, deux ans plus tôt, côté tueur
- L’Au-delà (1981) Le Fulci de l’année précédente, à l’opposé
- Ténèbres (1982) Le giallo d’Argento la même année, autre traitement de la violence
- The Driller Killer (1979) La même ville en décomposition, vue de l’intérieur
Questions fréquentes
Le film figure-t-il sur la liste des video nasties ?
Non, contrairement à ce qu’on lit souvent. Cette liste recensait des cassettes déjà en circulation, et celui-ci n’était pas encore édité en vidéo au Royaume-Uni quand elle a été établie : il s’est vu refuser tout visa d’exploitation avant même de pouvoir sortir. Sa réputation l’a associé à la liste sans qu’il y ait jamais figuré.
La copie a-t-elle vraiment été expulsée du pays ?
C’est ce que rapportent les chroniqueurs de la censure britannique. Après le refus de visa de 1984, le directeur de l’organisme, James Ferman, a fait renvoyer la copie à son détenteur de droits en Italie, escortée jusqu’à l’aéroport, afin d’éviter toute poursuite contre le distributeur britannique comme contre l’organisme lui-même. C’est l’épisode le plus célèbre de sa carrière de censeur.
Le film est-il visible intégralement au Royaume-Uni ?
Non, toujours pas. Autorisé en 2002 avec 22 secondes de coupes sur le meurtre au rasoir et l’obligation d’une publicité minimale, il n’a jamais obtenu de visa intégral. L’édition DVD prévue a même été annulée, des revendeurs refusant de le référencer, et une version coupée de 19 secondes n’est parue qu’en 2007.
Pourquoi le tueur parle-t-il comme un canard ?
Le film n’explique jamais ce choix autrement que par la régression du personnage. C’est l’un des détails les plus déroutants du cinéma de genre italien : un tueur qui nargue la police au téléphone dans une voix de dessin animé, sans qu’aucune ironie ne vienne désamorcer les scènes de meurtre qui l’entourent.
Le film est-il misogyne ?
Le reproche est constant depuis 1982, y compris de la part de critiques qui défendent le reste de l’œuvre de Fulci. Le film consacre l’essentiel de son énergie à filmer la mutilation de corps féminins, et sa construction scénaristique, si cohérente soit-elle, ne rééquilibre pas ce constat. Ses défenseurs y voient un portrait de ville pourrissante où personne n’est épargné. Nobuo présente les deux lectures sans arbitrer.
Sources
- The EOFFTV Review, sur la décision de 1983-1984 et le contexte de l’affaire de l’éventreur du Yorkshire.
- IMDb, générique complet, réexportation de la copie et détail des coupes de 2002 et 2007.
- Movies & Mania, réception critique et statut censuré actuel au Royaume-Uni.
- Raz’s Midnight Macabre, sur l’annulation de l’édition DVD britannique.
- David Kerekes et David Slater, See No Evil: Banned Films and Video Controversy, Headpress, 2000 (ouvrage imprimé, source de l’escorte policière de la copie).
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