3,00/ 5Note globale

  • Valeur cinématographique3,00
  • Glauque4,25
  • Violent4,00
  • Dérangeant4,25
  • Gore4,25
  • Nudité2,50

La note globale juge la valeur cinématographique de l'oeuvre. Les autres notes mesurent l'intensité, pas la qualité.

Nos notes

  • Globale 3,00. Un film lent, mal écrit et mal joué, sauvé par une atmosphère d’abandon réellement pesante et par deux séquences que le cinéma d’exploitation n’a jamais dépassées.
  • Glauque 4,25. Île déserte hors saison, maisons vides, crypte, puits. Le film tire tout son inconfort du vide plutôt que du sang.
  • Violent 4,00. Peu de meurtres, souvent expédiés, mais deux pics d’une brutalité qui a fait la réputation du film pendant quarante ans.
  • Dérangeant 4,25. Le fœtus arraché et l’auto-cannibalisme final franchissent des tabous que le genre contournait jusque-là.
  • Gore 4,25. Effets grossiers dans l’ensemble, mais redoutablement efficaces sur les deux morceaux de bravoure.
  • Nudité 2,50. Marginale, dans les codes du cinéma d’exploitation italien de l’époque.

Vidéos

Anthropophagous 2000 (1999) - Trailer

Le film

  • Titre originalAntropophagus
  • Titres alternatifsAnthropophagous et L’Anthropophage (France), L’Homme qui se mange lui-même (Belgique), The Grim Reaper, The Savage Island, Man Eater. Le film circule sous une dizaine de titres selon les territoires
  • Année1980 Années 80
  • Durée90 min environ, selon les montages
  • PaysItalie
  • LangueItalien Anglais
  • RéalisateurJoe D’Amato, de son vrai nom Aristide Massaccesi, auteur de plus de deux cents films entre 1972 et 1999
  • ScénarioJoe D’Amato et George Eastman, également interprète du monstre et coproducteur
  • ActeursGeorge Eastman (Klaus Wortmann, Nikos Karamanlis dans la version italienne), Tisa Farrow (Julie), Saverio Vallone (Alan), Serena Grandi (Maria), Margaret Mazzantini
  • TechniqueImage d’Enrico Biribicchi, musique de Marcello Giombini au synthétiseur ARP 2600
  • StudioProduzioni Cinematografiche Massaccesi Filmirage Eureka International
  • TournageGrèce, sur une île touristique filmée hors saison, et Italie
  • FormatExploitation italienne Culte VHS
  • SagaAucune officielle. Le même personnage de cannibale reparaît un an plus tard dans Horrible, fausse suite signée du même réalisateur. Un remake allemand, Anthropophagous 2000, sort en 1999
  • Sous-genresCannibale Slasher Gore Exploitation
  • ClassificationEn France, le film sort avec une interdiction aux mineurs, les sources divergeant entre seize et dix-huit ans selon les reprises. Il n’a jamais été frappé du classement X, contrairement à d’autres titres de ce catalogue, et sa réhabilitation est venue de la Cinémathèque : il figurait en 2006 dans un hommage à Joe D’Amato à la Cinémathèque française et fut projeté la même année à la Cinémathèque de Toulouse. En Italie, sortie le 9 août 1980, interdite aux moins de dix-huit ans. Au Royaume-Uni, il a été classé parmi les video nasties et poursuivi, sur la base d’une rumeur de presse selon laquelle un vrai fœtus aurait été utilisé.
  • DisponibilitéÉditions restaurées, dont une édition française récente en Blu-ray. Nobuo ne référence aucun lien de visionnage.

Contenu extrêmeLe film contient l’arrachage d’un fœtus et une scène d’auto-cannibalisme, tous deux truqués. La crypte, en revanche, a été décorée avec un mélange d’os factices et de véritables ossements humains.

Des touristes débarquent sur une île grecque vidée de ses habitants. Il reste quelqu’un. Joe D’Amato, artisan de deux cents films, tourne ici son titre le plus célèbre, un slasher lent et bavard qui tient sa réputation de quarante ans sur deux plans, et sur une rumeur de presse qui n’a jamais été vraie.

Contexte et genèse du projet

Aristide Massaccesi, dit Joe D’Amato, est l’artisan le plus prolifique du cinéma italien de sa génération : plus de deux cents films en vingt-sept ans, du porno au western en passant par l’horreur, sous une quinzaine de pseudonymes. En 1980, il en tourne près de dix, dont celui-ci, coécrit, coproduit et interprété par Luigi Montefiori sous le nom de George Eastman. Le projet mélange deux filons alors très rentables, le slasher américain et le film de cannibales italien lancé par Umberto Lenzi, mais il les déplace ailleurs : plutôt que l’Amazonie, une île grecque hors saison, ce qui donne au film son atout principal, un décor réellement vide. Tisa Farrow, sœur de Mia, y tient le premier rôle féminin ; elle abandonnera le métier juste après ce tournage.

Mise en scène et esthétique

La réalisation est lente, presque languissante, et le scénario se réduit à un enchaînement de déambulations. C’est aussi ce qui produit l’effet : des rues désertes, des volets clos, une lumière blanche d’été mort, et une partition au synthétiseur de Marcello Giombini d’un lyrisme complètement décalé. Le reste, dialogues, jeu, cohérence, est du niveau de la production de série italienne de l’époque. Deux séquences font tout le reste : le monstre arrachant un fœtus du ventre de sa mère, et la scène finale où, éventré, il mâche ses propres intestins avant de mourir. Ces deux plans, plus grossiers qu’on ne le croit en les revoyant, ont suffi à faire du film un objet de contrebande dans toute l’Europe.

Censure et réception

En France, le film sort avec une interdiction aux mineurs, les documents divergeant entre seize et dix-huit ans selon les reprises, mais sans jamais subir de classement X ni d’interdiction totale : le public français a pu le voir, contrairement à celui de plusieurs pays voisins. Sa réhabilitation est d’ailleurs venue de l’institution la plus respectable qui soit, puisqu’il figurait en 2006 dans un hommage à Joe D’Amato à la Cinémathèque française, avant d’être projeté la même année à la Cinémathèque de Toulouse. En Italie, il sort le 9 août 1980 avec une interdiction aux moins de dix-huit ans, et son propre interprète principal a raconté qu’à la première romaine, la salle s’est vidée pendant la scène du fœtus. Le Royaume-Uni est allé beaucoup plus loin, en le rangeant parmi les video nasties après qu’une partie de la presse a affirmé qu’un véritable fœtus humain avait été utilisé pour le tournage. C’était faux : il s’agissait d’un lapin écorché, éventré et cloué pour simuler le cordon ombilical.

Thématiques et lecture sociologique

Il n’y a pas de thèse, mais il y a un personnage. Le monstre n’est pas une abstraction du mal : c’est un naufragé devenu cannibale par nécessité, qui n’a plus jamais pu revenir de ce franchissement. Le film le montre souffrant, difforme, presque pitoyable, et son geste final, se dévorer lui-même, est la conclusion logique de cette logique de la faim : il ne reste plus que lui à manger. Cette tonalité tragique, involontaire ou non, distingue le film de la plupart de ses contemporains, où le tueur est un pur mécanisme. Pour le reste, l’usage de l’île déserte comme métaphore de l’abandon reste au stade de l’ambiance, et le scénario n’en fait rien.

Héritage et influence

C’est le film le plus connu d’une filmographie de deux cents titres, et l’un des emblèmes de la panique des cassettes en Europe : sa réputation a toujours reposé sur une rumeur plutôt que sur son contenu. Le personnage reparaît dès l’année suivante dans Horrible, fausse suite du même réalisateur, et un remake allemand paraît en 1999. Sa dernière postérité est française : les rétrospectives de Cinémathèque et les éditions Blu-ray des années 2020 en ont fait un classique reconnu du cinéma bis, ce que personne n’aurait parié en 1980. Une anecdote de tournage résume l’esprit de la production : les ossements de la crypte mêlaient faux et vrais os, et l’équipe a emporté les vrais par erreur à la fin du tournage, sans que D’Amato n’ose jamais aller les rendre.

Verdict

  • À voir siVous vous intéressez au cinéma bis italien ou à la fabrique des légendes : c’est l’exemple parfait d’un film dont la rumeur a fait la carrière.
  • À éviter siVous attendez un film tenu. Le rythme est mou, l’écriture faible, et tout repose sur deux séquences que vous connaissez déjà de réputation.

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Questions fréquentes

Un vrai fœtus a-t-il été utilisé ?

Non. C’est la rumeur qui a fait la carrière du film, propagée par une partie de la presse britannique au début des années 80. La production a utilisé un lapin écorché, éventré et cloué pour simuler le cordon ombilical. Aucune poursuite n’a jamais établi autre chose.

Le film a-t-il été interdit en France ?

Non. Il est sorti avec une interdiction aux mineurs, les sources divergeant entre seize et dix-huit ans selon les reprises, mais sans classement X ni interdiction totale. Mieux : il a été programmé en 2006 dans un hommage à Joe D’Amato à la Cinémathèque française, et projeté la même année à la Cinémathèque de Toulouse.

Y a-t-il de vrais ossements dans le film ?

Oui, dans la scène de la crypte, décorée avec un mélange d’os factices et de véritables ossements humains. À la fin du tournage, l’équipe a emporté les vrais par erreur, et le réalisateur n’a jamais osé aller les rendre. C’est le seul élément réellement authentique du film.

Existe-t-il une suite ?

Pas officiellement. Le même type de personnage cannibale reparaît dès 1981 dans Horrible, tourné par le même réalisateur avec le même acteur, ce qui vaut à ce film le statut de fausse suite. Un remake allemand, Anthropophagous 2000, est sorti en 1999.

Qui est Joe D'Amato ?

Aristide Massaccesi, artisan italien parmi les plus prolifiques de son temps : plus de deux cents films entre 1972 et 1999, du cinéma pornographique au western, sous une quinzaine de pseudonymes. Ce film reste, de très loin, son titre le plus connu.

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