3,00/ 5Note globale
- Valeur cinématographique3,00
- Glauque4,25
- Violent4,50
- Dérangeant4,25
- Gore4,50
- Nudité3,75
La note globale juge la valeur cinématographique de l'oeuvre. Les autres notes mesurent l'intensité, pas la qualité.
Nos notes
- Globale 3,00. Un film d’exploitation efficace et parfaitement calibré, qui reprend la structure de Cannibal Holocaust sans en avoir la pensée. La cruauté animale réelle achève de le disqualifier.
- Glauque 4,25. Jungle moite, village crasseux, sous-sol new-yorkais. Le film sent la sueur et la boue, et il n’y a pas un plan propre.
- Violent 4,50. Violence longue et appliquée à des victimes entravées, avec deux ou trois séquences que le cinéma d’exploitation n’a jamais dépassées.
- Dérangeant 4,25. Le malaise vient moins des sévices humains, truqués, que des agonies animales bien réelles filmées en gros plan.
- Gore 4,50. Prothèses de très bonne facture pour l’époque, au service d’un catalogue de mutilations dont la castration et le scalp restent les plus commentées.
- Nudité 3,75. Fréquente, exotisante, entièrement héritée des codes du cycle cannibale italien.
Vidéos
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Le film
- Titre originalCannibal ferox
- Titres alternatifsMake Them Die Slowly (États-Unis), Woman from Deep River (Australie). Du latin ferox, féroce
- Année1981 Années 80
- Durée93 min. Certaines éditions britanniques descendent à 86 minutes
- PaysItalie
- LangueItalien Anglais
- RéalisateurUmberto Lenzi, initiateur du cycle cannibale italien avec Au pays de l’exorcisme en 1972
- ScénarioUmberto Lenzi
- ActeursGiovanni Lombardo Radice (Mike Logan, crédité John Morghen), Lorraine De Selle (Gloria), Danilo Mattei (Rudy), Zora Kerova (Pat), Robert Kerman (lieutenant Rizzo), déjà à l’affiche de Cannibal Holocaust
- TechniqueMusique de Roberto Donati et Fiamma Maglione, arrangée par Carlo Maria Cordio. Tournage en Colombie et à New York
- FormatVideo nasty Exploitation
- SagaAucune. Le film s’inscrit dans le cycle cannibale italien ouvert par Lenzi en 1972 et refermé peu après sa sortie
- Sous-genresCannibale Exploitation Gore Extrême / Underground
- ClassificationSorti en vidéo intégrale au Royaume-Uni vers 1982, aussitôt interdit au titre de la loi sur les publications obscènes et poursuivi comme video nasty de première catégorie. Une version coupée de 1983, munie d’un visa consultatif sans valeur légale, ne change rien. Les premières éditions britanniques en DVD sont encore amputées d’environ six minutes, essentiellement de cruauté animale et de violence graphique. L’affiche américaine revendique une interdiction dans 31 pays, chiffre jamais détaillé mais suffisamment répandu pour figurer dans le livre Guinness des records.
- DisponibilitéÉditions restaurées récentes, intégrales hors Royaume-Uni. Nobuo ne référence aucun lien de visionnage.
Contenu extrêmeLe film contient la mise à mort réelle de plusieurs animaux, filmée en gros plan et non simulée, dont une séquence de dépeçage particulièrement longue. Les sévices infligés aux humains, castration et scalp compris, sont truqués.
Une étudiante part en Amazonie démontrer que le cannibalisme est un mythe inventé pour justifier l’exploitation des peuples autochtones. Elle y croise un dealer new-yorkais en fuite qui torture les villageois pour leur arracher des émeraudes. La démonstration tourne court. Umberto Lenzi filme la suite avec une efficacité redoutable et pas une once de scrupule.
Contexte et genèse du projet
Contrairement à ce qu’on lit souvent, Umberto Lenzi n’est pas un suiveur : c’est lui qui a ouvert le cycle cannibale italien en 1972 avec Au pays de l’exorcisme, avant que Ruggero Deodato ne s’y engouffre en 1977 puis ne rafle la mise en 1980 avec Cannibal Holocaust. Cannibal Ferox est donc autant une reprise en main qu’une réponse, et la rivalité entre les deux hommes a duré jusqu’à leur mort. Le film reprend de très près la structure et les motifs du film de Deodato, jusqu’aux lieux de tournage, la Colombie et New York, et jusqu’à l’acteur Robert Kerman, présent dans les deux. Il n’a en revanche ni le dispositif de found footage, ni le récit-cadre, ni la charge médiatique qui donnaient à son modèle une armature intellectuelle.
Mise en scène et esthétique
Lenzi est un professionnel de l’exploitation et cela se voit : le film est mené tambour battant, alterne une enquête policière new-yorkaise et le calvaire amazonien, et ne laisse jamais de temps mort. La photographie est poisseuse, le montage nerveux, la musique typiquement italienne de l’époque. Les effets de mutilation sont d’une qualité supérieure à la moyenne du genre, ce qui explique que deux séquences en particulier, une castration et un scalp, soient restées dans toutes les mémoires. La sous-intrigue policière, elle, est un remplissage assumé : le spectateur sait dès le début où se trouve le fugitif recherché, ce qui vide l’enquête de tout enjeu. Et il y a le reste, la cruauté animale filmée en gros plan, qui n’est pas un accident de production mais un argument de vente.
Censure et réception
Sorti en vidéo intégrale au Royaume-Uni vers 1982, le film est presque immédiatement interdit et poursuivi comme video nasty de première catégorie. Une version coupée sortie en 1983 avec un visa consultatif dépourvu de valeur légale ne le sauve pas, et les premières éditions britanniques en DVD seront encore amputées d’environ six minutes. L’argument commercial américain, une interdiction dans 31 pays, n’a jamais été détaillé : personne n’a produit la liste. Le chiffre a pourtant été si bien répandu qu’il a fini par entrer dans le livre Guinness des records, ce qui constitue peut-être le plus bel accomplissement du marketing de l’exploitation italienne. Côté équipe, la critique la plus dure est venue de l’intérieur : Giovanni Lombardo Radice, qui tient le rôle du tortionnaire, a adopté le pseudonyme de John Morghen pour se dissocier du film et n’a jamais cessé de le condamner, ainsi que son réalisateur.
Thématiques et lecture sociologique
Le scénario affiche une thèse anticolonialiste : le vrai sauvage est l’Occidental, et la violence des villageois n’est qu’une riposte à celle qu’ils subissent. Le personnage de Mike Logan est construit pour cela, dealer cynique qui mutile pour de l’argent, et son châtiment est présenté comme mérité. Mais l’argument s’effondre en deux temps. D’abord parce que le film exotise et déshumanise les autochtones exactement comme les productions qu’il prétend dénoncer, réduits à un décor de menace. Ensuite parce qu’un film qui condamne l’exploitation des peuples et des terres tout en tuant réellement des animaux pour ses besoins n’a pas de position morale disponible. La thèse est là, elle est même explicite, mais elle sert de justification à ce qui se vend, pas l’inverse.
Héritage et influence
Il reste le second titre de référence du cycle cannibale, derrière Cannibal Holocaust et loin devant le reste de la production. Sa véritable postérité est ailleurs : c’est l’exemple canonique de la censure transformée en argument publicitaire, où le nombre de pays interdits devient le principal atout d’une affiche. Le cycle s’est éteint peu après, la cruauté animale devenant progressivement inacceptable, y compris pour le public de ce cinéma. Umberto Lenzi, mort en 2017, a défendu son film jusqu’au bout, tout en revendiquant la paternité du genre face à Deodato. L’anecdote la plus révélatrice du tournage vient de son acteur principal, qui refusa d’égorger un cochon devant la caméra et fut remplacé par une doublure.
Verdict
- À voir siVous documentez le cycle cannibale italien ou l’histoire du marketing par la censure, dont ce film est le cas d’école.
- À éviter siVous ne supportez pas la cruauté animale réelle. Aucune version intégrale ne vous l’épargnera, et elle occupe ici une place considérable.
Dans le même registre
- Cannibal Holocaust (1980) Le modèle, avec la pensée en plus
- Le Dernier Monde cannibale (1977) Deodato entre dans la jungle
- Au pays de l’exorcisme (1972) Le film de Lenzi qui a tout déclenché
- Faces of Death (1978) L’autre grand champion du chiffre d’interdictions inventé
Questions fréquentes
Le film a-t-il vraiment été interdit dans 31 pays ?
Le chiffre vient de l’affiche américaine et n’a jamais été détaillé : aucune liste des 31 pays n’a été produite. Il a pourtant été si largement repris qu’il figure dans le livre Guinness des records. Les interdictions documentées, elles, concernent notamment le Royaume-Uni, où le film fut poursuivi comme video nasty.
Est-ce une copie de Cannibal Holocaust ?
Il en reprend de très près la structure, les motifs, les lieux de tournage et même un acteur. Mais Umberto Lenzi n’était pas un suiveur du genre : c’est lui qui l’avait ouvert en 1972 avec Au pays de l’exorcisme, avant que Deodato ne s’y engage. La rivalité entre les deux hommes a duré toute leur vie.
Les animaux sont-ils réellement tués ?
Oui, plusieurs le sont, en gros plan et sans trucage, dont une longue séquence de dépeçage. Les sévices infligés aux personnages humains, en revanche, sont entièrement fabriqués au maquillage. C’est ce contenu qui a motivé l’essentiel des coupes et des interdictions.
Pourquoi l'acteur principal est-il crédité John Morghen ?
Giovanni Lombardo Radice a choisi ce pseudonyme pour se dissocier d’un film qu’il n’a jamais cessé de critiquer, tout comme son réalisateur. Il a notamment refusé d’égorger un cochon devant la caméra, scène finalement confiée à une doublure. Il a reconnu plus tard que ce rôle lui avait valu un public fidèle dans le monde entier.
La critique anticolonialiste du film tient-elle ?
Elle est explicite mais fragile. Le film désigne bien l’Occidental comme le vrai prédateur, mais il exotise et déshumanise les autochtones exactement comme les productions qu’il prétend dénoncer, et il tue réellement des animaux pour ses propres besoins. La thèse existe, elle sert surtout d’alibi à ce que le film vend.
Sources
- Wikipedia, Cannibal Ferox (fiche technique, censure britannique, témoignages de tournage).
- Grindhouse Cinema Database, durées et versions selon les territoires.
- Ave Noctum, sur la rivalité Lenzi-Deodato et la place du film dans le cycle cannibale.
- Collider, sur le record Guinness et le chiffre des 31 pays.
- Malevolent Dark, analyse critique et mise en doute du chiffre d’interdictions.
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