4,25/ 5Note globale
- Valeur cinématographique4,25
- Glauque4,75
- Violent4,50
- Dérangeant4,75
- Gore4,50
- Nudité3,00
La note globale juge la valeur cinématographique de l'oeuvre. Les autres notes mesurent l'intensité, pas la qualité.
Nos notes
- Globale 4,25. Un glissement de la comédie de mœurs vers l’horreur totale mené avec un sang-froid redoutable. Long, mais chaque minute travaille la lente capitulation de son personnage principal.
- Glauque 4,75. Boutique de poissons tropicaux, pavillon cossu, salle de découpe carrelée. L’horreur s’installe dans des lieux d’une banalité presque touchante.
- Violent 4,50. Physique et psychologique en alternance, jusqu’à un dernier acte qui ne recule devant rien.
- Dérangeant 4,75. La bonne humeur permanente des tueurs face à leurs actes produit un malaise que la violence seule n’aurait pas atteint.
- Gore 4,50. Scènes de démembrement longues et méthodiques, filmées avec un détail anatomique inhabituel.
- Nudité 3,00. Présente, souvent liée à la manipulation et à l’humiliation plutôt qu’au désir.
Vidéos
Données et visuels fournis par TMDb. Ce site utilise l'API TMDb mais n'est ni approuvé ni certifié par TMDb.
Le film
- Titre original冷たい熱帯魚 (Tsumetai nettaigyo), littéralement « poisson tropical froid »
- Titres alternatifsCold Fish, titre identique en France
- Année2010 Années 2010. Présenté à la Mostra de Venise le 7 septembre 2010, sortie japonaise le 29 janvier 2011
- Durée144 min
- PaysJapon
- LangueJaponais
- RéalisateurSion Sono
- ScénarioSion Sono et Yoshiki Takahashi
- ActeursMitsuru Fukikoshi (Shamoto), Denden (Murata), Asuka Kurosawa (Taeko), Megumi Kagurazaka (Aiko, l’épouse de Murata), Hikari Kajiwara (Mitsuko)
- TechniqueImage de Shinya Kimura, musique de Tomohide Harada, qui mêle sa partition originale à des extraits de Mahler
- StudioNikkatsu
- RécompensesPrix du meilleur scénario, section Fantastic Features, au Fantastic Fest 2010. Lotus Air France du prix de la critique internationale au Festival du film asiatique de Deauville, mars 2011
- Diffusion en FrancePrésenté et primé à Deauville en mars 2011. Une sortie en salle avait été annoncée par le distributeur Wild Side, plusieurs fois reportée avant d’être abandonnée au profit d’une édition directement en vidéo en 2012. Le film a par ailleurs été projeté par des structures culturelles françaises, dont la Maison de la culture du Japon à Paris et le festival Kinotayo, sous la mention interdit aux moins de 16 ans
- FormatFait divers Nikkatsu
- SagaConsidéré comme le second volet de ce que la critique anglophone a surnommé la trilogie de la haine de Sion Sono, entre Love Exposure (2008) et Guilty of Romance (2011)
- Sous-genresFait divers Gore Thriller J-horror
- ClassificationAucune interdiction ni coupe documentée en France. Le film y a reçu la mention interdit aux moins de 16 ans lors de ses projections en festival et association culturelle, mais n’a jamais obtenu de visa d’exploitation en salle, sa sortie ayant été convertie en édition vidéo directe.
- DisponibilitéÉdition DVD française chez Wild Side. Nobuo ne référence aucun lien de visionnage.
Contenu extrêmeLe film contient des scènes de démembrement longues et détaillées, ainsi que des séquences de manipulation psychologique et de violence sexuelle. Tout est simulé.
Shamoto tient une modeste boutique de poissons tropicaux et n’a jamais élevé la voix de sa vie. Quand sa fille se fait prendre à voler, un concurrent jovial règle l’affaire d’un mot et propose son aide. Ce concurrent s’appelle Murata, il sourit tout le temps, et il découpe ses victimes en chantonnant. Sion Sono adapte un fait divers réel pour livrer le portrait le plus terrifiant de la lâcheté ordinaire.
Contexte et genèse du projet
Sion Sono a découvert cette histoire vingt ans avant de la porter à l’écran, dans un livre qu’il présente comme les mémoires de l’homme qui a réellement inspiré Shamoto. Le fait divers, connu au Japon comme l’affaire des éleveurs de chiens de Saitama, voit en 1993 un couple de commerçants, Gen Sekine et Hiroko Kazama, empoisonner puis démembrer au moins quatre clients avec lesquels ils étaient en litige financier, avec l’aide forcée d’un employé. Sono a choisi de déplacer le commerce des chiens vers celui des poissons tropicaux et, surtout, de retravailler entièrement le personnage central : dans la réalité, l’homme qui a inspiré Shamoto était un complice actif des tueurs, condamné pour son rôle dans la dissimulation des corps ; Sono en fait un otage passif, plus proche de lui-même, pour interroger la lâcheté plutôt que la complicité criminelle. Il a toujours affirmé que l’essentiel du film reprenait les faits réels, à l’exception de son dernier acte, entièrement inventé.
Mise en scène et esthétique
Le film s’ouvre comme une comédie de mœurs à la japonaise, famille recomposée maladroite, boutique sans ambition, avant de basculer sans prévenir dans un registre entièrement différent. Sono construit tout le film sur ce contraste : la bonne humeur communicative de Murata et de son épouse Aiko face à ce qu’ils infligent à leurs victimes, la précision presque professionnelle avec laquelle ils découpent les corps, filmée sans ellipse et sans complaisance esthétisante. La partition de Tomohide Harada, qui mêle composition originale et extraits de Mahler, accentue ce décalage entre la grandeur de la musique et la trivialité sanglante de ce qu’elle accompagne. Denden, comédien jusque-là cantonné à des seconds rôles, y livre une composition qui a fait sa réputation, et Mitsuru Fukikoshi tient la durée du film sur un registre de résignation progressive rare au cinéma.
Censure et réception
En France, le film a été présenté et primé au Festival du film asiatique de Deauville en mars 2011, où il a reçu le Lotus Air France du prix de la critique internationale. Une sortie en salle avait alors été annoncée par le distributeur Wild Side, mais elle a été reportée à plusieurs reprises avant d’être finalement abandonnée au profit d’une édition directement en vidéo, parue en 2012 : un choix de politique commerciale du distributeur plutôt qu’une décision de censure. Le film a par ailleurs circulé en dehors du circuit commercial, projeté par la Maison de la culture du Japon à Paris et par le festival Kinotayo sous la mention interdit aux moins de 16 ans. Aucune coupe n’est documentée sur le territoire français. À l’international, la réception critique a été nettement plus enthousiaste que commerciale, le film étant salué comme l’une des œuvres majeures du cinéma japonais du début des années 2010.
Thématiques et lecture sociologique
Le film met en scène deux masculinités opposées : celle de Shamoto, effacé, incapable d’affirmer la moindre autorité sur sa propre famille, et celle de Murata, qui occupe tout l’espace qu’on lui laisse et impose sa loi par la seule force de sa présence. Le glissement de Shamoto, de victime consentante à complice puis à autre chose encore, pose une question que le film ne referme jamais complètement : la dignité qu’il finit par retrouver a-t-elle un rapport avec la violence qu’il a fini par intégrer, ou n’en est-elle qu’une contrefaçon pathétique ? Sono ne tranche pas, et cette ambiguïté est ce qui distingue le film d’un simple récit de vengeance.
Héritage et influence
Il est aujourd’hui considéré comme l’un des sommets de la filmographie de Sion Sono, régulièrement cité aux côtés de Love Exposure comme la meilleure porte d’entrée dans son cinéma. Sur le plan judiciaire, l’affaire réelle qui l’a inspiré s’est refermée après la sortie du film : Gen Sekine est mort en détention en mars 2017, dans l’attente de son exécution, tandis que Hiroko Kazama reste incarcérée dans le couloir de la mort. Le film, lui, a consolidé la réputation internationale de Denden et confirmé Sion Sono comme l’un des cinéastes les plus singuliers de sa génération, capable de faire cohabiter la comédie sociale la plus reconnaissable et l’horreur la plus frontale dans un seul et même geste.
Verdict
- À voir siVous cherchez l’un des meilleurs films de Sion Sono, et un portrait de la lâcheté ordinaire aussi drôle que terrifiant.
- À éviter siLes scènes de découpe prolongées vous sont insupportables : le dernier acte y consacre un temps considérable.
Dans le même registre
- Strange Circus (2005) Le Sono d’avant, même vertige familial
- Suicide Club (2001) Le premier grand scandale de Sono
- Visitor Q (2001) Miike sur le même terrain de la famille japonaise détruite
- Ichi the Killer (2001) La même complicité forcée avec un monstre charismatique
Questions fréquentes
L'histoire est-elle vraie ?
Elle s’inspire de l’affaire dite des éleveurs de chiens de Saitama : en 1993, un couple de commerçants, Gen Sekine et Hiroko Kazama, a empoisonné puis démembré au moins quatre clients avec lesquels il était en litige. Sono a déplacé le commerce vers les poissons tropicaux et retravaillé le personnage principal, qui était dans la réalité un complice actif et non un otage.
Les coupables réels ont-ils été jugés ?
Oui. Condamnés à mort en 2001, appel rejeté en 2005, Gen Sekine est mort en détention en mars 2017 sans avoir été exécuté, tandis que Hiroko Kazama reste incarcérée dans le couloir de la mort.
Pourquoi le film n'est-il jamais sorti en salle en France ?
Ce n’est pas une question de censure. Le distributeur Wild Side avait annoncé une sortie en salle après le prix reçu à Deauville en 2011, mais l’a repoussée à plusieurs reprises avant de choisir une édition directement en vidéo en 2012, pour des raisons de stratégie commerciale.
Qu'est-ce que la trilogie de la haine ?
Un surnom donné par la critique anglophone à trois films de Sion Sono partageant une même noirceur thématique : Love Exposure (2008), celui-ci, et Guilty of Romance (2011). Les trois films n’ont ni personnage ni intrigue en commun.
Qui joue l'épouse de Murata ?
Megumi Kagurazaka, qui deviendra par la suite l’épouse de Sion Sono dans la vie réelle et l’actrice principale de plusieurs de ses films suivants, dont Guilty of Romance.
Sources
- Wikipédia, Cold Fish (fiche technique, affaire réelle, sources judiciaires).
- Écran Large, entretien avec Sion Sono sur la genèse du projet et l’écart avec les faits réels.
- EastAsia, sur les reports de la sortie française et le choix final de la vidéo directe.
- Sancho does Asia, sur le prix reçu à Deauville et la distribution complète.
- Wikipedia, Gen Sekine (déroulement judiciaire de l’affaire réelle).
Commentaires
Aucun commentaire pour le moment.
Les commentaires et les notes sont réservés aux membres inscrits. Se connecter.



















