2,50/ 5Note globale

  • Valeur cinématographique2,50
  • Glauque5,00
  • Violent3,50
  • Dérangeant5,00
  • Gore3,00
  • Nudité4,00

La note globale juge la valeur cinématographique de l'oeuvre. Les autres notes mesurent l'intensité, pas la qualité.

Nos notes

  • Globale 2,50. Un objet expérimental d’une ambition réelle, porté par un unique acteur qui s’y engage entièrement, mais dont le statut de curiosité maudite dépasse largement ses qualités de mise en scène.
  • Glauque 5,00. Ferme en ruine, boue, excréments conservés en bocaux. Rien n’y est filmé pour rassurer, à aucun moment.
  • Violent 3,50. Ponctuelle mais frontale, notamment lors de la mise à mort réelle de certains animaux de la ferme.
  • Dérangeant 5,00. L’absence totale de dialogue et de musique dramatique retire au spectateur toute distance protectrice face à ce qu’il regarde.
  • Gore 3,00. Rare, mais rendu plus éprouvant par le refus de toute stylisation.
  • Nudité 4,00. Fréquente, jamais érotisée, entièrement liée à l’isolement du personnage et à sa relation avec les animaux de la ferme.

Vidéos

TRAILER Vase de noces (Thierry Zéno, BE 1974)

Le film

  • Titre originalVase de noces
  • Titres alternatifsWedding Trough (international), surnommé de manière officieuse The Pig Fucking Movie
  • Année1974 Années 70. Présenté au Festival EXPRMTL de Knokke en 1974, puis à la Semaine de la critique de Cannes en 1975
  • DuréeEnviron 80 min selon les copies
  • PaysBelgique
  • LangueAucun dialogue. Bande sonore composée de bruits naturels, de cris d’animaux et de musique sacrée
  • RéalisateurThierry Zéno, alors âgé de 24 ans, également son propre chef opérateur et monteur
  • ScénarioThierry Zéno et Dominique Garny, coécrit avec l’acteur lui-même
  • ActeursDominique Garny, seul comédien crédité, également coscénariste
  • TechniqueMusique d’Alain Pierre. Zéno assure lui-même l’image et le montage
  • StudioProduction entièrement indépendante, autodistribuée sous le label Zéno Films
  • ReconnaissanceAdmiré à sa sortie par le poète Henri Michaux, revendiqué par Zéno comme influencé par les gravures du Belge Félicien Rops et par la figure du sage tibétain Milarépa
  • FormatCinéma expérimental Film sans dialogue
  • SagaAucune. Thierry Zéno se consacrera ensuite au documentaire ethnographique, notamment avec Des morts en 1979, coréalisé avec Dominique Garny
  • Sous-genresCinéma expérimental Extrême / Underground Art & essai dérangeant
  • ClassificationLe film a été présenté à la Semaine de la critique de Cannes en 1975 ; sa diffusion en France est restée extrêmement marginale, limitée aux festivals et à quelques salles spécialisées, certaines sources évoquant un classement X jamais confirmé par une fiche CNC accessible. En Australie, il a été refusé à la classification à trois reprises depuis le milieu des années 70, la dernière le 1er avril 1977, et son interdiction y demeure très largement inchangée à ce jour.
  • DisponibilitéÉditions restaurées rares, essentiellement en import. Nobuo ne référence aucun lien de visionnage.

Contenu extrêmeLe film aborde frontalement la zoophilie et la coprophagie, et contient à la fois des mises en scène animales simulées et, selon plusieurs sources, la mort réelle de certains animaux de basse-cour. Nobuo n’en recommande pas le visionnage sans réserve.

Un homme vit seul dans une ferme en ruine, sans autre compagnie que ses animaux. Il tombe amoureux d’une truie. Trois porcelets naissent de cette union, qu’il finit par tuer, incapable de supporter qu’ils préfèrent leur mère. Thierry Zéno filme cette fable sans un mot ni une once de jugement, et en a fait l’un des objets les plus rejetés et les plus étudiés du cinéma expérimental belge.

Contexte et genèse du projet

Après un court métrage documentaire tourné dans un hôpital psychiatrique namurois auprès d’un patient pratiquant l’art brut, Thierry Zéno écrit ce film avec son unique acteur, Dominique Garny, en s’appuyant sur des lectures de Freud et surtout de Jung, sur la mythologie grecque et ses amours entre dieux, humains et animaux, et sur la figure du sage tibétain Milarépa. Zéno a toujours insisté sur le fait que l’écriture s’inscrivait dans une démarche de poésie et de réflexion plutôt que de provocation calculée. Le tournage, mené en deux temps, a vu le réalisateur, l’acteur et le preneur de son vivre reclus près du lieu de tournage, dans une forme d’épreuve partagée avec les animaux dont ils avaient la charge. Zéno a précisé que la truie du film n’avait pas été tuée pour les besoins du tournage : c’est le fermier propriétaire des lieux qui l’a abattue plus tard pour sa viande, indépendamment de la production.

Mise en scène et esthétique

Le film est tourné en noir et blanc, sans le moindre dialogue, sur une bande sonore réduite aux bruits de la nature, aux cris des animaux et à des fragments de musique sacrée. Cette économie de moyens expressifs, combinée à une mise en scène froide et quasi documentaire, retire au spectateur toute distance protectrice : rien n’indique comment interpréter ce qui est montré, ni où se situe la frontière entre le document et la fiction. Le film alterne rituels de coprophagie et de zoophilie filmés frontalement avec des passages d’une tonalité quasi mystique, situés dans un monastère en ruine et accompagnés de musique sacrée, avant de se refermer sur une fin ouvertement surréaliste où, après le suicide de la truie, le corps de l’homme lui-même semble s’envoler dans le ciel.

Censure et réception

La trajectoire française du film reste incertaine et mal documentée : présenté à la Semaine de la critique de Cannes en 1975, il n’a connu qu’une diffusion extrêmement marginale sur le territoire, essentiellement festivalière, certaines sources évoquant un classement X sans qu’une fiche de visa CNC ne permette de le confirmer avec certitude. C’est en Australie que son interdiction est la mieux documentée : refusé à la classification à trois reprises depuis le milieu des années 70, la dernière fois le 1er avril 1977, il y reste interdit dans des termes quasiment inchangés depuis un demi-siècle, au motif d’une infraction aux lois locales sur l’obscénité. Le film a par ailleurs été confondu à plusieurs reprises avec un snuff movie animalier par des associations de défense des animaux, alors que Zéno a toujours affirmé qu’aucun animal n’avait été mis à mort pour les besoins spécifiques du tournage, à l’exception de scènes de basse-cour dont le statut réel ou simulé reste discuté selon les sources.

Thématiques et lecture sociologique

Le film se lit comme une fable sur la solitude absolue et le désir de fusion avec le monde animal et les éléments, terre, eau, air et feu, jusqu’à la dissolution complète de l’identité humaine. Le personnage, ermite total, tente de franchir le tabou qui sépare l’homme de la bête pour fonder une famille impossible, avant que la nature elle-même, incarnée par le rejet des porcelets et le suicide de la truie, ne le renvoie à son échec. Zéno revendique une lecture religieuse et alchimique plus qu’une provocation gratuite : le décor du monastère en ruine et la musique sacrée qui l’accompagne inscrivent le récit dans un registre mystique, celui d’une quête spirituelle qui échoue faute de pouvoir se réaliser hors du monde humain.

Héritage et influence

Salué à sa sortie par le poète Henri Michaux, le film reste un objet rare, davantage évoqué que réellement vu, et continue de circuler comme référence limite pour délimiter les frontières du cinéma expérimental et de la tolérance du spectateur. Thierry Zéno ne reviendra jamais à ce registre, se consacrant ensuite au documentaire ethnographique, notamment avec Des morts en 1979, de nouveau coécrit avec Dominique Garny sur les rituels funéraires à travers le monde. Le film continue d’être invoqué dans les débats sur les limites de la représentation animale au cinéma, bien après la disparition de la plupart de ses contemporains de l’avant-garde belge.

Verdict

  • À voir siVous vous intéressez aux limites extrêmes du cinéma expérimental européen, en connaissance de cause sur son contenu.
  • À éviter siLa zoophilie ou la mort réelle d’animaux à l’écran vous sont des sujets insupportables. Le film n’offre ici aucune mise à distance.

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Questions fréquentes

Un animal a-t-il vraiment été tué pour le film ?

Selon Thierry Zéno, la truie du film n’a pas été tuée pour le tournage : c’est le fermier propriétaire des lieux qui l’a abattue plus tard pour sa viande, indépendamment de la production. Plusieurs sources indiquent cependant que le film contient des scènes de mise à mort réelle d’animaux de basse-cour, dont le statut exact reste discuté.

Le film est-il vraiment interdit en Australie depuis les années 70 ?

Oui. Il a été refusé à la classification à trois reprises, la dernière fois le 1er avril 1977, au motif d’une infraction aux lois locales sur l’obscénité, et son statut d’interdiction y est resté très largement inchangé depuis lors.

Quelles sont les vraies influences du réalisateur ?

Thierry Zéno cite Freud et surtout Jung, la mythologie grecque et ses récits d’amours entre dieux, humains et animaux, ainsi que la figure du sage tibétain Milarépa comme inspiration directe du personnage principal, plutôt qu’une volonté de provocation pure.

Le film est-il vraiment sans aucun dialogue ?

Oui, entièrement. La bande sonore ne comporte que des bruits naturels, des cris d’animaux et des fragments de musique sacrée, sans qu’aucun mot ne soit jamais prononcé.

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