Vase de noces
1974 Belgique Thierry Zéno Cinéma expérimental Extrême / Underground
1974 Belgique Thierry Zéno Cinéma expérimental Extrême / Underground
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Contenu extrêmeLe film aborde frontalement la zoophilie et la coprophagie, et contient à la fois des mises en scène animales simulées et, selon plusieurs sources, la mort réelle de certains animaux de basse-cour. Nobuo n’en recommande pas le visionnage sans réserve.
Un homme vit seul dans une ferme en ruine, sans autre compagnie que ses animaux. Il tombe amoureux d’une truie. Trois porcelets naissent de cette union, qu’il finit par tuer, incapable de supporter qu’ils préfèrent leur mère. Thierry Zéno filme cette fable sans un mot ni une once de jugement, et en a fait l’un des objets les plus rejetés et les plus étudiés du cinéma expérimental belge.
Après un court métrage documentaire tourné dans un hôpital psychiatrique namurois auprès d’un patient pratiquant l’art brut, Thierry Zéno écrit ce film avec son unique acteur, Dominique Garny, en s’appuyant sur des lectures de Freud et surtout de Jung, sur la mythologie grecque et ses amours entre dieux, humains et animaux, et sur la figure du sage tibétain Milarépa. Zéno a toujours insisté sur le fait que l’écriture s’inscrivait dans une démarche de poésie et de réflexion plutôt que de provocation calculée. Le tournage, mené en deux temps, a vu le réalisateur, l’acteur et le preneur de son vivre reclus près du lieu de tournage, dans une forme d’épreuve partagée avec les animaux dont ils avaient la charge. Zéno a précisé que la truie du film n’avait pas été tuée pour les besoins du tournage : c’est le fermier propriétaire des lieux qui l’a abattue plus tard pour sa viande, indépendamment de la production.
Le film est tourné en noir et blanc, sans le moindre dialogue, sur une bande sonore réduite aux bruits de la nature, aux cris des animaux et à des fragments de musique sacrée. Cette économie de moyens expressifs, combinée à une mise en scène froide et quasi documentaire, retire au spectateur toute distance protectrice : rien n’indique comment interpréter ce qui est montré, ni où se situe la frontière entre le document et la fiction. Le film alterne rituels de coprophagie et de zoophilie filmés frontalement avec des passages d’une tonalité quasi mystique, situés dans un monastère en ruine et accompagnés de musique sacrée, avant de se refermer sur une fin ouvertement surréaliste où, après le suicide de la truie, le corps de l’homme lui-même semble s’envoler dans le ciel.
La trajectoire française du film reste incertaine et mal documentée : présenté à la Semaine de la critique de Cannes en 1975, il n’a connu qu’une diffusion extrêmement marginale sur le territoire, essentiellement festivalière, certaines sources évoquant un classement X sans qu’une fiche de visa CNC ne permette de le confirmer avec certitude. C’est en Australie que son interdiction est la mieux documentée : refusé à la classification à trois reprises depuis le milieu des années 70, la dernière fois le 1er avril 1977, il y reste interdit dans des termes quasiment inchangés depuis un demi-siècle, au motif d’une infraction aux lois locales sur l’obscénité. Le film a par ailleurs été confondu à plusieurs reprises avec un snuff movie animalier par des associations de défense des animaux, alors que Zéno a toujours affirmé qu’aucun animal n’avait été mis à mort pour les besoins spécifiques du tournage, à l’exception de scènes de basse-cour dont le statut réel ou simulé reste discuté selon les sources.
Le film se lit comme une fable sur la solitude absolue et le désir de fusion avec le monde animal et les éléments, terre, eau, air et feu, jusqu’à la dissolution complète de l’identité humaine. Le personnage, ermite total, tente de franchir le tabou qui sépare l’homme de la bête pour fonder une famille impossible, avant que la nature elle-même, incarnée par le rejet des porcelets et le suicide de la truie, ne le renvoie à son échec. Zéno revendique une lecture religieuse et alchimique plus qu’une provocation gratuite : le décor du monastère en ruine et la musique sacrée qui l’accompagne inscrivent le récit dans un registre mystique, celui d’une quête spirituelle qui échoue faute de pouvoir se réaliser hors du monde humain.
Salué à sa sortie par le poète Henri Michaux, le film reste un objet rare, davantage évoqué que réellement vu, et continue de circuler comme référence limite pour délimiter les frontières du cinéma expérimental et de la tolérance du spectateur. Thierry Zéno ne reviendra jamais à ce registre, se consacrant ensuite au documentaire ethnographique, notamment avec Des morts en 1979, de nouveau coécrit avec Dominique Garny sur les rituels funéraires à travers le monde. Le film continue d’être invoqué dans les débats sur les limites de la représentation animale au cinéma, bien après la disparition de la plupart de ses contemporains de l’avant-garde belge.
Selon Thierry Zéno, la truie du film n’a pas été tuée pour le tournage : c’est le fermier propriétaire des lieux qui l’a abattue plus tard pour sa viande, indépendamment de la production. Plusieurs sources indiquent cependant que le film contient des scènes de mise à mort réelle d’animaux de basse-cour, dont le statut exact reste discuté.
Oui. Il a été refusé à la classification à trois reprises, la dernière fois le 1er avril 1977, au motif d’une infraction aux lois locales sur l’obscénité, et son statut d’interdiction y est resté très largement inchangé depuis lors.
Thierry Zéno cite Freud et surtout Jung, la mythologie grecque et ses récits d’amours entre dieux, humains et animaux, ainsi que la figure du sage tibétain Milarépa comme inspiration directe du personnage principal, plutôt qu’une volonté de provocation pure.
Oui, entièrement. La bande sonore ne comporte que des bruits naturels, des cris d’animaux et des fragments de musique sacrée, sans qu’aucun mot ne soit jamais prononcé.
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