Taxidermie
2006 Hongrie Autriche France György Pálfi Horreur corporelle Satire politique
4,00/ 5Note globale
La note globale juge la valeur cinématographique de l'oeuvre. Les autres notes mesurent l'intensité, pas la qualité.
Données et visuels fournis par TMDb. Ce site utilise l'API TMDb mais n'est ni approuvé ni certifié par TMDb.
Contenu extrêmeObésité extrême filmée en gros plan, fluides corporels, séquence finale d’auto-empaillement humain. Tout est simulé par des effets pratiques et numériques.
Trois générations d’une même famille hongroise, chacune prisonnière de son propre corps : un grand-père rongé par la frustration sexuelle sous l’uniforme, un père devenu athlète de gavage compétitif sous le communisme, un fils taxidermiste qui rêve de s’empailler lui-même pour accéder à une forme d’éternité. György Pálfi raconte l’histoire de son pays sans un seul discours, uniquement par la faim, la graisse et la chair morte.
Second long métrage de György Pálfi après Hukkle, primé au Festival du film européen 2002, Taxidermie naît de la réécriture par le réalisateur et Zsófia Ruttkay de deux nouvelles distinctes de l’écrivain Lajos Parti Nagy, Hullámzó Balaton et Fagyott kutya lába, fusionnées pour former l’histoire d’une même lignée. Pálfi a toujours affirmé n’avoir eu ni l’intention ni l’impression de transgresser des tabous pour eux-mêmes, tout en reconnaissant que le résultat était peut-être plus radical que son premier film. Coproduit par la Hongrie, l’Autriche et la France, le film est présenté à la Semaine hongroise du film en février 2006 avant sa sélection à Cannes, en section Un Certain Regard, quelques mois plus tard.
Pálfi filme chaque génération dans un régime esthétique différent, mouvements de caméra fluides et complexes qui traversent les décennies sans coupe apparente, pour lier symboliquement les trois destins. La dégradation des corps, obésité extrême, chairs ouvertes, fluides multiples, est rendue par des effets pratiques d’une précision presque tactile, renforcés par la partition électronique du musicien Amon Tobin, choix inattendu qui accentue le décalage entre la crudité des images et la froideur du son. Le film ne cherche jamais l’humour de dérision pure : chaque excès visuel reste au service d’une trajectoire historique précise, du fascisme à la société de consommation post-communiste.
En France, le film sort le 23 août 2006 avec une interdiction aux mineurs de moins de 16 ans, sans polémique de classification particulière, après une présentation remarquée au festival de La Rochelle en juillet. Sa réception critique reste profondément clivée, entre ceux qui y voient un chef-d’œuvre et ceux pour qui il demeure difficilement supportable, mais sans qu’aucune procédure de censure institutionnelle ne vienne s’y ajouter. Sa diffusion commerciale est restée confidentielle sur la plupart des marchés, notamment aux États-Unis où sa sortie limitée en 2009, sur seulement deux salles, n’a rapporté qu’un peu plus de 11 000 dollars. Le film a néanmoins représenté officiellement la Hongrie dans la course à l’Oscar du meilleur film en langue étrangère, signe d’une reconnaissance institutionnelle qui contraste avec son statut d’objet culte réservé aux festivals.
Chaque génération incarne une période et un rapport différent au corps hongrois du vingtième siècle : le grand-père, soumis à la hiérarchie militaire et à ses propres fantasmes, symbolise l’humiliation de la guerre ; le père, transformé en machine à ingérer pour la gloire nationale, incarne l’absurdité d’un système communiste qui masque la misère spirituelle sous la performance physique ; le fils, enfin, taxidermiste dans une Hongrie devenue capitaliste, ne trouve d’issue que dans la conservation de son propre corps comme objet, dernière forme de maîtrise sur une existence qu’il ne peut plus habiter autrement. Le film ne prononce jamais ces analyses à voix haute : il les fait entièrement porter par la texture organique de ses images.
Le film est aujourd’hui considéré comme l’un des sommets de l’horreur corporelle européenne et l’un des jalons du renouveau du cinéma hongrois des années 2000, régulièrement cité aux côtés des grandes heures du body horror international. Sa réputation reste construite sur le bouche-à-oreille et le circuit des festivals plutôt que sur une exploitation commerciale large, à l’image de son parcours américain resté anecdotique en termes de recette. György Pálfi poursuivra une carrière de cinéaste exigeant, sans jamais retrouver l’écho critique et la radicalité formelle de ce second film.
Non, de deux nouvelles distinctes de l’écrivain hongrois Lajos Parti Nagy, Hullámzó Balaton et Fagyott kutya lába, que Pálfi et sa coscénariste Zsófia Ruttkay ont fusionnées pour raconter l’histoire d’une seule lignée sur trois générations.
Non. Il est sorti le 23 août 2006 avec une simple interdiction aux moins de 16 ans, sans polémique de classification. Sa diffusion confidentielle tient à son exigence formelle et à la difficulté de le vendre commercialement, pas à une censure.
Oui. Il a représenté la Hongrie dans la course à l’Oscar du meilleur film en langue étrangère et a remporté plusieurs prix à la Semaine hongroise du film 2006, dont le Grand Prix.
Le musicien électronique Amon Tobin, un choix inattendu pour un film hongrois de ce type, dont la partition froide contraste délibérément avec la crudité organique des images.
Aucun commentaire pour le moment.
Les commentaires et les notes sont réservés aux membres inscrits. Se connecter.