Canine
2009 Grèce Yórgos Lánthimos Drame psychologique Art & essai dérangeant
4,50/ 5Note globale
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Contenu sensibleLe film met en scène l’inceste entre adultes consentants au sein d’une même famille, ainsi qu’une automutilation dentaire. Tout est simulé.
Deux filles et un garçon, proches de la vingtaine, vivent enfermés dans la villa de leurs parents depuis leur naissance. Leur seul lien avec l’extérieur, une jeune employée de l’usine du père, vient satisfaire les besoins sexuels du fils, les yeux bandés à l’aller. Un jour, elle échange des cassettes vidéo contre une faveur, et le monde du dehors s’infiltre enfin dans la maison. Yórgos Lánthimos signe une allégorie glaciale sur l’emprise par le langage.
Lánthimos, formé à l’école de cinéma Stavrakos à Athènes et déjà actif depuis 1995 dans le théâtre, les clips de danse et la publicité télévisée, tourne ce second long métrage avec Efthýmis Filíppou, qui deviendra son coscénariste pour la plupart de ses films suivants, jusqu’à La Favorite et Pauvres créatures. Le tournage se déroule en seulement un mois, en août 2008, suivi de six mois de montage. La distribution mêle comédiens de théâtre déjà connus de Lánthimos, comme Christos Passalis et Anna Kalaïtzídou, et une chanteuse de groupe punk sans formation d’actrice, Mary Tsoni, choisie pour le rôle de la fille cadette.
Lánthimos filme avec une précision géométrique et clinique, cadrages qui coupent régulièrement les têtes des personnages, lumière crue du soleil grec contrastant avec l’enfermement psychologique, jeu d’acteurs délibérément mécanique et atone. La Cinémathèque française situe le film dans la filiation de Fassbinder, de Pasolini et de Haneke, dont Lánthimos partage le goût pour une distance froide appliquée à des sujets brûlants. Le dispositif central, un vocabulaire familial entièrement réinventé où un zombie désigne une petite fleur jaune, est amené sans explication ni commentaire, laissant le spectateur reconstituer seul l’ampleur de la manipulation.
En France, le film obtient son visa d’exploitation sous le numéro 124596 et sort le 2 décembre 2009, sans qu’aucune polémique de classification ne vienne perturber sa sortie. Sa reconnaissance critique et institutionnelle a été immédiate et internationale : prix Un Certain Regard à Cannes, sélection officielle de la Grèce à l’Oscar du meilleur film en langue étrangère l’année suivante, une trajectoire qui a définitivement mis fin à la discrétion du cinéma grec sur la scène internationale. Une restauration 4K supervisée par Lánthimos lui-même est ressortie en salle en France en juillet 2024, quinze ans après sa sortie initiale, confirmant son statut de film fondateur plutôt que de simple curiosité de festival.
Le film démonte, sans jamais le nommer explicitement, le mécanisme par lequel un pouvoir absolu se maintient en contrôlant le langage et l’accès à l’information plutôt que par la seule force. Le moment où la fille aînée obtient deux cassettes vidéo, Rocky et Les Dents de la mer, en échange d’une faveur accordée à Christina, marque le point de bascule du récit : le cinéma lui-même devient l’agent de contamination qui va faire s’effondrer tout l’édifice parental. Lánthimos ne propose aucune lecture univoque entre satire du totalitarisme, critique de la surprotection familiale ou fable sur l’incapacité du pouvoir à contenir indéfiniment ce qu’il prétend maîtriser.
Le film a définitivement installé Yórgos Lánthimos comme l’un des auteurs les plus singuliers de sa génération, ouvrant la voie à une carrière qui le mènera jusqu’au Lion d’or à Venise et aux Oscars avec Pauvres créatures. Il reste le texte fondateur de sa collaboration avec Efthýmis Filíppou, et le premier jalon d’un style reconnaissable entre mille, fait de cadrages géométriques, de dialogues délibérément plats et d’une distance ironique appliquée aux sujets les plus sombres. Sa réévaluation par une restauration 4K quinze ans après sa sortie confirme qu’il n’a jamais quitté le premier plan de la discussion sur le cinéma grec contemporain.
Une jeune femme qui travaille dans l’usine du père et que celui-ci fait venir, les yeux bandés à l’aller, pour satisfaire les besoins sexuels de son fils. C’est elle qui, en échangeant des objets puis des cassettes vidéo contre des faveurs auprès de la fille aînée, introduit sans le vouloir le monde extérieur dans la maison.
Rocky et Les Dents de la mer, que la fille aînée exige de Christina en échange d’une faveur sexuelle plutôt que les objets initialement proposés. Elle les regarde ensuite en cachette, et leur influence sur son comportement devient l’un des moteurs du dernier acte du film.
Non. Il a obtenu son visa d’exploitation sans polémique et est sorti normalement le 2 décembre 2009, distribué par MK2. Une restauration 4K est même ressortie en salle en 2024.
Non, c’est son second long métrage, après Kinetta en 2005, resté largement inaperçu. C’est en revanche le premier fruit de sa collaboration durable avec le scénariste Efthýmis Filíppou.
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