4,50/ 5Note globale

  • Valeur cinématographique4,50
  • Glauque4,50
  • Violent3,50
  • Dérangeant4,75
  • Gore2,50
  • Nudité4,50

La note globale juge la valeur cinématographique de l'oeuvre. Les autres notes mesurent l'intensité, pas la qualité.

Nos notes

  • Globale 4,50. Une allégorie sur le contrôle par le langage d’une précision redoutable, portée par des acteurs qui jouent juste assez faux pour rester crédibles. Aucune fausse note sur toute sa durée.
  • Glauque 4,50. Villa cossue, jardin clos, piscine impeccable. Le luxe du décor rend l’enfermement plus oppressant qu’un cachot n’aurait pu l’être.
  • Violent 3,50. Ponctuelle, mais la violence domestique et sexuelle sourde qui traverse tout le film pèse davantage que ses éclats les plus visibles.
  • Dérangeant 4,75. L’inceste et la manipulation du langage y sont traités avec une froideur clinique qui ne laisse aucune prise à l’indignation facile.
  • Gore 2,50. Quasi absent, réduit à de rares gestes d’auto-mutilation vers la fin.
  • Nudité 4,50. Fréquente, jamais désirable, systématiquement liée à la mécanique de contrôle sexuel mise en place par les parents.

Vidéos

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Le film

  • Titre originalΚυνόδοντας (Kynódontas)
  • Titres alternatifsCanine (France), Dogtooth (international)
  • Année2009 Années 2000. Présenté à Cannes en section Un Certain Regard le 18 mai 2009, sortie française le 2 décembre 2009
  • DuréeEnviron 96 min selon les copies
  • PaysGrèce
  • LangueGrec
  • RéalisateurYórgos Lánthimos, formé à l’école Stavrakos d’Athènes, à son second long métrage après Kinetta (2005), après une décennie passée entre théâtre, clips de danse et publicités télévisées
  • ScénarioYórgos Lánthimos et Efthýmis Filíppou, qui coécrira ensuite la plupart de ses films suivants
  • ActeursChristos Stergioglou (le père), Michèle Valley (la mère), Angelikí Papoúlia (la fille aînée), Christos Passalis (le fils), Mary Tsoni (la fille cadette, chanteuse punk sans formation d’actrice), Anna Kalaïtzídou (Christina)
  • TechniqueImage de Thímios Bakatákis, montage de Yórgos Mavropsarídis, tournage bouclé en environ un mois en août 2008, pour six mois de montage
  • StudioBoo Productions Horsefly Productions Centre du cinéma grec, distribué en France par MK2 Diffusion
  • BudgetEnviron 250 000 euros, pour près de 1,4 million de dollars de recettes internationales
  • RécompensesPrix Un Certain Regard au Festival de Cannes 2009, sélection officielle de la Grèce à l’Oscar du meilleur film en langue étrangère 2010
  • FormatDrame psychologique Absurde
  • SagaAucune. Premier film de la collaboration durable entre Lánthimos et le scénariste Efthýmis Filíppou, qui écriront ensemble la plupart de ses films suivants
  • Sous-genresDrame psychologique Art & essai dérangeant Satire politique
  • ClassificationEn France, visa CNC n° 124596, sortie le 2 décembre 2009, sans polémique de classification documentée. Une restauration 4K, supervisée par Lánthimos lui-même à partir des négatifs 35 mm, est ressortie en salle le 24 juillet 2024.
  • DisponibilitéRestauration 4K, éditions DVD et Blu-ray françaises chez Potemkine. Nobuo ne référence aucun lien de visionnage.

Contenu sensibleLe film met en scène l’inceste entre adultes consentants au sein d’une même famille, ainsi qu’une automutilation dentaire. Tout est simulé.

Deux filles et un garçon, proches de la vingtaine, vivent enfermés dans la villa de leurs parents depuis leur naissance. Leur seul lien avec l’extérieur, une jeune employée de l’usine du père, vient satisfaire les besoins sexuels du fils, les yeux bandés à l’aller. Un jour, elle échange des cassettes vidéo contre une faveur, et le monde du dehors s’infiltre enfin dans la maison. Yórgos Lánthimos signe une allégorie glaciale sur l’emprise par le langage.

Contexte et genèse du projet

Lánthimos, formé à l’école de cinéma Stavrakos à Athènes et déjà actif depuis 1995 dans le théâtre, les clips de danse et la publicité télévisée, tourne ce second long métrage avec Efthýmis Filíppou, qui deviendra son coscénariste pour la plupart de ses films suivants, jusqu’à La Favorite et Pauvres créatures. Le tournage se déroule en seulement un mois, en août 2008, suivi de six mois de montage. La distribution mêle comédiens de théâtre déjà connus de Lánthimos, comme Christos Passalis et Anna Kalaïtzídou, et une chanteuse de groupe punk sans formation d’actrice, Mary Tsoni, choisie pour le rôle de la fille cadette.

Mise en scène et esthétique

Lánthimos filme avec une précision géométrique et clinique, cadrages qui coupent régulièrement les têtes des personnages, lumière crue du soleil grec contrastant avec l’enfermement psychologique, jeu d’acteurs délibérément mécanique et atone. La Cinémathèque française situe le film dans la filiation de Fassbinder, de Pasolini et de Haneke, dont Lánthimos partage le goût pour une distance froide appliquée à des sujets brûlants. Le dispositif central, un vocabulaire familial entièrement réinventé où un zombie désigne une petite fleur jaune, est amené sans explication ni commentaire, laissant le spectateur reconstituer seul l’ampleur de la manipulation.

Censure et réception

En France, le film obtient son visa d’exploitation sous le numéro 124596 et sort le 2 décembre 2009, sans qu’aucune polémique de classification ne vienne perturber sa sortie. Sa reconnaissance critique et institutionnelle a été immédiate et internationale : prix Un Certain Regard à Cannes, sélection officielle de la Grèce à l’Oscar du meilleur film en langue étrangère l’année suivante, une trajectoire qui a définitivement mis fin à la discrétion du cinéma grec sur la scène internationale. Une restauration 4K supervisée par Lánthimos lui-même est ressortie en salle en France en juillet 2024, quinze ans après sa sortie initiale, confirmant son statut de film fondateur plutôt que de simple curiosité de festival.

Thématiques et lecture sociologique

Le film démonte, sans jamais le nommer explicitement, le mécanisme par lequel un pouvoir absolu se maintient en contrôlant le langage et l’accès à l’information plutôt que par la seule force. Le moment où la fille aînée obtient deux cassettes vidéo, Rocky et Les Dents de la mer, en échange d’une faveur accordée à Christina, marque le point de bascule du récit : le cinéma lui-même devient l’agent de contamination qui va faire s’effondrer tout l’édifice parental. Lánthimos ne propose aucune lecture univoque entre satire du totalitarisme, critique de la surprotection familiale ou fable sur l’incapacité du pouvoir à contenir indéfiniment ce qu’il prétend maîtriser.

Héritage et influence

Le film a définitivement installé Yórgos Lánthimos comme l’un des auteurs les plus singuliers de sa génération, ouvrant la voie à une carrière qui le mènera jusqu’au Lion d’or à Venise et aux Oscars avec Pauvres créatures. Il reste le texte fondateur de sa collaboration avec Efthýmis Filíppou, et le premier jalon d’un style reconnaissable entre mille, fait de cadrages géométriques, de dialogues délibérément plats et d’une distance ironique appliquée aux sujets les plus sombres. Sa réévaluation par une restauration 4K quinze ans après sa sortie confirme qu’il n’a jamais quitté le premier plan de la discussion sur le cinéma grec contemporain.

Verdict

  • À voir siVous cherchez une allégorie glaciale sur le pouvoir et le langage, portée par une mise en scène d’une rigueur absolue.
  • À éviter siL’inceste traité sans aucun jugement moral explicite vous est un sujet difficile. Le film ne prend jamais parti à voix haute.

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Questions fréquentes

Qui est Christina dans le film ?

Une jeune femme qui travaille dans l’usine du père et que celui-ci fait venir, les yeux bandés à l’aller, pour satisfaire les besoins sexuels de son fils. C’est elle qui, en échangeant des objets puis des cassettes vidéo contre des faveurs auprès de la fille aînée, introduit sans le vouloir le monde extérieur dans la maison.

Quelles cassettes vidéo changent tout ?

Rocky et Les Dents de la mer, que la fille aînée exige de Christina en échange d’une faveur sexuelle plutôt que les objets initialement proposés. Elle les regarde ensuite en cachette, et leur influence sur son comportement devient l’un des moteurs du dernier acte du film.

Le film a-t-il été censuré en France ?

Non. Il a obtenu son visa d’exploitation sans polémique et est sorti normalement le 2 décembre 2009, distribué par MK2. Une restauration 4K est même ressortie en salle en 2024.

Était-ce le premier film de Yórgos Lánthimos ?

Non, c’est son second long métrage, après Kinetta en 2005, resté largement inaperçu. C’est en revanche le premier fruit de sa collaboration durable avec le scénariste Efthýmis Filíppou.

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