Begotten
1989 États-Unis E. Elias Merhige Cinéma expérimental Art & essai dérangeant
3,75/ 5Note globale
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Contenu sensibleAutomutilation rituelle, nudité constante, démembrement filmé au ralenti dans un grain noir et blanc extrême. Rien n’est réaliste au sens conventionnel, mais l’ensemble reste physiquement éprouvant pour une partie du public.
Une figure divine masquée s’éventre au rasoir dans une cabane isolée. De ses restes naît Mère Terre, qui s’inséminera de sa semence pour engendrer le Fils de la Terre, aussitôt traqué et démembré par des nomades sans visage. E. Elias Merhige filme ce mythe de la création sans un mot, dans un noir et blanc si contrasté qu’il semble exhumé d’avant l’invention du cinéma.
Merhige conçoit d’abord ce projet comme une pièce de danse pour son théâtre expérimental, Theatreofmaterial, dont il recrute plusieurs membres pour interpréter les nomades du film. C’est en découvrant des images documentaires des conséquences du bombardement d’Hiroshima qu’il décide d’en faire un film : le silence total de ces images d’archives lui inspire directement l’absence de toute parole dans son propre récit. Merhige écrit, réalise, cadre et supervise lui-même les effets spéciaux, pour un budget estimé à 33 000 dollars. Le film est présenté en première mondiale au Festival des films du monde de Montréal le 24 octobre 1989, avant une diffusion en festival si étalée dans le temps qu’on le voit encore aujourd’hui daté 1990 ou 1991 selon les sources.
L’image, retraitée par un procédé de retirage optique exigeant jusqu’à dix heures de travail pour chaque minute de film projeté, ne conserve que des noirs et des blancs purs, sans aucune nuance de gris, donnant au métrage une texture de pellicule usée par le temps. Cette dégradation contrôlée, combinée à une bande sonore réduite aux battements de cœur, aux bourdonnements d’insectes et à des bruits industriels, retire toute prise conventionnelle sur le récit. Le film progresse par tableaux rituels plutôt que par scènes, dans un rythme délibérément étiré qui a valu à Merhige d’être décrit comme travaillant entre le cinéma de genre et la performance, davantage dans le registre du rituel filmé que du récit horrifique classique.
Le film n’a jamais trouvé de distributeur, ce qui explique l’absence de toute véritable histoire de censure : il n’a simplement jamais atteint une diffusion commerciale susceptible d’en déclencher une. Sa réputation s’est construite autrement. La critique Susan Sontag, qui découvre le film au début des années 90, en devient la principale ambassadrice, organisant des projections privées dans son propre appartement new-yorkais pour des critiques et cinéastes, et le qualifiant publiquement de l’un des dix films les plus importants de l’époque moderne. Le film figure par ailleurs parmi les dix meilleurs films de 1991 selon Time, Film Comment, The Hollywood Reporter, le Christian Science Monitor et le New York Newsday, une reconnaissance critique rare pour un film qui n’a jamais joué dans un seul cinéma commercial. Sa diffusion en France reste tout aussi marginale, limitée à des circuits spécialisés bien après sa sortie américaine.
Le film relit les mythologies de la création, entre traditions païennes et théâtre de la cruauté d’Antonin Artaud, pour en tirer un cycle sans rédemption : le divin s’y donne la mort par lassitude d’exister, et la vie qui en naît n’a droit qu’à la souffrance avant d’être elle-même détruite. Il ne s’agit pas d’une thèse religieuse arrêtée mais d’une méditation ouverte sur l’origine de la vie, que la critique a diversement interprétée comme un reflet des angoisses spirituelles de son époque ou comme une allégorie plus intemporelle de la naissance, de la souffrance et de la mort comme cycle indissociable.
Sa légende s’est construite par le bouche-à-oreille et la circulation de copies pirates, jusqu’à atteindre un chanteur qui allait devenir l’un de ses plus grands admirateurs : Marilyn Manson, qui a fait tourner le film en boucle pendant tout l’enregistrement de son album Antichrist Superstar, avant d’engager Merhige pour réaliser les clips de l’album, dont celui de Cryptorchid, qui réutilise directement des images du film. Merhige signera aussi un clip pour Danzig puis, bien plus tard, pour Interpol. C’est cependant l’admiration de l’acteur Nicolas Cage qui a ouvert à Merhige les portes d’une carrière plus commerciale, avec L’Ombre du vampire en 2000, salué jusqu’aux Oscars. Merhige, depuis, est largement retourné au théâtre dont il n’était jamais vraiment parti.
Parce qu’il n’a jamais trouvé de distributeur ni connu de sortie en salle classique, ce qui l’a mis hors de portée des procédures de classification habituelles. Sa diffusion s’est faite en musées, en festivals, puis par cassettes pirates.
La critique Susan Sontag, qui l’a découvert au début des années 90 et en a fait la promotion en organisant des projections privées dans son propre appartement pour des critiques et cinéastes new-yorkais, avant de le qualifier publiquement de l’un des dix films les plus importants de l’époque moderne.
Le chanteur a écouté et regardé le film en boucle pendant tout l’enregistrement de son album Antichrist Superstar, avant d’engager Merhige pour réaliser plusieurs de ses clips, dont celui de Cryptorchid, qui réemploie directement des images tirées de Begotten.
Merhige s’est inspiré du silence des images documentaires du bombardement d’Hiroshima, qu’il a découvertes en préparant le projet, initialement pensé comme une pièce de danse pour son théâtre expérimental plutôt que comme un film.
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