3,75/ 5Note globale

  • Valeur cinématographique3,75
  • Glauque5,00
  • Violent3,25
  • Dérangeant4,75
  • Gore3,00
  • Nudité4,50

La note globale juge la valeur cinématographique de l'oeuvre. Les autres notes mesurent l'intensité, pas la qualité.

Nos notes

  • Globale 3,75. Un objet formel unique, dont l’ambition visuelle dépasse largement son statut de curiosité maudite. Sa radicalité a été reconnue par une critique qu’on n’attendait pas sur ce terrain.
  • Glauque 5,00. Terre desséchée, silhouettes tremblantes, grain noir et blanc à la limite de l’illisible. Aucun autre film de ce catalogue ne ressemble autant à un document exhumé.
  • Violent 3,25. Rituelle et symbolique plutôt que réaliste, mais la lenteur du démembrement final la rend difficile à soutenir.
  • Dérangeant 4,75. L’absence totale de repère narratif et le traitement de l’image produisent un malaise presque physique chez une partie du public.
  • Gore 3,00. Symbolique et granuleux, jamais réaliste au sens conventionnel.
  • Nudité 4,50. Constante, entièrement rituelle, jamais désirable.

Vidéos

4K Restoration – Official Teaser
BEGOTTEN theatrical trailer

Le film

  • Titre originalBegotten
  • Titres alternatifsBegotten, titre identique en France
  • Année1989 Années 80. Première mondiale au Festival des films du monde de Montréal le 24 octobre 1989, souvent daté 1990 ou 1991 en raison de sa diffusion très progressive en festival
  • Durée72 min
  • PaysÉtats-Unis
  • LangueAucun dialogue, seulement quelques intertitres en anglais
  • RéalisateurE. Elias Merhige, fondateur de la troupe de théâtre expérimental Theatreofmaterial, également chef opérateur et responsable des effets spéciaux du film
  • ScénarioE. Elias Merhige
  • ActeursBrian Salzberg (Dieu), Donna Dempsey (Mère Terre), Stephen Charles Barry (le Fils de la Terre), entourés de membres de la troupe Theatreofmaterial dans les rôles des nomades
  • TechniqueMontage de Noëlle Penraat, conception sonore d’Evan Albam. Image retraitée par retirage optique, jusqu’à dix heures de traitement pour chaque minute de film à l’écran
  • StudioProduction entièrement indépendante, Merhige assurant lui-même l’écriture, la réalisation, l’image et les effets. Distribué aux États-Unis par World Artists Home Video
  • BudgetEnviron 33 000 dollars
  • ReconnaissanceSalué par la critique Susan Sontag comme l’un des dix films les plus importants de l’époque moderne, cité parmi les dix meilleurs films de 1991 par Time, Film Comment, The Hollywood Reporter, le Christian Science Monitor et le New York Newsday
  • FormatCinéma expérimental Film sans dialogue
  • SagaPremier volet d’un projet initialement pensé en trilogie. Un second film, Din of Celestial Birds, en a livré un prologue de 14 minutes en 2006, suivi de Polia & Blastema : A Cosmic Opera en 2022
  • Sous-genresCinéma expérimental Art & essai dérangeant Horreur mythologique
  • ClassificationLe film n’a jamais trouvé de distributeur commercial et n’a donc connu aucune sortie en salle classique, en France comme aux États-Unis : sa diffusion s’est limitée à des projections uniques en musées, dont le MoMA et le Smithsonian, et en festivals, avant une circulation en cassette bootleg puis en vidéo restreinte. Il n’a fait l’objet d’aucune procédure de censure documentée, faute d’avoir jamais atteint une distribution susceptible d’en déclencher une.
  • DisponibilitéÉditions vidéo restreintes, disponibles en France via un distributeur indépendant spécialisé. Nobuo ne référence aucun lien de visionnage.

Contenu sensibleAutomutilation rituelle, nudité constante, démembrement filmé au ralenti dans un grain noir et blanc extrême. Rien n’est réaliste au sens conventionnel, mais l’ensemble reste physiquement éprouvant pour une partie du public.

Une figure divine masquée s’éventre au rasoir dans une cabane isolée. De ses restes naît Mère Terre, qui s’inséminera de sa semence pour engendrer le Fils de la Terre, aussitôt traqué et démembré par des nomades sans visage. E. Elias Merhige filme ce mythe de la création sans un mot, dans un noir et blanc si contrasté qu’il semble exhumé d’avant l’invention du cinéma.

Contexte et genèse du projet

Merhige conçoit d’abord ce projet comme une pièce de danse pour son théâtre expérimental, Theatreofmaterial, dont il recrute plusieurs membres pour interpréter les nomades du film. C’est en découvrant des images documentaires des conséquences du bombardement d’Hiroshima qu’il décide d’en faire un film : le silence total de ces images d’archives lui inspire directement l’absence de toute parole dans son propre récit. Merhige écrit, réalise, cadre et supervise lui-même les effets spéciaux, pour un budget estimé à 33 000 dollars. Le film est présenté en première mondiale au Festival des films du monde de Montréal le 24 octobre 1989, avant une diffusion en festival si étalée dans le temps qu’on le voit encore aujourd’hui daté 1990 ou 1991 selon les sources.

Mise en scène et esthétique

L’image, retraitée par un procédé de retirage optique exigeant jusqu’à dix heures de travail pour chaque minute de film projeté, ne conserve que des noirs et des blancs purs, sans aucune nuance de gris, donnant au métrage une texture de pellicule usée par le temps. Cette dégradation contrôlée, combinée à une bande sonore réduite aux battements de cœur, aux bourdonnements d’insectes et à des bruits industriels, retire toute prise conventionnelle sur le récit. Le film progresse par tableaux rituels plutôt que par scènes, dans un rythme délibérément étiré qui a valu à Merhige d’être décrit comme travaillant entre le cinéma de genre et la performance, davantage dans le registre du rituel filmé que du récit horrifique classique.

Censure et réception

Le film n’a jamais trouvé de distributeur, ce qui explique l’absence de toute véritable histoire de censure : il n’a simplement jamais atteint une diffusion commerciale susceptible d’en déclencher une. Sa réputation s’est construite autrement. La critique Susan Sontag, qui découvre le film au début des années 90, en devient la principale ambassadrice, organisant des projections privées dans son propre appartement new-yorkais pour des critiques et cinéastes, et le qualifiant publiquement de l’un des dix films les plus importants de l’époque moderne. Le film figure par ailleurs parmi les dix meilleurs films de 1991 selon Time, Film Comment, The Hollywood Reporter, le Christian Science Monitor et le New York Newsday, une reconnaissance critique rare pour un film qui n’a jamais joué dans un seul cinéma commercial. Sa diffusion en France reste tout aussi marginale, limitée à des circuits spécialisés bien après sa sortie américaine.

Thématiques et lecture sociologique

Le film relit les mythologies de la création, entre traditions païennes et théâtre de la cruauté d’Antonin Artaud, pour en tirer un cycle sans rédemption : le divin s’y donne la mort par lassitude d’exister, et la vie qui en naît n’a droit qu’à la souffrance avant d’être elle-même détruite. Il ne s’agit pas d’une thèse religieuse arrêtée mais d’une méditation ouverte sur l’origine de la vie, que la critique a diversement interprétée comme un reflet des angoisses spirituelles de son époque ou comme une allégorie plus intemporelle de la naissance, de la souffrance et de la mort comme cycle indissociable.

Héritage et influence

Sa légende s’est construite par le bouche-à-oreille et la circulation de copies pirates, jusqu’à atteindre un chanteur qui allait devenir l’un de ses plus grands admirateurs : Marilyn Manson, qui a fait tourner le film en boucle pendant tout l’enregistrement de son album Antichrist Superstar, avant d’engager Merhige pour réaliser les clips de l’album, dont celui de Cryptorchid, qui réutilise directement des images du film. Merhige signera aussi un clip pour Danzig puis, bien plus tard, pour Interpol. C’est cependant l’admiration de l’acteur Nicolas Cage qui a ouvert à Merhige les portes d’une carrière plus commerciale, avec L’Ombre du vampire en 2000, salué jusqu’aux Oscars. Merhige, depuis, est largement retourné au théâtre dont il n’était jamais vraiment parti.

Verdict

  • À voir siVous cherchez une expérience de cinéma pur, sans narration ni dialogue, et acceptez qu’un film puisse être physiquement éprouvant sans être violent au sens conventionnel.
  • À éviter siVous avez besoin d’un minimum de repères narratifs pour rester engagé. Le film n’en offre presque aucun.

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Questions fréquentes

Pourquoi le film n'a-t-il jamais été censuré ?

Parce qu’il n’a jamais trouvé de distributeur ni connu de sortie en salle classique, ce qui l’a mis hors de portée des procédures de classification habituelles. Sa diffusion s’est faite en musées, en festivals, puis par cassettes pirates.

Qui a fait connaître le film au grand public ?

La critique Susan Sontag, qui l’a découvert au début des années 90 et en a fait la promotion en organisant des projections privées dans son propre appartement pour des critiques et cinéastes new-yorkais, avant de le qualifier publiquement de l’un des dix films les plus importants de l’époque moderne.

Quel est le lien avec Marilyn Manson ?

Le chanteur a écouté et regardé le film en boucle pendant tout l’enregistrement de son album Antichrist Superstar, avant d’engager Merhige pour réaliser plusieurs de ses clips, dont celui de Cryptorchid, qui réemploie directement des images tirées de Begotten.

Pourquoi le film n'a-t-il aucun dialogue ?

Merhige s’est inspiré du silence des images documentaires du bombardement d’Hiroshima, qu’il a découvertes en préparant le projet, initialement pensé comme une pièce de danse pour son théâtre expérimental plutôt que comme un film.

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