4,75/ 5Note globale
- Valeur cinématographique4,75
- Glauque3,50
- Violent3,00
- Dérangeant5,00
- Gore1,00
- Nudité0,00
La note globale juge la valeur cinématographique de l'oeuvre. Les autres notes mesurent l'intensité, pas la qualité.
Nos notes
- Globale 4,75. Un documentaire entièrement porté par l’urgence d’un homme qui filme son propre chagrin. Sa construction en piège émotionnel a aussi été questionnée par une partie de la critique, et Nobuo le signale.
- Glauque 3,50. Vidéos de famille, chambres d’hôpital, tribunaux. Le malaise est humain et institutionnel, jamais esthétisé.
- Violent 3,00. Aucune reconstitution : seulement des photographies de scène de crime et le récit de ce qui a réellement eu lieu.
- Dérangeant 5,00. Le dernier tiers du film reste l’un des retournements les plus éprouvants jamais montés dans un documentaire, précisément parce qu’il n’a rien d’une fiction.
- Gore 1,00. Quasi nul, réduit à quelques photographies fixes.
- Nudité 0,00. Absente. Ce n’est en rien le sujet du film.
Vidéos
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Le film
- Titre originalDear Zachary: A Letter to a Son About His Father
- Titres alternatifsTitre identique en France, où le film n’a jamais connu de sortie officielle
- Année2008 Années 2000. Présenté au Slamdance Film Festival en janvier 2008, sortie limitée en salle le 31 octobre 2008
- Durée93 min
- PaysÉtats-Unis, tournage aux États-Unis, au Royaume-Uni et à Terre-Neuve, au Canada
- LangueAnglais
- RéalisateurKurt Kuenne, ami d’enfance d’Andrew Bagby depuis leur jeunesse dans la banlieue de San Jose, où Bagby jouait déjà dans ses films amateurs et investissait une partie de ses économies destinées à ses études de médecine
- ScénarioKurt Kuenne, qui signe également l’image, le montage et la musique du film
- Personnes filméesDavid et Kathleen Bagby, parents d’Andrew, ainsi que des dizaines de proches et amis, dont Kurt Kuenne lui-même à la voix off
- TechniqueMontage frénétique mêlant vidéos amateures de jeunesse, entretiens filmés et photographies de scène de crime
- StudioMSNBC Films, distribué par Oscilloscope Laboratories
- Box-office18 334 dollars en salle, l’essentiel de sa diffusion étant passé par la télévision et la vidéo. L’intégralité des bénéfices a été reversée à des bourses d’études créées au nom d’Andrew et Zachary Bagby à l’université Memorial de Terre-Neuve
- Publication liéeDance with the Devil: A Memoir of Murder and Loss, mémoires de David Bagby parues en 2007, best-seller au Canada
- FormatDocumentaire True crime
- SagaAucune suite officielle, mais un court métrage de quatorze minutes sorti en 2013 sert d’épilogue, consacré au combat législatif mené après le film
- Sous-genresDocumentaire True crime Cinéma militant
- ClassificationLe film n’a jamais bénéficié d’une distribution officielle en France, ni en salle ni en DVD sous-titré, malgré l’espoir exprimé par une partie de la critique française qu’une chaîne comme Arte s’en saisisse. Il n’existe donc aucun visa d’exploitation français. Aucune interdiction n’a par ailleurs jamais visé le film ailleurs dans le monde, son contenu ne comportant ni violence graphique ni nudité.
- DisponibilitéÉdition DVD américaine chez Oscilloscope, non sous-titrée en français. Nobuo ne référence aucun lien de visionnage.
Sujet sensibleCe documentaire relate le meurtre réel d’un adulte puis, dans son dernier tiers, la mort d’un enfant en bas âge dans des circonstances tragiques. Il s’agit de faits réels, non d’une fiction. Si ce sujet vous touche personnellement, des professionnels peuvent vous écouter et vous accompagner.
En novembre 2001, le docteur Andrew Bagby est retrouvé abattu dans un parc de Pennsylvanie, peu après avoir rompu avec Shirley Turner. Kurt Kuenne, son meilleur ami d’enfance, entreprend de filmer les proches d’Andrew pour en garder la mémoire, destinée à l’enfant que Turner porte alors. Ce qui commence comme un album de famille filmé devient, révélation après révélation, l’un des documentaires les plus bouleversants jamais montés, et l’un des rares à avoir directement changé une loi.
Contexte et genèse du projet
Kurt Kuenne et Andrew Bagby ont grandi ensemble dans la banlieue de San Jose, où Bagby jouait déjà dans les films amateurs de son ami et avait investi une partie de ses économies d’étudiant en médecine dans leur fabrication. Après le meurtre d’Andrew, dont Shirley Turner devient rapidement la principale suspecte avant de s’enfuir à Terre-Neuve où elle annonce être enceinte de lui, Kuenne parcourt les États-Unis, le Royaume-Uni puis Terre-Neuve pour recueillir des témoignages destinés à l’enfant à naître, Zachary. Le projet, d’abord conçu comme un objet strictement privé, se transforme en un film à part entière au fil des développements judiciaires du dossier, jusqu’à sa présentation publique au Slamdance Film Festival en janvier 2008.
Mise en scène et esthétique
Kuenne assure lui-même l’image, le montage et la musique, et construit son film comme une urgence continue plutôt que comme un document distancié, s’appuyant sur des décennies de vidéos amateures tournées avec Andrew depuis l’enfance. Sa voix off, adressée directement à Zachary, se brise régulièrement sous l’émotion et la colère. Le montage devient plus heurté et plus rouge à mesure que le récit judiciaire avance, jusqu’à un dernier tiers dont la construction en série de révélations a été comparée par une partie de la critique aux mécanismes du thriller, ce qui a également valu au film la critique inverse d’instrumentaliser une tragédie réelle au service du suspense.
Censure et réception
Le film n’a jamais fait l’objet d’une distribution officielle en France, ni en salle ni en édition DVD sous-titrée, en l’absence de tout visa d’exploitation français ; sa diffusion française reste, à ce jour, informelle. Il n’a par ailleurs connu aucune interdiction où que ce soit dans le monde, son contenu ne contenant ni violence graphique ni nudité susceptible de motiver une classification restrictive. Sa réception critique nord-américaine a en revanche été exceptionnelle, portée par le bouche-à-oreille après sa diffusion télévisée sur MSNBC, jusqu’à des retentissements concrets et documentés sur la législation canadienne.
Thématiques et lecture sociologique
Le film est autant un tombeau filmé pour Andrew Bagby qu’une charge contre le système judiciaire de Terre-Neuve, qui avait libéré Shirley Turner sous caution en dépit du mandat d’extradition américain la visant. Un rapport commandé par le ministère de la Justice de Terre-Neuve en 2006 qualifiera lui-même la suite des événements d’évitable et la gestion du dossier par les autorités d’inadéquate ; la psychiatre de Turner sera reconnue coupable de faute professionnelle pour avoir facilité sa remise en liberté, et la directrice de l’aide à l’enfance de la province présentera sa démission. Le film transforme ainsi le deuil personnel de ses auteurs en dossier à charge documenté, sans jamais perdre de vue l’attachement intime qui l’a fait naître.
Héritage et influence
En 2009, le député terre-neuvien Scott Andrews présente au Parlement du Canada le projet de loi C-464, dit loi Zachary, après avoir vu le film ; le texte, qui renforce les conditions d’octroi de la liberté sous caution lorsque la sécurité d’un enfant est en jeu, est promulgué en décembre 2010. C’est l’un des rares documentaires à avoir directement provoqué un changement législatif national, fait que Kuenne complètera par un court métrage de quatorze minutes en 2013, retraçant le combat mené par David et Kathleen Bagby après la sortie du film.
Verdict
- À voir siVous cherchez un documentaire dont l’impact réel sur la loi égale sa puissance émotionnelle, en sachant que son dernier tiers est d’une dureté rare.
- À éviter siLa mort d’un enfant, même racontée avec pudeur, vous est un sujet impossible à aborder actuellement.
Dans le même registre
- Orozco l’embaumeur (2001) L’autre document réel sur la mort, sans aucune fiction
- Threads (1984) Un impact politique et pédagogique documenté, dans un tout autre registre
- Requiem pour un massacre (1985) Le poids du réel porté par un cinéaste personnellement concerné
- Sweet Movie (1974) Un autre film né d’un rapport direct et personnel à son sujet
Questions fréquentes
Le film est-il sorti en France ?
Non, jamais officiellement, ni en salle ni en DVD sous-titré. Sa diffusion française reste informelle, faute de distributeur ayant acquis les droits.
Le film a-t-il vraiment changé une loi ?
Oui, directement. Le député canadien Scott Andrews a présenté le projet de loi C-464 après avoir vu le film en 2009, et le texte, qui restreint la liberté sous caution lorsque la sécurité d’un enfant est en jeu, a été promulgué en décembre 2010.
Le film a-t-il été critiqué pour sa construction ?
Oui, une partie de la critique a estimé que transformer une tragédie réelle en une série de révélations façon thriller posait une question éthique, même si le film a été réalisé avec l’accord et la participation actives de la famille de la victime.
Qu'est devenu le système judiciaire mis en cause ?
Un rapport du ministère de la Justice de Terre-Neuve a reconnu en 2006 la gestion inadéquate du dossier, la psychiatre ayant appuyé la libération sous caution a été reconnue coupable de faute professionnelle, et la directrice de l’aide à l’enfance de la province a démissionné.
Sources
- Wikipedia, Dear Zachary (genèse, fiche technique, conséquences institutionnelles).
- Wikipedia, Murders of Andrew Bagby and Zachary Turner (chronologie judiciaire complète).
- CBC News, sur l’adoption de la loi C-464 et son inspiration directe par le film.
- Sniff and Puff, sur l’absence de distribution française à l’époque de la sortie du film.
- Analyse critique sur la construction du film en série de révélations et le débat éthique qu’elle soulève.
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