3,50/ 5Note globale
- Valeur cinématographique3,50
- Glauque5,00
- Violent3,50
- Dérangeant4,75
- Gore4,50
- Nudité2,50
La note globale juge la valeur cinématographique de l'oeuvre. Les autres notes mesurent l'intensité, pas la qualité.
Nos notes
- Globale 3,50. Un objet à part dans ce catalogue : non pas une fiction, mais un document réel sur la mort et la misère, dont la valeur documentaire ne dispense pas de s’interroger sur son mode de fabrication.
- Glauque 5,00. Atelier artisanal, quartier livré à la violence, corps qui s’accumulent. Rien n’est mis en scène pour l’effet : c’est le réel qui produit l’effet.
- Violent 3,50. Aucune violence n’est filmée en train de se produire ; c’est sa conséquence, le corps déjà mort, qui occupe tout l’écran.
- Dérangeant 4,75. Ce n’est pas un film d’horreur : ce sont de vraies personnes décédées, filmées sans anonymisation. Le malaise ne relève pas de la fiction.
- Gore 4,50. Réel et non simulé. Nobuo le rappelle explicitement pour que personne ne s’y engage par erreur.
- Nudité 2,50. Fonctionnelle, liée aux gestes de l’embaumement, jamais mise en scène.
Vidéos
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Images
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Le film
- Titre originalOrozco el embalsamador
- Titres alternatifsOrozco the Embalmer, Orozco l’embaumeur (France), Le Toiletteur des morts, 死化粧師オロスコ (titre japonais)
- Année2001 Années 2000. Tournage débuté en 1996, sur plusieurs années
- DuréeEnviron 91 min selon les copies
- PaysColombie Japon
- LangueEspagnol, non sous-titré dans plusieurs éditions
- RéalisateurKiyotaka Tsurisaki, ancien réalisateur de films pornographiques devenu photographe spécialisé dans les scènes de mort, avec plus de mille corps photographiés dans des zones de conflit ou de non-droit à travers le monde
- ScénarioAucun, documentaire d’observation sans mise en scène ni voix off explicative
- SujetFroilán Orozco Duarte, ancien policier devenu embaumeur artisanal dans le quartier d’El Cartucho, à Bogotá, mort au cours du tournage après environ trente à quarante ans de métier
- StudioOrozco Productions, V&R Planning
- Publications liéesTsurisaki a également publié des livres de photographies de cadavres, dont deux traduits et édités en France, Requiem de la Rue Morgue et Révélations
- FormatMondo Shockumentary
- SagaPremier volet d’une trilogie officieuse de Tsurisaki consacrée à la mort, souvent présenté par la critique comme le plus humain des trois
- Sous-genresMondo Shockumentary Documentaire
- ClassificationLe film n’a jamais bénéficié d’une sortie en salle en France et n’a donc reçu aucun visa CNC : sa diffusion française passe par une édition DVD et Blu-ray chez l’éditeur spécialisé Tetrovideo, parfois signalée comme réservée aux adultes par le distributeur lui-même plutôt que par une classification officielle. Il circule également, non sous-titré, sur la chaîne vidéo personnelle du réalisateur.
- DisponibilitéÉdition française chez Tetrovideo. Nobuo ne référence aucun lien de visionnage.
AvertissementCe documentaire montre de véritables corps humains décédés, sans floutage ni anonymisation, filmés pendant leur préparation funéraire. Il ne s’agit pas d’effets spéciaux. Nobuo documente ce film au même titre que le reste du catalogue, mais rappelle qu’aucune personne filmée ici n’a pu consentir à sa diffusion internationale sous cette forme, et n’en recommande pas le visionnage sans une pleine conscience de cette réalité.
Dans le quartier d’El Cartucho, l’un des plus pauvres et des plus violents de Bogotá, un ancien policier devenu embaumeur reçoit les corps que la ville produit chaque jour. Le photographe japonais Kiyotaka Tsurisaki, déjà connu pour ses clichés de cadavres glanés dans les zones de conflit du monde entier, pose sa caméra chez lui pendant plusieurs années. Il en résulte l’un des documents les plus radicaux jamais tournés sur le travail funéraire, et l’un des plus difficiles à classer dans une catégorie autre que la sienne.
Contexte et genèse du projet
Avant de devenir l’un des photographes de la mort les plus connus du Japon, Tsurisaki avait débuté sa carrière dans l’industrie du film pornographique au début des années 90, avant de bifurquer vers la photographie de scènes de crime et de conflit, en Thaïlande, en Russie, en Colombie, en Palestine ou au Mexique. C’est au cours de l’un de ses séjours colombiens, à partir de 1996, qu’il rencontre Froilán Orozco Duarte dans le quartier d’El Cartucho, alors l’un des plus dangereux de Bogotá, et entreprend de filmer son quotidien sur plusieurs années. Ce documentaire deviendra le premier volet d’une trilogie officieuse consacrée à la mort, que la critique française a par la suite jugée la plus humaine des trois, en partie parce qu’elle s’attache à un homme et à un métier plutôt qu’à un simple inventaire de corps.
Mise en scène et esthétique
Le film ne recourt à aucun artifice de mise en scène : pas de voix off, pas d’entretien dirigé, pas de musique venant orienter l’émotion du spectateur. La caméra suit Orozco dans les gestes répétés de son métier, ouverture des corps, nettoyage, maquillage funéraire, dans un atelier aux conditions d’hygiène rudimentaires. La critique française a rapproché le film de The Act of Seeing with One’s Own Eye de Stan Brakhage, film expérimental de 1971 construit autour d’une véritable autopsie, pour sa manière de filmer la mort sans détour ni esthétisation. Le choc ne vient pas de la mise en scène, absente, mais du simple fait de regarder ce que la caméra donne à voir sans interruption.
Censure et réception
Le film n’a jamais connu de sortie commerciale classique, en France comme ailleurs, et n’a donc fait l’objet d’aucune procédure de classification officielle : sa diffusion reste circonscrite aux éditeurs spécialisés dans le cinéma extrême, dont le label français Tetrovideo, et à des plateformes de streaming à la carte. Cette absence de circuit commercial normal n’est pas le fruit d’une interdiction, mais du simple fait que le film n’a jamais été présenté aux organismes de classification faute de distributeur cherchant une exploitation en salle. La critique spécialisée reste profondément divisée entre ceux qui saluent un document social sincère sur la misère colombienne des années 90 et ceux qui y voient une forme d’exploitation du regard occidental et asiatique sur des corps qui n’ont jamais pu consentir à leur propre exposition.
Thématiques et lecture sociologique
Le film documente une réalité sociale précise, celle d’un quartier où la mort violente est si fréquente qu’elle a généré son propre artisanat funéraire informel, à des prix accessibles aux familles les plus pauvres. Une lecture critique française a souligné le décalage culturel du regard posé par Tsurisaki, originaire d’un pays où la crémation domine et où l’accès à des funérailles dignes est la norme, sur une pratique qui, à Bogotá, relève de l’exception plutôt que du service public. Cette distance culturelle est à la fois ce qui permet au film d’exister et ce qui alimente les critiques adressées à sa démarche : documenter la dignité d’un geste funéraire tout en exposant, sans leur consentement, les corps de ceux qu’il concerne.
Héritage et influence
Le film a consolidé la réputation de Tsurisaki comme figure singulière du documentaire choc japonais, entre photographie de guerre, ethnographie de la pauvreté et fascination personnelle pour la mort qu’il revendique lui-même dans ses entretiens. Sa diffusion reste presque exclusivement réservée au public averti du cinéma extrême, où il continue d’être cité comme l’un des rares films à mêler sincèrement empathie sociale et contenu proprement insoutenable. Froilán Orozco, mort au cours du tournage, en reste le sujet central et, à ce jour, le seul véritable témoignage filmé de son travail.
Verdict
- À voir siVous cherchez un document social réel sur la misère et la mort en Colombie des années 90, en pleine connaissance de ce que cela implique de regarder de vrais corps sans consentement possible.
- À éviter siVous cherchez une expérience de cinéma de genre. Ce n’est pas de la fiction, et Nobuo ne le recommande pas comme un divertissement.
Dans le même registre
- Faces of Death (1978) L’ancêtre du mondo, largement fictif contrairement à celui-ci
- Sweet Movie (1974) L’insertion de vraies images d’archives au service d’un propos
- Requiem pour un massacre (1985) La frontière brouillée entre document et fiction
- Vase de noces (1974) L’autre grand débat sur la mort réelle filmée à l’écran
Questions fréquentes
Les corps montrés sont-ils vraiment réels ?
Oui, sans exception documentée. Ce n’est pas un mockumentaire à la manière de Faces of Death : il s’agit d’un documentaire d’observation filmant le travail réel d’un embaumeur sur de véritables corps de personnes décédées à Bogotá dans les années 90.
Orozco a-t-il donné son accord pour être filmé ?
Lui-même, oui, sur la durée du tournage. La question du consentement se pose en revanche pour les corps des personnes décédées qu’il prépare à l’écran, qui n’ont naturellement pu donner aucun accord à leur propre exposition filmée.
Qui est vraiment Kiyotaka Tsurisaki ?
Un ancien réalisateur de films pornographiques japonais devenu photographe spécialisé dans les scènes de mort, ayant photographié plus de mille corps dans des zones de conflit à travers le monde. Il a également publié plusieurs livres de photographies, dont deux traduits en France.
Le film est-il sorti en salle en France ?
Non, jamais. Il n’a donc reçu aucun visa d’exploitation du CNC. Sa diffusion française se limite à une édition vidéo chez un éditeur spécialisé dans le cinéma extrême.
Sources
- Wikipedia, Orozco the Embalmer (fiche technique, genre, production).
- EastAsia, analyse critique française sur la trilogie de Tsurisaki et le regard culturel du film.
- Boumbang, entretien avec Kiyotaka Tsurisaki sur son parcours et ses publications françaises.
- AlloCiné, critiques spectateurs sur la mort d’Orozco pendant le tournage et le rapprochement avec Stan Brakhage.
- Paperblog, sur la diffusion française et la classification en édition vidéo.
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