La mutinerie du Batavia

1629 Australie occidentale Massacre Jugée

Chronologie

  • 27 octobre 1628Le Batavia quitte Texel à destination des Indes orientales, avec plus de trois cents personnes à bord.
  • Printemps 1629Le sous-marchand Jeronimus Cornelisz prépare, avec le capitaine Ariaen Jacobsz, un projet de prise de contrôle du navire.
  • 4 juin 1629, avant l’aubeLe navire heurte un récif de l’archipel des Houtman Abrolhos et commence à se disloquer.
  • Début juinEnviron 280 rescapés trouvent refuge sur deux îlots dépourvus d’eau douce.
  • 8 juinPelsaert et Jacobsz quittent l’archipel en chaloupe pour aller chercher du secours à Java.
  • Juillet à septembreCornelisz met en place l’élimination méthodique d’une partie des rescapés.
  • JuilletLe groupe de Wiebbe Hayes découvre de l’eau sur une île voisine et organise la résistance.
  • 2 septembreCornelisz est capturé par les hommes de Hayes.
  • 17 septembrePelsaert revient à bord du Sardam et arrive alors qu’un affrontement est en cours.
  • 28 septembre au 2 octobreUn procès est organisé sur place. Plusieurs condamnés sont pendus après avoir eu les mains amputées.
  • 16 novembre 1629Deux jeunes mutins sont abandonnés sur la côte australienne.

L'affaire

  • Date des faitsJuin à septembre 1629
  • LieuArchipel des Houtman Abrolhos, au large de l’Australie occidentale
  • VictimesAu moins 110 rescapés assassinés, hommes, femmes et enfants, après le naufrage
  • InstigateurJeronimus Cornelisz, apothicaire et sous-marchand de la Compagnie néerlandaise des Indes orientales
  • TypeMassacre
  • ProcédureJugement rendu sur place par Francisco Pelsaert, commandeur du navire
  • ArchéologieÉpave localisée en 1963, fouilles et sépultures mises au jour depuis 1970
  • StatutJugée, faits établis par les minutes du procès

Contenu sensibleCette fiche évoque un massacre, des violences sexuelles ainsi que des exécutions judiciaires accompagnées de mutilations. Les images provenant de fonds publics montrent l’épave, le site archéologique et des gravures d’époque.

En 1629, un navire de commerce néerlandais s’échoue sur des récifs au large de l’Australie. Environ deux cent quatre-vingts personnes parviennent à gagner de petits îlots de corail. Pendant trois mois, elles restent sous l’autorité d’un homme qui organise méthodiquement l’élimination d’une partie du groupe. Lorsque les secours arrivent, plus d’une centaine de rescapés ont été tués par d’autres survivants.

Un navire, deux hommes

Le Batavia est un navire neuf de la Compagnie néerlandaise des Indes orientales. Il quitte les Pays-Bas en octobre 1628 avec plus de trois cents personnes à bord : marins, soldats, passagers et familles. Il transporte également une importante cargaison d’argenterie et de pièces destinée au commerce asiatique. Le commandement est partagé entre Francisco Pelsaert, responsable du négoce, et Ariaen Jacobsz, chargé de la navigation. Les relations entre les deux hommes sont exécrables.

Jeronimus Cornelisz, un apothicaire de Haarlem ruiné qui cherche à échapper à des difficultés religieuses et commerciales, embarque comme sous-marchand. Au cours de la traversée, il se rapproche de Jacobsz et prépare avec lui la prise de contrôle du navire ainsi que le détournement de son coffre. L’agression d’une passagère de haut rang, commise pendant le voyage et restée impunie, aurait fait partie d’une manœuvre destinée à affaiblir l’autorité de Pelsaert. Le projet de mutinerie n’a toutefois pas le temps d’aboutir.

Le naufrage

Dans la nuit du 4 juin 1629, le navire percute à pleine vitesse un récif de l’archipel des Houtman Abrolhos. Le veilleur aurait confondu le récif avec un reflet de lune sur l’écume. La coque se disloque progressivement au cours des jours suivants. Environ soixante personnes se noient. Les survivants sont conduits sur deux îlots plats et arides, sans eau douce, avec seulement quelques barriques et une petite réserve de biscuits.

Le 8 juin, Pelsaert, Jacobsz et une quarantaine d’officiers et de marins quittent les îlots à bord d’une chaloupe pour chercher du secours. Leur voyage jusqu’à Java dure trente-trois jours. Cornelisz, qui est alors le dernier officier de la Compagnie présent sur place, prend la direction du groupe.

La méthode

Cornelisz comprend rapidement que les réserves d’eau et de nourriture seront insuffisantes. Il sait aussi que l’arrivée d’un navire de secours ferait revenir des témoins du projet de mutinerie. Il rassemble autour de lui une vingtaine d’hommes, leur fait prêter serment, s’empare des armes et des vivres, puis impose un rationnement. Sous prétexte de rechercher de l’eau, il envoie ensuite les personnes qu’il juge inutiles sur des îlots voisins, sans leur laisser d’embarcation pour revenir. Les meurtres commencent peu après, souvent la nuit, à l’arme blanche et jusque dans les tentes où dorment des familles. Les minutes du procès font état d’au moins cent dix victimes, parmi lesquelles des femmes et de très jeunes enfants. Plusieurs femmes sont également retenues et soumises à des violences sexuelles organisées, selon une répartition consignée par écrit entre les mutins.

D’après les dépositions, Cornelisz a rarement tué de ses propres mains. Il donnait les ordres, choisissait les victimes, éprouvait l’obéissance de ses hommes et faisait rédiger des serments de fidélité. Cette organisation fondée sur la délégation des violences, décrite avec précision dans les interrogatoires, a souvent été étudiée par les historiens du crime de masse.

La résistance

Un groupe d’une vingtaine de soldats, dirigé par Wiebbe Hayes, avait été envoyé sur une île plus éloignée, réputée sans ressources, dans l’espoir qu’il n’y survive pas. Les hommes y découvrent pourtant de l’eau saumâtre potable ainsi que des wallabies. Informés des massacres par des fugitifs, ils construisent des abris en pierre sèche, aujourd’hui considérés comme les plus anciennes constructions européennes d’Australie, et fabriquent des armes à partir de cercles de barriques et de débris de l’épave. Ils repoussent deux attaques avant de capturer Cornelisz, le 2 septembre.

Le retour du Sardam

Le 17 septembre 1629, Pelsaert revient à bord du Sardam. Les hommes de Hayes et les mutins se dirigent presque simultanément vers le navire. Hayes arrive le premier et prévient Pelsaert de la situation. Les mutins, qui se présentent armés, sont arrêtés dans la journée.

Ne pouvant transporter un aussi grand nombre de prisonniers, Pelsaert décide d’organiser le procès sur place. Les aveux sont obtenus par la torture par immersion, une procédure admise à cette époque. Au début du mois d’octobre, Cornelisz et six de ses hommes ont les mains amputées avant d’être pendus sur l’île de Seal. D’autres condamnés sont fouettés, jetés à la mer ou envoyés à Batavia pour y être exécutés. Deux des plus jeunes mutins, Wouter Loos et Jan Pelgrom, sont abandonnés en novembre sur le continent australien avec quelques provisions. Ils deviennent ainsi les premiers Européens connus à y avoir été laissés volontairement. Leur sort reste inconnu.

Les traces

L’épave est localisée en 1963 sur le récif de Morning. Les fouilles permettent de retrouver une partie de la coque, aujourd’hui exposée à Fremantle, ainsi qu’un portique en pierre destiné à la citadelle de Batavia. Sur l’île de Beacon, les archéologues découvrent également des sépultures contenant les restes de victimes, dont des enfants, portant des traces de coups de sabre au crâne. Ces découvertes confirment dans une large mesure les descriptions consignées dans les minutes du procès de 1629.

Ce que l’on sait, ce que l’on ignore

  • ÉtabliLe naufrage, la prise de pouvoir de Cornelisz, le massacre d’au moins cent dix rescapés, la résistance menée par Wiebbe Hayes et les exécutions d’octobre 1629 sont documentés par le journal de Pelsaert et les minutes du procès. Les découvertes archéologiques en confirment une grande partie.
  • Toujours ouvertLe nombre exact de victimes, l’influence de la torture sur la fiabilité des aveux et le sort des deux mutins abandonnés sur la côte australienne en novembre 1629 restent inconnus.

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Questions fréquentes

Pourquoi Cornelisz a-t-il tué les rescapés ?

Deux motifs ressortent des interrogatoires : diminuer le nombre de personnes à nourrir sur des îlots presque dépourvus d’eau et éliminer les témoins du projet de mutinerie, afin de pouvoir s’emparer du navire de secours attendu.

Combien de personnes ont été tuées ?

Selon les minutes du procès, au moins cent dix rescapés ont été assassinés après le naufrage. Environ soixante autres personnes avaient déjà péri lorsque le navire s’était échoué.

Qui était Wiebbe Hayes ?

Wiebbe Hayes était un simple soldat, envoyé sur une île réputée stérile où ses hommes étaient censés mourir. Il y a trouvé de l’eau, organisé la défense du groupe avec des armes improvisées et capturé Cornelisz. La Compagnie l’a ensuite promu.

Les aveux sont-ils fiables ?

Les aveux ont été obtenus par la torture par immersion, une pratique autorisée par le droit néerlandais de l’époque. Leur concordance avec les récits des survivants et avec les découvertes archéologiques confirme néanmoins l’essentiel des faits.

Que sont devenus les deux mutins abandonnés ?

Wouter Loos et Jan Pelgrom ont été abandonnés sur la côte australienne en novembre 1629, avec quelques vivres et des objets destinés au troc. Aucune trace permettant de connaître leur sort n’a jamais été retrouvée.

Sources

  • Francisco Pelsaert, journal de bord et minutes des interrogatoires, 1629, Nationaal Archief, La Haye.
  • Western Australian Museum, rapports de fouilles de l’épave du Batavia et des sépultures de Beacon Island, 1970 à 2019.
  • Mike Dash, Batavia’s Graveyard, Crown, 2002.
  • Henrietta Drake-Brockman, Voyage to Disaster, University of Western Australia Press, réédition 1995.

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