Adieu Afrique
1966 Italie Gualtiero Jacopetti & Franco Prosperi Mondo Shockumentary
1966 Italie Gualtiero Jacopetti & Franco Prosperi Mondo Shockumentary
3,75/ 5Note globale
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Contenu extrêmeLe film contient des images réelles de massacres humains, d’exécutions et de mises à mort d’animaux sauvages à grande échelle. Certaines séquences, sans être identifiées précisément, sont reconnues par les auteurs eux-mêmes comme partiellement reconstituées.
Décembre 1963 : les autorités britanniques quittent Nairobi. Jacopetti et Prosperi parcourent alors l’Afrique en pleine décolonisation, de la révolution de Zanzibar au siège de Stanleyville, et en ramènent un montage somptueux et terrible. Le film leur vaudra un procès pour complicité d’homicide, dont ils sortiront acquittés, et une réputation qui n’a jamais cessé de diviser.
Après le succès de Mondo Cane, Jacopetti et Prosperi passent plusieurs années à parcourir le continent africain au moment le plus instable de sa décolonisation, accumulant des heures de pellicule tournées au Kenya, en Tanzanie, au Congo, au Rwanda, à Zanzibar, en Angola et en Afrique du Sud. Le cameraman italien Stanis Nievo échappe de peu à la mort en filmant à Zanzibar : un soldat qui s’apprêtait à l’exécuter renonce en découvrant son passeport italien, concluant qu’il n’est pas britannique. En 1964, l’hebdomadaire L’Espresso accuse Jacopetti d’avoir fait retarder et déplacer deux exécutions de rebelles simba pour les filmer plus commodément. Jacopetti dément et attaque le journal en diffamation ; la procédure qui s’ensuit le fait juger pour complicité d’homicide commis à l’étranger sur des étrangers, chef d’accusation dont il est finalement acquitté.
Le film est tourné en 35 mm Technicolor par Antonio Climati, qui deviendra lui-même une figure du mondo movie, sur une musique de Riz Ortolani déjà célèbre pour la chanson More de Mondo Cane. La photographie soignée, les vues aériennes et le sens du cadre confèrent au film une élégance formelle immédiatement mise en tension avec les scènes de massacre ou de braconnage qu’elle accompagne. Le critique Roger Ebert relèvera plusieurs incohérences internes trahissant des mises en scène, dont des colons boers quittant le Kenya en chariots à bœufs pour un long trajet que les vrais colons boers, très minoritaires dans la population blanche locale, avaient en réalité effectué en avion. Jacopetti et Prosperi ont toujours revendiqué l’authenticité de l’essentiel du métrage, tout en reconnaissant depuis quelques reconstitutions ponctuelles.
Le film n’a jamais fait l’objet d’une interdiction continentale : c’est précisément le gouvernement révolutionnaire de Zanzibar qui en a bloqué la diffusion locale pendant des décennies, pour garder la maîtrise du récit officiel de la révolution de 1964 et priver ses opposants de tout matériau de contestation. Il n’a resurgi dans l’île qu’avec la libéralisation politique et la circulation sur Internet, où sa séquence sur les massacres est aujourd’hui visionnée par un nombre croissant de jeunes Zanzibaris urbains, comme preuve documentaire de la violence raciale de la révolution. En Allemagne de l’Ouest, sa sortie à Berlin déclenche des manifestations et des dégradations de salles qui contraignent le distributeur local à retirer le film, épisode considéré depuis comme l’un des tout premiers mouvements antiracistes de l’histoire allemande. Aux États-Unis, il circule dans une version remontée et raccourcie, désavouée par ses auteurs.
Le film adopte un point de vue ouvertement nostalgique de l’ordre colonial, dépeignant l’Afrique post-indépendance comme un continent livré au chaos dès le départ des puissances européennes, sans jamais interroger la responsabilité de la colonisation elle-même dans les fractures qu’il documente. Cette lecture, largement contestée dès sa sortie, a valu au film une réputation durable de propagande raciste habillée en document objectif. Un colloque universitaire organisé à Sciences Po Paris en 2015 a spécifiquement examiné la manière dont ce film à thèse a construit, par le montage, une mémoire déformée des indépendances africaines, tout en constituant paradoxalement l’une des seules archives visuelles de plusieurs événements qu’il rapporte, notamment la révolution de Zanzibar.
Le film a consolidé le genre mondo comme catégorie commerciale à part entière et lancé la carrière de son chef opérateur, Antonio Climati, devenu à son tour réalisateur de shockumentaries. Il reste étudié aujourd’hui à la fois comme document historique unique sur plusieurs épisodes de la décolonisation africaine et comme cas d’école de la manipulation du réel par le montage et le commentaire, ambiguïté qui continue d’alimenter les colloques universitaires consacrés à la mémoire de cette période plutôt que sa seule réputation de cinéma choc.
Il a été jugé pour complicité d’homicide commis à l’étranger, après une accusation de L’Espresso affirmant qu’il avait fait retarder deux exécutions pour les filmer. C’est lui-même qui a déclenché la procédure en attaquant le journal en diffamation. Il a finalement été acquitté.
Non. L’interdiction documentée concerne spécifiquement Zanzibar, où le gouvernement révolutionnaire en a bloqué la diffusion pendant des décennies pour contrôler le récit officiel de la révolution de 1964.
Non, et les auteurs l’ont eux-mêmes reconnu pour certaines séquences ponctuelles, sans jamais préciser lesquelles avec certitude. Le critique Roger Ebert a relevé plusieurs incohérences internes, notamment une scène de colons boers en chariots à bœufs jugée peu crédible.
La sortie du film y a déclenché des manifestations et des dégradations de salles de cinéma qui ont contraint le distributeur à le retirer. Cet épisode est aujourd’hui considéré comme l’un des tout premiers mouvements antiracistes de l’histoire allemande.
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