3,75/ 5Note globale

  • Valeur cinématographique3,75
  • Glauque4,75
  • Violent4,75
  • Dérangeant4,75
  • Gore4,25
  • Nudité3,00

La note globale juge la valeur cinématographique de l'oeuvre. Les autres notes mesurent l'intensité, pas la qualité.

Nos notes

  • Globale 3,75. Un document historique réel gâché par un montage à thèse assumé. La valeur d’archive est immense, l’honnêteté du regard beaucoup plus discutable.
  • Glauque 4,75. Charniers, camps de fortune, savane transformée en abattoir. Le contraste entre la photographie léchée et ce qu’elle montre installe un malaise permanent.
  • Violent 4,75. Massacres réels, exécutions, chasses de masse. Aucune reconstitution ne pourrait produire cette sidération.
  • Dérangeant 4,75. Moins par les images elles-mêmes que par le commentaire qui les encadre et leur impose un sens univoque.
  • Gore 4,25. Frontal sur les scènes animalières, plus elliptique sur la violence humaine, mais jamais anodin.
  • Nudité 3,00. Documentaire, jamais mise en scène pour elle-même.

Vidéos

Africa Addio (1966) ORIGINAL TRAILER [HD]

Le film

  • Titre originalAfrica addio
  • Titres alternatifsAdieu Afrique (France), Africa: Blood and Guts (version américaine remontée), Farewell Africa (Royaume-Uni)
  • Année1966 Années 60. Sortie italienne en février 1966. Le film s’ouvre sur la cérémonie de départ des autorités britanniques à Nairobi, le 12 décembre 1963
  • Durée140 min en version originale italienne, nettement raccourcie dans plusieurs versions étrangères
  • PaysItalie. Tourné au Kenya, en Tanzanie, au Congo, au Rwanda, à Zanzibar, en Angola et en Afrique du Sud
  • LangueItalien
  • RéalisateursGualtiero Jacopetti et Franco Prosperi, déjà auteurs de Mondo Cane (1962) avec Paolo Cavara
  • ScénarioGualtiero Jacopetti et Franco Prosperi
  • VoixSergio Rossi (narrateur), avec la voix de Gualtiero Jacopetti lui-même selon certaines versions. Apparitions documentaires de Jomo Kenyatta, Julius Nyerere et Moïse Tshombe
  • TechniqueImage d’Antonio Climati, qui deviendra à son tour réalisateur de mondo movies, musique de Riz Ortolani. Tourné en 35 mm Technicolor sur plusieurs années
  • StudioCineriz, produit par Angelo Rizzoli
  • Box-officeEnviron 2 millions de dollars de recettes en Italie
  • Publications liéesUn livre-compagnon signé John Cohen, également intitulé Africa Addio, publié aux États-Unis en 1966
  • FormatMondo Shockumentary
  • SagaSuite thématique officieuse de Mondo Cane. Jacopetti et Prosperi enchaîneront avec Mondo Cane 2 puis Goodbye Uncle Tom (Les Négriers)
  • Sous-genresMondo Shockumentary Documentaire
  • ClassificationLe film n’a jamais été interdit dans l’ensemble de l’Afrique : c’est spécifiquement à Zanzibar que le gouvernement révolutionnaire en a bloqué la diffusion pendant des décennies, afin de garder le contrôle du récit officiel de la révolution de 1964. À Berlin-Ouest, le distributeur a retiré le film après une vague de manifestations et de dégradations de cinémas, épisode aujourd’hui considéré comme l’un des premiers mouvements antiracistes de l’histoire allemande. Aux États-Unis, il circule sous une version remontée et raccourcie, Africa: Blood and Guts, désavouée par ses auteurs.
  • DisponibilitéRestauration et édition Blu-ray françaises chez Potemkine Films. Nobuo ne référence aucun lien de visionnage.

Contenu extrêmeLe film contient des images réelles de massacres humains, d’exécutions et de mises à mort d’animaux sauvages à grande échelle. Certaines séquences, sans être identifiées précisément, sont reconnues par les auteurs eux-mêmes comme partiellement reconstituées.

Décembre 1963 : les autorités britanniques quittent Nairobi. Jacopetti et Prosperi parcourent alors l’Afrique en pleine décolonisation, de la révolution de Zanzibar au siège de Stanleyville, et en ramènent un montage somptueux et terrible. Le film leur vaudra un procès pour complicité d’homicide, dont ils sortiront acquittés, et une réputation qui n’a jamais cessé de diviser.

Contexte et genèse du projet

Après le succès de Mondo Cane, Jacopetti et Prosperi passent plusieurs années à parcourir le continent africain au moment le plus instable de sa décolonisation, accumulant des heures de pellicule tournées au Kenya, en Tanzanie, au Congo, au Rwanda, à Zanzibar, en Angola et en Afrique du Sud. Le cameraman italien Stanis Nievo échappe de peu à la mort en filmant à Zanzibar : un soldat qui s’apprêtait à l’exécuter renonce en découvrant son passeport italien, concluant qu’il n’est pas britannique. En 1964, l’hebdomadaire L’Espresso accuse Jacopetti d’avoir fait retarder et déplacer deux exécutions de rebelles simba pour les filmer plus commodément. Jacopetti dément et attaque le journal en diffamation ; la procédure qui s’ensuit le fait juger pour complicité d’homicide commis à l’étranger sur des étrangers, chef d’accusation dont il est finalement acquitté.

Mise en scène et esthétique

Le film est tourné en 35 mm Technicolor par Antonio Climati, qui deviendra lui-même une figure du mondo movie, sur une musique de Riz Ortolani déjà célèbre pour la chanson More de Mondo Cane. La photographie soignée, les vues aériennes et le sens du cadre confèrent au film une élégance formelle immédiatement mise en tension avec les scènes de massacre ou de braconnage qu’elle accompagne. Le critique Roger Ebert relèvera plusieurs incohérences internes trahissant des mises en scène, dont des colons boers quittant le Kenya en chariots à bœufs pour un long trajet que les vrais colons boers, très minoritaires dans la population blanche locale, avaient en réalité effectué en avion. Jacopetti et Prosperi ont toujours revendiqué l’authenticité de l’essentiel du métrage, tout en reconnaissant depuis quelques reconstitutions ponctuelles.

Censure et réception

Le film n’a jamais fait l’objet d’une interdiction continentale : c’est précisément le gouvernement révolutionnaire de Zanzibar qui en a bloqué la diffusion locale pendant des décennies, pour garder la maîtrise du récit officiel de la révolution de 1964 et priver ses opposants de tout matériau de contestation. Il n’a resurgi dans l’île qu’avec la libéralisation politique et la circulation sur Internet, où sa séquence sur les massacres est aujourd’hui visionnée par un nombre croissant de jeunes Zanzibaris urbains, comme preuve documentaire de la violence raciale de la révolution. En Allemagne de l’Ouest, sa sortie à Berlin déclenche des manifestations et des dégradations de salles qui contraignent le distributeur local à retirer le film, épisode considéré depuis comme l’un des tout premiers mouvements antiracistes de l’histoire allemande. Aux États-Unis, il circule dans une version remontée et raccourcie, désavouée par ses auteurs.

Thématiques et lecture sociologique

Le film adopte un point de vue ouvertement nostalgique de l’ordre colonial, dépeignant l’Afrique post-indépendance comme un continent livré au chaos dès le départ des puissances européennes, sans jamais interroger la responsabilité de la colonisation elle-même dans les fractures qu’il documente. Cette lecture, largement contestée dès sa sortie, a valu au film une réputation durable de propagande raciste habillée en document objectif. Un colloque universitaire organisé à Sciences Po Paris en 2015 a spécifiquement examiné la manière dont ce film à thèse a construit, par le montage, une mémoire déformée des indépendances africaines, tout en constituant paradoxalement l’une des seules archives visuelles de plusieurs événements qu’il rapporte, notamment la révolution de Zanzibar.

Héritage et influence

Le film a consolidé le genre mondo comme catégorie commerciale à part entière et lancé la carrière de son chef opérateur, Antonio Climati, devenu à son tour réalisateur de shockumentaries. Il reste étudié aujourd’hui à la fois comme document historique unique sur plusieurs épisodes de la décolonisation africaine et comme cas d’école de la manipulation du réel par le montage et le commentaire, ambiguïté qui continue d’alimenter les colloques universitaires consacrés à la mémoire de cette période plutôt que sa seule réputation de cinéma choc.

Verdict

  • À voir siVous voulez comprendre l’origine du genre mondo et disposer d’une des seules archives visuelles de certains événements de la décolonisation africaine, en gardant un œil critique sur son montage.
  • À éviter siVous cherchez un document neutre. Le film défend une thèse politique explicite, et Nobuo ne la cautionne pas en le documentant.

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Questions fréquentes

Jacopetti a-t-il vraiment été jugé pour meurtre ?

Il a été jugé pour complicité d’homicide commis à l’étranger, après une accusation de L’Espresso affirmant qu’il avait fait retarder deux exécutions pour les filmer. C’est lui-même qui a déclenché la procédure en attaquant le journal en diffamation. Il a finalement été acquitté.

Le film a-t-il vraiment été interdit dans toute l'Afrique ?

Non. L’interdiction documentée concerne spécifiquement Zanzibar, où le gouvernement révolutionnaire en a bloqué la diffusion pendant des décennies pour contrôler le récit officiel de la révolution de 1964.

Toutes les scènes sont-elles réelles ?

Non, et les auteurs l’ont eux-mêmes reconnu pour certaines séquences ponctuelles, sans jamais préciser lesquelles avec certitude. Le critique Roger Ebert a relevé plusieurs incohérences internes, notamment une scène de colons boers en chariots à bœufs jugée peu crédible.

Que s'est-il passé à Berlin ?

La sortie du film y a déclenché des manifestations et des dégradations de salles de cinéma qui ont contraint le distributeur à le retirer. Cet épisode est aujourd’hui considéré comme l’un des tout premiers mouvements antiracistes de l’histoire allemande.

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