Mondo Cane
1962 Italie Jacopetti, Cavara & Prosperi Mondo Shockumentary
1962 Italie Jacopetti, Cavara & Prosperi Mondo Shockumentary
3,50/ 5Note globale
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Contenu sensibleRituels de scarification, abattage rituel d’animaux, scènes de deuil et de mort filmées à travers le monde. La part de mise en scène de certaines séquences reste débattue par les historiens du genre.
Un chien traîné et brutalisé jusqu’à la fourrière, aboiements en fond sonore : c’est ainsi que s’ouvre le film qui a donné son nom à tout un genre. Jacopetti, Cavara et Prosperi parcourent le monde pour juxtaposer rituels tribaux et absurdités de la bourgeoisie occidentale, et signent l’acte de naissance du mondo movie, sélectionné en compétition à Cannes la même année.
Le projet naît de la volonté de Jacopetti, ancien journaliste, de proposer au public des salles obscures un objet radicalement différent des documentaires institutionnels de l’époque. Le tournage, réparti entre les trois réalisateurs selon les zones géographiques, Cavara prenant en charge l’Europe et l’Asie proche, s’est déroulé en parallèle d’un second projet, La donna nel mondo, entre 1960 et 1962. Le film s’ouvre sur un chien traîné de force vers une fourrière pleine d’aboiements, image qui justifie à elle seule le titre italien, expression argotique désignant une existence misérable.
Le montage refuse toute narration linéaire au profit d’associations d’idées choc : rituels de scarification tribale enchaînés à des soins de beauté douloureux dans la bourgeoisie new-yorkaise, cimetière de luxe pour chiens américains suivi d’un abattage canin destiné à la consommation en Asie. La voix off, sarcastique et détachée, unifie ces fragments disparates en un commentaire pessimiste sur l’espèce humaine tout entière. Le film met notamment en scène une cérémonie rituelle autour d’une tortue, séquence que plusieurs critiques ont désignée comme la seule où les réalisateurs semblent éprouver une réelle empathie plutôt qu’une distance moqueuse.
Présenté en compétition officielle au Festival de Cannes 1962 sous son double titre franco-italien, le film obtient un immense succès commercial international sans qu’aucune polémique de classification française ne soit documentée. Sa réputation critique reste en revanche durablement entachée par l’accusation d’avoir présenté comme authentiques des séquences en réalité mises en scène ou manipulées au montage. Les auteurs n’ont toutefois explicitement reconnu qu’une seule reconstitution, celle de l’auto-immolation du moine vietnamien Thích Quảng Đức, et cette scène appartient à la suite, Mondo Cane 2, non à ce premier film. La critique française y a vu, rétrospectivement, un ancêtre à la fois du snuff movie et de la télé-réalité, tandis que l’artiste américain Mike Kelley en a souligné l’intérêt pour la question de l’effacement de l’auteur documentaire.
Sous son apparence de catalogue exotique, le film construit une thèse constante : l’Occident civilisé n’a rien à envier en absurdité, en vanité ou en cruauté aux pratiques qu’il regarde de haut. La mort, la religion, la faim et la sexualité y sont traitées comme des révélateurs d’une hypocrisie universelle plutôt que comme des curiosités locales. Cette ambition critique, réelle, ne dispense cependant pas le film d’un regard structurellement colonial sur les cultures non occidentales qu’il prétend mettre sur un pied d’égalité avec les siennes.
Le film a donné son nom à un genre entier et ouvert la voie à des dizaines d’imitations, la plupart dépourvues du savoir-faire technique de ses auteurs et rapidement tournées vers la pure surenchère gore. Sa chanson-thème, More, devenue standard repris par Frank Sinatra et Roy Orbison entre autres, a offert au film une seconde vie totalement indépendante de son contenu documentaire. Jacopetti et Prosperi poursuivront cette veine avec Mondo Cane 2, Adieu Afrique puis Les Négriers, tandis que Cavara empruntera une voie plus critique du genre qu’il a contribué à fonder, jusqu’à réaliser un film ouvertement anti-mondo, Occhio selvaggio.
Oui, en compétition officielle pour la Palme d’or en 1962, sous son double titre franco-italien. Il n’a pas remporté le prix, décerné cette année-là à O Pagador de Promessas.
Une seule a été explicitement reconnue comme reconstituée par les réalisateurs eux-mêmes, la reconstitution de l’auto-immolation du moine Thích Quảng Đức, et elle figure dans Mondo Cane 2, la suite, pas dans ce premier film. Pour le reste, le débat sur la part de mise en scène reste ouvert au cas par cas.
Cette chienne de vie, bien que le titre italien Mondo Cane reste très largement utilisé en France, y compris dans les bases de données de cinéma françaises.
Oui, l’artiste français figure au générique, aux côtés de l’acteur Rossano Brazzi, probablement dans une séquence consacrée à ses performances artistiques, cohérente avec le regard que le film porte sur les excentricités occidentales.
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