3,50/ 5Note globale

  • Valeur cinématographique3,50
  • Glauque4,25
  • Violent3,75
  • Dérangeant4,25
  • Gore3,50
  • Nudité3,50

La note globale juge la valeur cinématographique de l'oeuvre. Les autres notes mesurent l'intensité, pas la qualité.

Nos notes

  • Globale 3,50. Le film fondateur d’un genre entier, dont l’influence dépasse largement ses qualités propres. Daté sur la forme, mais historiquement incontournable.
  • Glauque 4,25. Rituels, abattoirs, cimetières pour chiens de luxe. Le montage installe un malaise par juxtaposition plutôt que par un lieu unique.
  • Violent 3,75. Ponctuelle, essentiellement animale, jamais aussi frontale que ses héritiers ultérieurs.
  • Dérangeant 4,25. Moins par ce qu’il montre que par le cynisme constant de son commentaire, qui ne laisse aucun répit moral.
  • Gore 3,50. Modéré au regard de sa réputation, très en deçà des mondo qu’il a inspirés.
  • Nudité 3,50. Fréquente, toujours resituée dans un cadre ethnographique ou satirique.

Vidéos

Mondo Cane (1962) Italian Trailer

Le film

  • Titre originalMondo cane, expression italienne signifiant littéralement « monde de chien » et servant de juron modéré
  • Titres alternatifsCette chienne de vie (titre de distribution français), Mondo Cane, A Dog’s World
  • Année1962 Années 60. Sortie italienne le 30 mars 1962, sélectionné en compétition officielle au Festival de Cannes 1962
  • Durée108 min
  • PaysItalie. Tourné dans de nombreux pays, dont la Nouvelle-Guinée, Singapour, le Portugal et les États-Unis
  • LangueItalien
  • RéalisateursGualtiero Jacopetti, Paolo Cavara et Franco Prosperi, à l’origine du genre mondo. Cavara supervisait les zones de tournage européennes et euro-asiatiques
  • ScénarioGualtiero Jacopetti et Paolo Cavara
  • VoixStefano Sibaldi (version italienne), Anthony La Penna (version anglaise). Apparaissent notamment Rossano Brazzi et l’artiste français Yves Klein
  • TechniqueImage d’Antonio Climati et Benito Frattari, montage de Gualtiero Jacopetti, musique de Riz Ortolani et Nino Oliviero
  • StudioCineriz, produit par Gualtiero Jacopetti et Angelo Rizzoli
  • Box-officeEnviron 2 millions de dollars de recettes locatives aux États-Unis et au Canada
  • RécompensesDavid di Donatello de la meilleure production 1962, partagé avec Una vita difficile. Chanson-thème More nommée à l’Oscar de la meilleure chanson originale en 1963 et récompensée d’un Grammy Award
  • FormatMondo Shockumentary
  • SagaSuivi par Mondo Cane 2 (L’Incroyable Vérité, 1963), puis par Adieu Afrique (1966) et Les Négriers (1971) pour Jacopetti et Prosperi ; Cavara réalisera séparément La donna nel mondo et Malamondo
  • Sous-genresMondo Shockumentary Documentaire
  • ClassificationLe film a été présenté en compétition officielle au Festival de Cannes 1962 sous son double titre Mondo Cane (Cette chienne de vie), sans qu’aucune polémique de classification française ne soit documentée. L’unique scène que ses auteurs ont explicitement reconnue comme reconstituée, l’auto-immolation du moine vietnamien Thích Quảng Đức, figure non pas dans ce film mais dans sa suite, Mondo Cane 2.
  • DisponibilitéÉditions restaurées disponibles en coffret, dont une édition française. Nobuo ne référence aucun lien de visionnage.

Contenu sensibleRituels de scarification, abattage rituel d’animaux, scènes de deuil et de mort filmées à travers le monde. La part de mise en scène de certaines séquences reste débattue par les historiens du genre.

Un chien traîné et brutalisé jusqu’à la fourrière, aboiements en fond sonore : c’est ainsi que s’ouvre le film qui a donné son nom à tout un genre. Jacopetti, Cavara et Prosperi parcourent le monde pour juxtaposer rituels tribaux et absurdités de la bourgeoisie occidentale, et signent l’acte de naissance du mondo movie, sélectionné en compétition à Cannes la même année.

Contexte et genèse du projet

Le projet naît de la volonté de Jacopetti, ancien journaliste, de proposer au public des salles obscures un objet radicalement différent des documentaires institutionnels de l’époque. Le tournage, réparti entre les trois réalisateurs selon les zones géographiques, Cavara prenant en charge l’Europe et l’Asie proche, s’est déroulé en parallèle d’un second projet, La donna nel mondo, entre 1960 et 1962. Le film s’ouvre sur un chien traîné de force vers une fourrière pleine d’aboiements, image qui justifie à elle seule le titre italien, expression argotique désignant une existence misérable.

Mise en scène et esthétique

Le montage refuse toute narration linéaire au profit d’associations d’idées choc : rituels de scarification tribale enchaînés à des soins de beauté douloureux dans la bourgeoisie new-yorkaise, cimetière de luxe pour chiens américains suivi d’un abattage canin destiné à la consommation en Asie. La voix off, sarcastique et détachée, unifie ces fragments disparates en un commentaire pessimiste sur l’espèce humaine tout entière. Le film met notamment en scène une cérémonie rituelle autour d’une tortue, séquence que plusieurs critiques ont désignée comme la seule où les réalisateurs semblent éprouver une réelle empathie plutôt qu’une distance moqueuse.

Censure et réception

Présenté en compétition officielle au Festival de Cannes 1962 sous son double titre franco-italien, le film obtient un immense succès commercial international sans qu’aucune polémique de classification française ne soit documentée. Sa réputation critique reste en revanche durablement entachée par l’accusation d’avoir présenté comme authentiques des séquences en réalité mises en scène ou manipulées au montage. Les auteurs n’ont toutefois explicitement reconnu qu’une seule reconstitution, celle de l’auto-immolation du moine vietnamien Thích Quảng Đức, et cette scène appartient à la suite, Mondo Cane 2, non à ce premier film. La critique française y a vu, rétrospectivement, un ancêtre à la fois du snuff movie et de la télé-réalité, tandis que l’artiste américain Mike Kelley en a souligné l’intérêt pour la question de l’effacement de l’auteur documentaire.

Thématiques et lecture sociologique

Sous son apparence de catalogue exotique, le film construit une thèse constante : l’Occident civilisé n’a rien à envier en absurdité, en vanité ou en cruauté aux pratiques qu’il regarde de haut. La mort, la religion, la faim et la sexualité y sont traitées comme des révélateurs d’une hypocrisie universelle plutôt que comme des curiosités locales. Cette ambition critique, réelle, ne dispense cependant pas le film d’un regard structurellement colonial sur les cultures non occidentales qu’il prétend mettre sur un pied d’égalité avec les siennes.

Héritage et influence

Le film a donné son nom à un genre entier et ouvert la voie à des dizaines d’imitations, la plupart dépourvues du savoir-faire technique de ses auteurs et rapidement tournées vers la pure surenchère gore. Sa chanson-thème, More, devenue standard repris par Frank Sinatra et Roy Orbison entre autres, a offert au film une seconde vie totalement indépendante de son contenu documentaire. Jacopetti et Prosperi poursuivront cette veine avec Mondo Cane 2, Adieu Afrique puis Les Négriers, tandis que Cavara empruntera une voie plus critique du genre qu’il a contribué à fonder, jusqu’à réaliser un film ouvertement anti-mondo, Occhio selvaggio.

Verdict

  • À voir siVous voulez comprendre l’origine d’un genre cinématographique entier, sélectionné en son temps en compétition à Cannes.
  • À éviter siVous cherchez la surenchère gore de ses héritiers. Le film reste, en comparaison, relativement mesuré.

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Questions fréquentes

Le film a-t-il vraiment été sélectionné à Cannes ?

Oui, en compétition officielle pour la Palme d’or en 1962, sous son double titre franco-italien. Il n’a pas remporté le prix, décerné cette année-là à O Pagador de Promessas.

Quelles scènes sont vraiment reconnues comme fausses ?

Une seule a été explicitement reconnue comme reconstituée par les réalisateurs eux-mêmes, la reconstitution de l’auto-immolation du moine Thích Quảng Đức, et elle figure dans Mondo Cane 2, la suite, pas dans ce premier film. Pour le reste, le débat sur la part de mise en scène reste ouvert au cas par cas.

Quel est le titre français du film ?

Cette chienne de vie, bien que le titre italien Mondo Cane reste très largement utilisé en France, y compris dans les bases de données de cinéma françaises.

Yves Klein apparaît-il vraiment dans le film ?

Oui, l’artiste français figure au générique, aux côtés de l’acteur Rossano Brazzi, probablement dans une séquence consacrée à ses performances artistiques, cohérente avec le regard que le film porte sur les excentricités occidentales.

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