The Act of Killing – L’Acte de tuer

2012 Danemark Royaume-Uni Norvège Joshua Oppenheimer Documentaire Historique

4,75/ 5Note globale

  • Valeur cinématographique4,75
  • Glauque4,75
  • Violent4,25
  • Dérangeant5,00
  • Gore2,50
  • Nudité1,00

La note globale juge la valeur cinématographique de l'oeuvre. Les autres notes mesurent l'intensité, pas la qualité.

Nos notes

  • Globale 4,75. Un dispositif documentaire sans précédent, qui donne littéralement la caméra aux bourreaux pour les laisser se démasquer eux-mêmes. Peu de films ont autant renouvelé les possibilités du genre.
  • Glauque 4,75. Décors kitsch, reconstitutions grand-guignolesques, aveux prononcés avec le sourire. Le malaise vient de la normalité affichée, pas d’un décor sombre.
  • Violent 4,25. Aucune image d’archive des massacres eux-mêmes : la violence est entièrement portée par les reconstitutions et les récits de leurs auteurs.
  • Dérangeant 5,00. Voir des hommes rejouer leurs propres meurtres avec fierté, puis parfois s’effondrer, reste une expérience sans équivalent au cinéma.
  • Gore 2,50. Stylisé et volontairement artisanal dans les reconstitutions, jamais réaliste.
  • Nudité 1,00. Anecdotique. Ce n’est en rien le sujet du film.

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Le film

  • Titre originalThe Act of Killing (indonésien : Jagal)
  • Titres alternatifsL’Acte de tuer (titre de distribution français)
  • Année2012 Années 2010. Première mondiale au festival de Telluride le 31 août 2012, sortie française le 10 avril 2013
  • Durée122 min en version d’exploitation, 167 min en montage du réalisateur
  • PaysDanemark Royaume-Uni Norvège. Tourné principalement à Medan, dans le nord de Sumatra
  • LangueIndonésien
  • RéalisateurJoshua Oppenheimer, cinéaste américain né en 1974, coréalisé avec Christine Cynn et un coréalisateur indonésien resté anonyme par crainte de représailles
  • ScénarioDocumentaire d’observation, sans scénario préétabli
  • Personnes filméesAnwar Congo, ancien petit escroc des salles de cinéma de Medan devenu chef d’escadron de la mort, Herman Koto, Syamsul Arifin, et plusieurs responsables politiques et militaires encore en fonction
  • TechniqueImage de Carlos Arango de Montis et Lars Skree, montage de Niels Pagh Andersen et Janus Billeskov Jansen, musique d’Elin Øyen Vister. Une partie de l’équipe de tournage indonésienne reste anonyme au générique
  • StudioFinal Cut for Real, distribué en France par ZED. Werner Herzog et Errol Morris figurent au générique comme producteurs exécutifs
  • Récompenses72 récompenses internationales selon les données du réalisateur, dont le BAFTA du meilleur documentaire 2014, le prix du cinéma européen 2013, le prix du public à la Berlinale 2013 et le Grand Prix du Sheffield DocFest 2013. Nommé à l’Oscar du meilleur film documentaire 2014, non lauréat
  • FormatDocumentaire Historique
  • SagaComplété par The Look of Silence (2014), tourné avec le même matériau et centré cette fois sur une famille de victimes confrontant les bourreaux
  • Sous-genresDocumentaire Historique Cinéma militant
  • ClassificationEn France, sortie le 10 avril 2013 sans polémique de classification. En Indonésie, le film n’a jamais pu être projeté publiquement et a circulé uniquement par des projections privées organisées dans tout le pays ; Joshua Oppenheimer ne dispose plus du droit d’obtenir un visa pour s’y rendre.
  • DisponibilitéÉditions DVD et Blu-ray françaises, dont les deux montages. Nobuo ne référence aucun lien de visionnage.

Sujet sensibleLe film contient les aveux détaillés et les reconstitutions de meurtres réels commis lors des massacres indonésiens de 1965-1966, racontés par leurs propres auteurs. Aucune image d’archive de violence réelle n’est montrée.

Anwar Congo était un petit revendeur de tickets de cinéma à Medan avant de diriger un escadron de la mort en 1965. Aujourd’hui célébré comme un héros national, il accepte de rejouer ses meurtres devant la caméra, costumé en gangster hollywoodien qu’il admire depuis toujours. Joshua Oppenheimer transforme cette proposition en l’un des documentaires les plus dérangeants jamais réalisés sur la mémoire d’un génocide.

Contexte et genèse du projet

Oppenheimer se rend initialement en Indonésie pour recueillir la parole des victimes des massacres de 1965-1966, qui ont fait entre cinq cent mille et un million de morts selon les estimations, à la suite du coup d’État militaire et de la propagande anticommuniste qui l’accompagne. Face à la peur des survivants de s’exprimer, il se tourne vers les bourreaux eux-mêmes, toujours en liberté et souvent célébrés, et leur propose de mettre en scène leurs propres actes. Anwar Congo, qui admirait les gangsters américains du cinéma bien avant les massacres et empruntait déjà ce vocabulaire à l’époque des faits, saisit l’occasion pour rejouer son passé dans les genres qu’il affectionne, du film de gangsters à la comédie musicale. Le tournage se déroule principalement à Medan, et une partie de l’équipe indonésienne, dont un coréalisateur, reste anonyme par crainte de représailles ; Oppenheimer lui-même a depuis perdu la possibilité d’obtenir un visa pour retourner dans le pays.

Mise en scène et esthétique

Le dispositif consiste à laisser les bourreaux devenir les auteurs de leur propre représentation, ce qui produit des scènes d’un surréalisme constant, entre reconstitution façon film noir et numéro musical grandiose. Cette juxtaposition entre l’artificialité assumée des mises en scène et la précision clinique des récits de torture crée un malaise que ni l’archive ni la fiction classique n’auraient pu produire de la même manière. Le film suit en particulier l’évolution psychologique d’Anwar Congo, dont l’aisance initiale se fissure progressivement au contact de ses propres reconstitutions.

Censure et réception

En France, le film sort le 10 avril 2013 sans aucune polémique de classification, distribué par ZED. En Indonésie, il n’a jamais pu être projeté publiquement : sa diffusion s’est faite par des centaines de projections privées organisées à travers le pays, en dehors de tout circuit commercial, tandis que le film raflait des récompenses à l’international, dont soixante-douze prix selon les données rassemblées par ses producteurs. Joshua Oppenheimer, dont le visa pour l’Indonésie a été révoqué, n’a jamais pu retourner dans le pays depuis. Le film a été nommé à l’Oscar du meilleur documentaire en 2014, sans le remporter.

Thématiques et lecture sociologique

Le film documente moins l’horreur des massacres eux-mêmes que le mécanisme psychologique et social qui permet à leurs auteurs de vivre en paix avec leurs actes, célébrés plutôt que jugés par une société qui n’a jamais organisé de réel travail de mémoire. En confiant aux bourreaux le contrôle créatif de leur propre récit, Oppenheimer expose une forme de banalité du mal qu’aucun témoignage classique n’aurait pu révéler avec la même intensité, tout en interrogeant le rôle du cinéma américain lui-même comme grammaire disponible pour raconter, et parfois justifier, la violence.

Héritage et influence

Le film a renouvelé les possibilités formelles du documentaire historique et reste une référence citée dans la plupart des discussions sur la mémoire des violences de masse. Oppenheimer lui donne une suite directe avec The Look of Silence en 2014, cette fois centrée sur une famille de victimes confrontant les responsables encore en vie, complétant le diptyque par le point de vue que le premier film avait volontairement laissé de côté. Les deux films ont contribué à relancer, en Indonésie même, un débat public longtemps étouffé sur les événements de 1965.

Verdict

  • À voir siVous cherchez l’un des dispositifs documentaires les plus radicaux jamais conçus sur la mémoire d’un génocide et l’impunité de ses auteurs.
  • À éviter siÉcouter des hommes raconter leurs meurtres avec fierté, sans le moindre filtre, vous est une expérience insoutenable.

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Questions fréquentes

Le film est-il vraiment américain ?

Son réalisateur, Joshua Oppenheimer, est américain, mais le film lui-même est une coproduction entre le Danemark, le Royaume-Uni et la Norvège, sans société de production américaine impliquée.

Pourquoi une partie de l'équipe reste-t-elle anonyme ?

Par crainte de représailles. Le coréalisateur indonésien du film ainsi que plusieurs membres de l’équipe de tournage locale sont crédités de manière anonyme, et Joshua Oppenheimer lui-même ne peut plus obtenir de visa pour retourner en Indonésie depuis la sortie du film.

Pourquoi Anwar Congo se déguise-t-il en gangster américain ?

Parce qu’il l’était déjà, au sens propre, avant les massacres : petit revendeur de tickets de cinéma à Medan, il admirait les films de gangsters américains et empruntait déjà ce vocabulaire à l’époque des faits. Le film ne lui impose pas ce registre, il le retrouve.

Existe-t-il une suite ?

Oui, The Look of Silence, sorti en 2014, tourné à partir du même matériau de terrain mais centré sur une famille de victimes qui confronte directement les responsables des massacres, complétant le point de vue volontairement absent du premier film.

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